Tag Archive for racisme

Les Afro-américains et les Oscars : retour sur une polémique

SS02-0011Depuis une semaine l’information est relayée par tous les médias français, Spike Lee et Jada Pinkett Smith (épouse de Will Smith) n’iront pas à la 88e cérémonie des Oscars pour protester contre le fait qu’aucun acteur noir n’a été nommé cette année. Depuis la polémique ne cesse d’enfler. Outre-Atlantique plusieurs personnalités disent comprendre la position des contestataires : Will Smith, Idris Elba, Whoopi Goldberg, George Clooney, Dustin Hoffman, ou les rappeurs Snoop Dogg et 50 Cent – certains n’hésitant pas à appeler au boycott. La fronde a un tel retentissement qu’elle s’invite même dans le débat français. D’un côté Omar Sy et Rochdy Zem jugent cette levée de boucliers légitime, de l’autre Charlotte Rampling, nommée dans la catégorie Meilleure actrice pour 45 ans, met de l’huile sur le feu en parlant de « racisme anti-blanc »…   Mais qu’en est-il vraiment de la représentation des Noirs dans l’histoire des Oscars ?

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Presse & islamophobie 2 : rhétoriques propagandistes

(photo Steve Evans de Bengalore, 2005, détail) [CC BY 2.0]

(photo Steve Evans de Bengalore, 2005, détail) [CC BY 2.0]

Dans la continuité de mon premier article « Presse & islamophobie : qu’en est-il ? » posté au lendemain des attentats de Charlie Hebdo (janvier 2015), voici une réflexion sur la rhétorique propagandiste islamophobe à l’œuvre dans plusieurs Unes de la presse d’opinion française depuis maintenant de nombreuses années – essentiellement dans la presse conservatrice (Le Point, L’Express, Marianne, le Figaro, Valeurs Actuelles…)

Cette réflexion m’a été inspirée par une phrase de Thomas Deltombe, auteur de l’Islam imaginaire : la construction médiatique de l’islamophobie en France (1975-2005) (éd. La Découverte, 2005) qui concluait une conférence de 2014 par : « Je ne sais pas si il y a des travaux de comparaison qui ont été faits sur la propagande antisémite des années 30 et la propagande islamophobe aujourd’hui. Ça c’est quelque chose qui commence à me perturber singulièrement, parce que quand je vois ce type de couverture « L’invasion des mosquées : notre identité menacée » [Valeurs Actuelles, 2014], ce genre de choses, je me demande vraiment comment on pourrait essayer d’analyser ça finement ».

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Plus que jamais Ensemble : Kiddam & The People

kiddam-and-the-people-ensembleRécemment, dans le rue, je suis tombé sur cette affiche annonçant la sortie d’un album de rap (Ensemble de Kiddam and the People). Elle m’a tout de suite interpellé. Sans doute parce que je l’ai trouvée belle, mais aussi originale et surtout énigmatique au premier abord.

Le soir, en rentrant, je fais donc quelques recherches sur le Net. Je regarde un clip du groupe et je réalise que j’ai vu cinq jours plus tôt le chanteur se produire sur scène à l’occasion d’une soirée en soutien aux migrants – et il se trouve que je l’avais trouvé plutôt intéressant et pertinent. Tout ça avait donc du sens.

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« Haramiste » à l’épreuve des cultural studies : entretien avec Antoine Desrosières

Par Astrid Condis y Troyano pour lesensdesimages

(photo hijabi4ever, 2011) [CC BY-SA 3.0]

(photo hijabi4ever, 2011) [CC BY-SA 3.0]

A Hollywood, la phase d’écriture d’un scénario est très organisée quand il s’agit de parler des minorités ou des communautés – même des communautés de femmes. Les scénaristes écrivent une première version puis, quand elle est à peu près lisible, ils l’envoient aux studios. Là, les producteurs la font diffuser auprès de lecteurs « conscients » (associations, groupes militants issus des communautés dont va parler le film). Ou dans un autre registre, le scénario sera lu par des spécialistes en cultural studies (women’s studies, black studies, post colonial studies, gender studies, gay et lesbian studies, etc.), c’est-à-dire par des gens dont c’est le métier de détecter les aberrations, le racisme, les préjugés, les clichés sexistes, misogynes ou les stigmatisations involontaires d’un projet cinématographique. Une fois corrigé, le scénario continuera sa route.

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Fachos, néonazis & autres skinheads : les visages de l’extrême droite au cinéma

(photo R. Dubois, 2015)

(photo R. Dubois, 2015)

Le retour en force de l’extrême droite sur le devant de la scène politique et médiatique depuis, disons, 2010 ne semble pas faiblir. Rappelons quelques faits récents : le 5 juin 2013 un jeune militant antifa, Clément Méric 18 ans, mourrait sous les coups d’un skinhead néonazi à Paris. Un an plus tard, en mai 2014, pour la première fois de son histoire, le FN arrivait en tête d’un scrutin national avec presque 25% des suffrages aux élections européennes. Plus récemment, en juin 2015, de l’autre côté de l’Atlantique, un suprématiste blanc de 21 ans nostalgique de l’apartheid tuait froidement neuf Noirs dans une église de Charleston (Caroline du Sud) dans le but de déclencher une guerre raciale. C’est dans ce contexte inquiétant que sort, sur fond de polémique, Un Français de Diastème (2015), film racontant l’histoire d’un skinhead français. Vu l’actualité il nous semblait donc opportun de nous interroger sur la question de la représentation de l’extrême droite au cinéma, en France et ailleurs. Depuis quand les fachos sont-ils présents sur les écrans ? American History X est-il le premier film à s’intéresser au phénomène skinhead néonazi ? Quels points de vues les œuvres offrent-elles des fafs et des bones ? Et, en corolaire, quels discours idéologiques ces films proposent-ils au grand public ? De Naissance d’une Nation (1915) à Un Français (2015), voici un petit tour d’horizon des figures de fachos au cinéma en 100 ans d’histoire du 7ème Art et en 10 portraits emblématiques.

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Presse & islamophobie : qu’en est-il ?

Marseille 2017 (ph. RD)

Marseille 2017 (ph. RD)

Le 8 janvier 2015, le lendemain de l’attentat terroriste contre Charlie Hebdo, Valeurs Actuelles titrait « Peur sur la France » en référence au roman de Houellebecq Soumission avec en Une une photo en gros plan d’une femme portant un niqab bleu, blanc, rouge). Le numéro avait été bouclé la veille des assassinats (1).

Le message, bien qu’un peu brouillé (un niqab bleu, blanc rouge ?), est pourtant clair dans ses grandes lignes : l’islam constituerait une menace pour la France (2).

Le problème c’est que cette Une qui fait le lien entre islam, niqab et peur est loin d’être isolée. En recherchant sur Internet des couvertures de magazines consacrées à « l’islam » et/ou aux « musulmans » j’ai pu en trouver 35 parues au cours des quinze dernières années. Constat : plus de la moitié d’entre elles donne une image négative de l’islam et des musulmans (voir liste annexe) – étant bien entendu que je ne parle même pas ici des Unes évoquant « l’islamisme » ou le « djihad ».

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« Bande de filles » : safari sur la Croisette

Karidja Touré, Céline Sciamma et Assa Sylla à la cérémonie des prix Lumières (photo Georges Biard, 2015) [CC BY-SA 3.0]

Karidja Touré, Céline Sciamma et Assa Sylla à la cérémonie des prix Lumières (photo Georges Biard, 2015) [CC BY-SA 3.0]

Décidément je ne comprendrai jamais nos critiques de cinéma. On ne doit vraiment pas habiter dans le même monde. Oui parce que je suis donc allé voir le fameux Bande de filles de Céline Sciamma dont les critiques étaient dithyrambiques (bon c’est pas pour ça que j’y suis allé en fait, mais parce qu’en tant que « spécialiste » de la représentation des Noirs au cinéma, je me devais de voir ce film au casting « 100 % black »). Verdict : Raté. Maladroit. Ennuyeux. En fait j’ai trouvé que tout sonnait faux : la manière dont l’héroïne Marieme intègre la bande, la scène où les quatre filles « agressent » une vendeuse qui les surveille de trop près, celle ou « Vic » rackette une collégienne, le passage où elle menace la patronne de sa mère ou quand elle devient dealeuse (c’est quoi cette tenue funky ? pas très discret quand même…). Franchement je n’y ai pas cru une seule seconde. Tout sonnait fake, un peu comme dans une sitcom du genre Hélène et les garçons (belles lumières pastels, propos mesurés, violence édulcorée…) – et je ne parle même pas des seconds rôles masculins, tellement grossiers et clichés (le frère ou le mac croquemitaines qui n’ont aucune épaisseur et dont la seule fonction et de menacer le personnage principal).

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X-Men, pop-culture et politique

X-Men_logo.svgEn 2000, X-Men de Brian Singer, bientôt suivi de X-Men 2 (Brian Singer, 2003) et X-Men l’affrontement final (Brett Ratner, 2006) signait le grand retour des super-héros au cinéma. La trilogie culte inspirée des comics Marvel rencontra un très large écho en salle : presque 300 millions de dollars de recette (pour un budget de 75 millions) pour le premier opus, 400 millions pour X-Men 2 et 440 pour le troisième volet. Autant dire, un énorme succès populaire. Ce qui est particulièrement intéressant avec cette saga, au-delà de toute considération esthétique, c’est combien ces films sont représentatifs de l’inventivité et de la richesse de tout un pan de la production hollywoodienne. En effet, alors même que beaucoup – a fortiori parmi les élites intellectuelles – ne voient dans le cinéma commercial américain qu’un « mauvais objet culturel » abrutissant et sans intérêt, il me semble que des œuvres comme les X-Men disent justement bien la complexité d’un grand nombre de ces films qui, derrière leur apparence de blockbusters et de divertissement un peu simplistes, n’en demeurent pas moins de passionnantes réflexions sur les questions sociopolitiques qui agitent nos sociétés. Les X-Men, au-delà de leur dimension spectaculaire et distrayante, proposent en effet une réflexion très pertinente sur la question de l’Autre dans la société étasunienne d’aujourd’hui, mais aussi une nouvelle façon d’aborder la question de l’altérité dans le cinéma hollywoodien – ce que peu de critiques français ont su voir…

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Intouchables est-il un film raciste ?

Omar Sy à la cérémonie des César (photo Georges Biard, 2012) [CC BY-SA 3.0]

Omar Sy à la cérémonie des César (photo Georges Biard, 2012) [CC BY-SA 3.0]

Le triomphe d’Intouchables d’Olivier Nakache et Eric Toledano (2011), qui avec plus de 19 millions d’entrées en salle dépasse La Grande vadrouille (17,2) et devient le deuxième plus grand succès de l’histoire du cinéma français derrière Bienvenue chez les Ch’tis (20,5), nous rappelle deux vérités essentielles concernant la place des Noirs dans le cinéma français : premièrement que les acteurs et actrices afro-descendants sont « bankables » et tout à fait susceptibles d’emporter l’adhésion d’un large public français contrairement à ce que laissaient jusqu’alors entendre nombre de producteurs qui rechignaient à parier sur des premiers rôles noirs (1). Et deuxièmement que, malheureusement, les acteurs noirs français demeurent encore trop souvent associés à des personnages stéréotypés, ici le délinquant-de-banlieue employé comme « domestique » (en fait, aide-soignant et homme-à-tout-faire). A titre d’exemple les Arabo-berbères ne jouent pas systématiquement des rôles de « rebeu ». Il ne suffit pour s’en convaincre que d’évoquer la carrière de Rochdy Zem, lequel se voit plus souvent baptisé à l’écran Hugo, Paul ou Thomas que Messaoud, alors que dans le même temps les Afro-caribéens ne se voient eux le plus souvent attribuer que des rôles de « Noirs ». Ce qui nous renvoie encore et toujours à ce constat formulé par le critique français Rodrig Antonio il y a déjà vingt-cinq ans : « au cinéma, un Noir n’est noir que lorsqu’il est montré par un cinéaste blanc »(2).

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Le Sel de la terre, film prolétarien américain

Logo du Parti Communiste Américain [CC BY-SA 2.5]

Logo du Parti Communiste Américain [CC BY-SA 2.5]

Le Sel de la terre (Salt of the Earth, USA, 1954) de Herbert J. Biberman

S’il est un film américain qui mérite le qualificatif de « prolétarien », c’est bien celui-ci. Sans doute est-ce le seul. Un véritable ovni en somme dans le paysage cinématographique étasunien. Prolétarien, antiraciste, anti-impérialiste et féministe, le cocktail avait de quoi effrayer les conservateurs de tout poil de cette Amérique des années 50 plongée dans la paranoïa anticommuniste et l’hystérie maccarthyste. Rappelons le contexte : la guerre froide bat son plein et la Commission des Activités Anti-Américaines s’emploie à mettre à l’index les « comploteurs communistes » dont beaucoup se cacheraient à Hollywood. Une liste noire est dressée sur laquelle figurent les artistes indésirables auxquels les studios interdisent dorénavant de travailler. Parmi eux, Herbert Biberman, Michael Wilson et Paul Jarrico, crédités respectivement comme réalisateur, scénariste et producteur du Sel de la terre.

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