Tag Archive for Nouvel Hollywood

Dennis Hopper : Born to be wild

Born to be wild : Dennis Hopper, un voyage dans le rêve américain de Tom Folsom (Payot/Rivages, 2014, 290 pages)

Voici un livre que tout passionné du Nouvel Hollywood – et donc et surtout de Hopper – attendait avec impatience : la biographie de Dennis « Billy » Hopper alias Mister Easy Rider. Autant le dire tout de suite, cet ouvrage est passionnant et se lit comme un roman, même s’il n’est pas sans défaut. L’auteur, Tom Folsom (tout juste 40 ans) a choisi d’écrire une bio plutôt anticonformiste, à l’image de son personnage principal, et comme le dit si bien Peter Biskind « heureusement pour lui, Dennis Hopper a eu le biographe qu’il méritait. La prose gonzo de Folsom pulse avec l’énergie frénétique de Hopper et épouse à la perfection sa folie ». Et Born to be wild se lit effectivement comme un scénario à la Citizen Kane où plane l’ombre de James Dean et dans lequel les chapitres s’enchaînent comme autant de saynètes, de flashs, de moments décisifs rapportés dans un style cinématographique, visuel et elliptique. C’est toute sa force mais aussi, à certains moments, sa faiblesse tant on aimerait en savoir plus, dans les détails, sur la réalité des faits. Quoi qu’il en soit le bouquin n’en reste pas moins fascinant. Mais comment de pas l’être avec un tel personnage !

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La classe ouvrière va à Hollywood

Stallone en 1988 (photo Towpilot) [CC BY-SA 3.0]

Stallone en 1988 (photo Towpilot) [CC BY-SA 3.0]

C’est entendu, les prolétaires sont très peu représentés dans le cinéma hollywoodien. Il suffit de comparer la production étasunienne et la filmographie soviétique pour prendre toute la mesure de cette invisibilité du working class hero américain. Et pourtant, le mouvement ouvrier aux Etats-Unis est une réalité, en témoigne les nombreuses grèves, parfois meurtrières, qui ont ponctué son histoire. Mais Hollywood a tout simplement choisi d’ignorer cette donnée. Bien sûr, la raison en est fort simple : l’usine à rêve est d’abord la vitrine du « rêve américain », autrement dit de la société sans classe. Et évoquer la réalité ouvrière ce serait admettre qu’au pays de l’american way of life il existe des classes sociales, autrement dit des pauvres et des riches… Pour autant, le cinéma américain n’est pas tout à fait exempt de prolétaires, mais ceux-ci ne sont le plus souvent que des alibis idéologiques, des “Autres” en sursis et des Américains middle-class en devenir.

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L’Hollywood de Peter Biskind

Mon Hollywood (Gods and Monsters) de Peter Biskind (Le Cherche Midi, 2011)

Que je suis mauvaise langue ! Voilà plus de quatre ans je chroniquais sur mon blog ce livre de Peter Biskind, que j’avais eu la chance de lire dans sa version originale, en concluant laconiquement mon billet par « malheureusement ce livre, comme son premier d’ailleurs, ne sera, à n’en pas douter, jamais traduit en français ». J’avais tord ! (enfin, qu’à moitié puisque son premier ouvrage n’a toujours pas été traduit…). En effet Le Cherche Midi a depuis fait paraître la version française de Gods and Monsters – une compilation d’articles percutants écrits entre 1973 et 2003 – sous le titre de « Mon Hollywood ». Rappelons ici que l’éditeur, fidèle à son auteur à succès, a déjà fait paraître deux ouvrages de référence de Biskind, Le Nouvel Hollywood en 2002 et Sexe, mensonges et Hollywood en 2006. Voilà, tout ça pour dire qu’il faut impérativement lire ce bouquin parce qu’il offre une autre manière d’aborder les films. Mais comme je n’ai pas encore lu la version française et que mes souvenirs sur la question datent un peu, je vais faire comme Biskind et vous donner à lire du réchauffé, à savoir un billet écrit en novembre 2008…

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Martin Scorsese, l’infiltré

Martin Scorsese au festival de Venise en 1995 (ph. Gorupdebesanez) [CC BY-SA 3.0]

Martin Scorsese au festival de Venise en 1995 (ph. Gorupdebesanez) [CC BY-SA 3.0]

Martin  Scorsese est aujourd’hui considéré comme un auteur incontournable du paysage cinéphilique mondial. Couronné à la fois par l’industrie hollywoodienne (Oscar 2007 du meilleur réalisateur et du meilleur film pour Les Infiltrés) et par la critique européenne « auteuriste » (nommé président du Festival de Cannes en 1998, invité d’honneur à l’inauguration de la nouvelle cinémathèque française en 2005), sans compter les nombreuses publications dont il a fait dernièrement l’objet [1] le cinéaste italo-américain connaît depuis le début du siècle une consécration unanime. Ce qui m’a intéressé d’explorer ici, et que peu d’écrits ont tenté de faire, c’est d’analyser l’œuvre scorsesienne à la lumière des tensions sociales qui la traversent. Autrement dit, j’ai l’infime conviction qu’à travers l’interprétation de ses acteurs fétiches (Harvey Keitel, Robert De Niro et plus récemment Leonardo Di Caprio), véritables doubles cinématographiques du cinéaste, Scoresese n’a de cesse d’évoquer dans ses films son parcours de « déraciné », à la fois social (parce qu’issu d’un milieu populaire) et culturel (parce que d’origine italienne). Je vois en effet la violence scorsesienne, si caractéristique de son style, comme l’expression privilégié d’une « déchirure sociale » qui ne dit pas son nom. Vue sous cet angle, il me semble que l’œuvre du cinéaste prend un sens tout particulier qui, sans être véritablement politique, n’en demeure pas moins un précieux témoignage social émanant d’un « déclassé ».

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Hal Ashby, un hippie à Hollywood

Comme toute discipline académique, l’histoire du cinéma a édifié au fil des ans son panthéon des « chefs-d’œuvre » incontournables et immortels dans lequel figurent les œuvres et les auteurs essentiels. Est-il besoin de rappeler que ceux-ci ont été intronisés par un collège de spécialistes habilités à juger de ce qui est « beau » ou « bon » et de ce qui ne l’est pas ? Aussi, comme dans toute sélection, il y a les heureux élus et les autres : les amuseurs, les besogneux, les tâcherons, les copistes, les atypiques et les mal-aimés… Parmi ces derniers figure assurément Hal Ashby. Qui ça ? Hal Ashby ! – dont vous trouverez peut-être, à force de persévérance, une notice laconique sur le Net du style : « Monteur et réalisateur américain né le 2 Septembre 1929 à Ogden, Utah, USA, décédé le 27 Décembre 1988 à Malibu, Californie, USA ». Et pas grand-chose de plus, ni sur Wikipedia, ni sur Allociné…

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