Tag Archive for propagande

Presse & islamophobie 2 : rhétoriques propagandistes

(photo Steve Evans de Bengalore, 2005, détail) [CC BY 2.0]

(photo Steve Evans de Bengalore, 2005, détail) [CC BY 2.0]

Dans la continuité de mon premier article « Presse & islamophobie : qu’en est-il ? » posté au lendemain des attentats de Charlie Hebdo (janvier 2015), voici une réflexion sur la rhétorique propagandiste islamophobe à l’œuvre dans plusieurs Unes de la presse d’opinion française depuis maintenant de nombreuses années – essentiellement dans la presse conservatrice (Le Point, L’Express, Marianne, le Figaro, Valeurs Actuelles…)

Cette réflexion m’a été inspirée par une phrase de Thomas Deltombe, auteur de l’Islam imaginaire : la construction médiatique de l’islamophobie en France (1975-2005) (éd. La Découverte, 2005) qui concluait une conférence de 2014 par : « Je ne sais pas si il y a des travaux de comparaison qui ont été faits sur la propagande antisémite des années 30 et la propagande islamophobe aujourd’hui. Ça c’est quelque chose qui commence à me perturber singulièrement, parce que quand je vois ce type de couverture « L’invasion des mosquées : notre identité menacée » [Valeurs Actuelles, 2014], ce genre de choses, je me demande vraiment comment on pourrait essayer d’analyser ça finement ».

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Analyser une affiche : « We can Do It ! » (1943)

We Can Do It! (1943) de J. Howard Miller (USA – 43 x 56 cm – couleurs) [domaine public]

Cette affiche a acquis au fil des ans un véritable statut d’icône de la pop-culture. Elle ne fut pourtant diffusée que très brièvement en 1943, essentiellement sur les murs des usines d’armement où travaillaient de nombreuses femmes durant la Seconde Guerre mondiale pendant que les hommes se battaient sur le front. Elle ne fut en fait redécouverte que tardivement, dans les années 80, et très largement reproduite depuis sous diverses formes. C’est toujours un bon point de départ pour analyser une image que de partir du pouvoir de fascination qu’elle exerce. Qu’est-ce qui fait en effet que cette affiche interpelle et séduit autant aujourd’hui ?

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La Nouvelle Babylone : la Commune de Paris (re)vue par le cinéma soviétique

Barricade à Paris durant la Commune (1871) [DP]

Barricade à Paris durant la Commune (1871) [DP]

La Nouvelle Babylone de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg (URSS, 1929)

C’est un fait, les films sur la commune de Paris demeurent extrêmement rares. La raison en est-elle politique ? Sans aucun doute – par comparaison ceux sur la Révolution (bourgeoise) française sont bien plus nombreux. Personnellement je n’en ai vus que deux : La Commune (Paris 1871) réalisé en 2000 par l’anglais Peter Watkins (d’une durée de 3h30) et celui-ci, La Nouvelle Babylone, tourné par les Soviétiques Kozintsev et Trauberg en 1929.

Mais allons droit au but : ce film est exceptionnel. Les auteurs, avec un art consommé du montage (ellipse, montage parallèle, rapprochements allégoriques) revisitent ici cet épisode tragique de l’histoire du mouvement ouvrier avec une ferveur communicative et un sens aigu de la parabole qui frôle parfois la perfection.

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Les fondements historiques de la « Monoforme »

L’Oncle Sam peint par James Montgomery Flagg pendant la Première Guerre mondiale (domaine public)

En 2003 le cinéaste britannique Peter Watkins, auteur entre autres des subversifs La Bombe (1966), Punishment Park (1971) et La Commune (2000) faisait paraître l’ouvrage Media Crisis, un essai de réflexion théorique sur ce qu’il nomme la « Monoforme » des MMAV (Mass Medias Audio-Visuels). Par « Monoforme » le cinéaste indépendant entendait ainsi dénoncer « le dispositif narratif interne (montage, structure narrative, etc.) employé par la télévision et le cinéma commercial pour véhiculer leurs messages. C’est le mitraillage dense et rapide de sons et d’images ; la structure, apparemment fluide mais structurellement fragmentée, qui nous est devenue si familière. Ce dispositif narratif est apparu lors des premières années de l’histoire du cinéma avec le travail novateur de D. W. Griffith et d’autres qui ont développé des techniques de montage rapide, d’action parallèle, d’alternances entre des plans d’ensemble et des plans rapprochés… »  (Media Crisis, p. 36-37). Watkins fait ainsi remonter la naissance de la « Monoforme » au cinéaste D.W. Griffith, considéré comme le père du langage cinématographique, autrement dit aux années dix. Essayons donc de remonter le fil de l’histoire pour comprendre comment s’est peu à peu constituée et imposée cette monoforme audiovisuelle.

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Le cinéma, vecteur d’idéologies

Le Cuirassé Potemkine de S. Eisenstein (domaine public)

Le Cuirassé Potemkine de S. Eisenstein (domaine public)

Même quand il semble apolitique, le cinéma, selon Régis Dubois, reste un puissant vecteur d’idéologies.

Article paru dans Le Mensuel de l’Université n°5, mai 2006.

Si l’invention du cinématographe date de la toute fin du 19ème siècle, le cinéma tel que nous le connaissons aujourd’hui naît véritablement au coeur de la Première Guerre mondiale, en particulier avec Naissance d’une Nation (1915) de l’Américain D.W. Griffith considéré comme l’inventeur du langage cinématographique [1]. La coïncidence est troublante : la déflagration de 14-18 est aussi le point de départ de l’hégémonie américaine et le détonateur de la révolution russe, autant dire du nouvel ordre mondial opposant capitalisme et communisme. Comment dès lors imaginer que le 7ème art, média de masse et puissant vecteur d’idéologie s’il en est, ait pu rester indifférent aux grands enjeux idéologiques de ce siècle ?

Christian Metz constatait à juste titre : « Le film, du seul fait qu’il doit toujours choisir ce qu’il doit montrer et ce qu’il ne montre pas, transforme le monde en discours » [2]. C’est un fait : tout film est politique, même les œuvres les plus neutres en apparence. Car si le cinéma est un art, il est aussi, et peut-être même davantage, une industrie, une pratique sociale et, au-delà, un puissant outil de propagande.

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