Tag Archive for Noirs de France

Les stéréotypes du Noir dans la bande dessinée

1076349834Hachette réédite ce mois-ci les aventures de Bibi Fricotin, une bande dessinée datant des années 20 et publiée jusqu’aux années 80, que l’on retrouvera tous les mois chez les marchands de journaux. Le personnage du Noir Razibus, qui sent bon le vieux stéréotype colonial, est apparu dans la série en 1951 pour devenir l’acolyte inséparable de Bibi Fricotin jusqu’en 1988, date du dernier album. Etonnamment, et contrairement à la plupart des héros de BD (de Mickey aux héros Marvel ou DC comics) lui n’a jamais évolué physiquement. Bien qu’il ne parle pas « petit nègre » (comme les Africains de Tintin au Congo) et qu’il n’est ni idiot ni maladroit, ni même spécialement comique, on est en droit de se demander si cette réédition est de bon augure au moment de l’affaire Théo et de la polémique autour du terme « Bamboula ». Imagerait-on seulement qu’on réédite aujourd’hui de vieilles images antisémites de Juif au nez crochu… Au moins les éditions Hachette auraient-elles pu intégrer une notice d’avertissement en exergue de la BD (1), ou mieux modifier légèrement le faciès caricatural de Razibus. Et pourquoi pas ? On a bien remplacé la cigarette de Lucky Luke par un brin d’herbe, alors pourquoi ne pas donner à ce Razibus des traits moins grossiers ?

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César noirs Vs Black Oscars

les-oscars-et-les-cesar-pour-les-nuls,M18840Comme tous les ans dans l’univers impitoyable du 7e Art, le mois de janvier est le mois des nominations tant attendues aux César et aux Oscars, avec ses bonnes et ses mauvaises surprises, ses heureux nominés et ses malheureux oubliés. C’est aussi le moment de faire un petit bilan sur la production de l’année écoulée et de prendre le pouls du cinéma français et américain. Et, comme tous les ans à la même période, c’est aussi le moment où l’on va me demander mon avis sur la présence (ou l’absence) des Noirs au sein de ces sélections. Sont-ils suffisamment représentés ou au contraire trop absents ? Depuis le César d’Omar Sy en 2012 et plus encore depuis le polémique #OscarSoWhite de l’année passée, les journalistes français semblent s’intéresser de plus en plus à la question de la représentation des minorités au cinéma – et c’est tant mieux !

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Les Noirs dans le cinéma français : de Joséphine Baker à Omar Sy

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Les Noirs dans le cinéma français : de Joséphine Baker à Omar Sy de Régis Dubois (éd. LettMotif, 246 p. 24 euros)

Cet ouvrage poursuit deux objectifs. D’une part analyser l’image du « Noir » et son évolution dans l’imaginaire cinématographique français depuis un siècle. D’autre part, mettre en lumière la présence des Noirs et Métisses dans le cinéma hexagonal depuis les premières vues des frères Lumière jusqu’au triomphe d’Intouchables, en évoquant notamment les rôles interprétés par Josephine Baker, Habib Benglia, Darling Légitimus, Robert Liensol, Isaac de Bankolé, Firmine Richard, Jacques Martial, Alex Descas, Mouss Diouf, Aïssa Maïga, Edouard Montoute, Stomy Bugsy, Eriq Ebouaney, Joeystarr ou Omar Sy.

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Les César post-attentats et le choix de la diversité

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Bonne surprise ! Le palmarès 2016 des César – tout comme celui de 2015 d’ailleurs – a fait la part belle à la diversité ethnique et culturelle. En effet le prix du meilleur film a été attribué cette année à Fatima après celui l’année passée de Timbuktu, deux films centrés sur des personnages issus de communautés musulmanes africaines ou d’origine maghrébine.

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Des web-séries « afro » made in France : entretien avec Abdou X

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Depuis janvier 2015, Nova Angola Productions créées par le rappeur Abdou X, vingt-huit ans, ambitionne de créer, à l’image de ce qui existe déjà aux Etats-Unis, des web-séries afro dans le but « de faire vivre l’expérience noire du quotidien, à travers des programmes qui mettent en avant une jeunesse afro moderne, branchée et sexy ». C’est peu de dire que l’idée paraît intéressante vu le déficit d’images des Noirs dans les médias français. Ni une ni deux je me connecte donc sur Youtube et visionne dans leur intégralité les deux premières séries diffusées entre janvier et juin 2015 : Ramata : les tribulations sentimentales d’une femme noire (6 épisodes d’une dizaine de minutes) et Family Affair (8 épisodes d’une durée totale d’environ deux heures). Verdict : C’est frais, c’est efficace et ça réussit à faire la jonction entre le divertissement grand public et le commentaire social pertinent, un peu à la manière de Plus belle la vie mais revisité façon Spike Lee. Un projet fort et original en somme qui mérite amplement d’être diffusé le plus largement possible.

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« Bande de filles » : safari sur la Croisette

Décidément je ne comprendrai jamais nos critiques de cinéma. On ne doit vraiment pas habiter dans le même monde. Oui parce que je suis donc allé voir le fameux Bande de filles de Céline Sciamma dont les critiques étaient dithyrambiques (bon c’est pas pour ça que j’y suis allé en fait, mais parce qu’en tant que « spécialiste » de la représentation des Noirs au cinéma, je me devais de voir ce film au casting « 100 % black »). Verdict : Raté. Maladroit. Ennuyeux. En fait j’ai trouvé que tout sonnait faux : la manière dont l’héroïne Marieme intègre la bande, la scène où les quatre filles « agressent » une vendeuse qui les surveille de trop près, celle ou « Vic » rackette une collégienne, le passage où elle menace la patronne de sa mère ou quand elle devient dealeuse (c’est quoi cette tenue funky ? pas très discret quand même…). Franchement je n’y ai pas cru une seule seconde. Tout sonnait fake, un peu comme dans une sitcom du genre Hélène et les garçons (belles lumières pastels, propos mesurés, violence édulcorée…) – et je ne parle même pas des seconds rôles masculins, tellement grossiers et clichés (le frère ou le mac croquemitaines qui n’ont aucune épaisseur et dont la seule fonction et de menacer le personnage principal).

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Le « cinéma guerilla » selon Pascal Tessaud : entretien

J’ai rencontré pour la première fois Pascal Tessaud il y a quelques années à l’occasion d’une projection de son documentaire très réussi Slam, ce qui nous brûle (2007). Depuis nous avons gardé le contact et j’ai suivi son parcours de près. Après un livre d’entretien avec feu Paul Carpita (auteur du fameux film néoréaliste Le Rendez-vous des Quais), une série d’émissions radio sur le jeune cinéma de banlieue, plusieurs courts-métrages et un récent moyen-métrage remarqué (La Ville lumière, 2012) il se lance en 2013 dans la réalisation d’un premier long autoproduit à la manière « guérilla ». C’était l’occasion rêvée pour évoquer avec lui à la fois son projet prometteur et cette « nouvelle vague » du cinéma de banlieue qui, à l’instar de tout un pan de la musique rap, passe par l’autoproduction pour faire entendre sa voix.

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Intouchables est-il un film raciste ?

Le triomphe d’Intouchables d’Olivier Nakache et Eric Toledano (2011), qui avec plus de 19 millions d’entrées en salle dépasse La Grande vadrouille (17,2) et devient le deuxième plus grand succès de l’histoire du cinéma français derrière Bienvenue chez les Ch’tis (20,5), nous rappelle deux vérités essentielles concernant la place des Noirs dans le cinéma français : premièrement que les acteurs et actrices afro-descendants sont « bankables » et tout à fait susceptibles d’emporter l’adhésion d’un large public français contrairement à ce que laissaient jusqu’alors entendre nombre de producteurs qui rechignaient à parier sur des premiers rôles noirs (1). Et deuxièmement que, malheureusement, les acteurs noirs français demeurent encore trop souvent associés à des personnages stéréotypés, ici le délinquant-de-banlieue employé comme « domestique » (en fait, aide-soignant et homme-à-tout-faire). A titre d’exemple les Arabo-berbères ne jouent pas systématiquement des rôles de « rebeu ». Il ne suffit pour s’en convaincre que d’évoquer la carrière de Rochdy Zem, lequel se voit plus souvent baptisé à l’écran Hugo, Paul ou Thomas que Messaoud, alors que dans le même temps les Afro-caribéens ne se voient eux le plus souvent attribuer que des rôles de « Noirs ». Ce qui nous renvoie encore et toujours à ce constat formulé par le critique français Rodrig Antonio il y a déjà vingt-cinq ans : « au cinéma, un Noir n’est noir que lorsqu’il est montré par un cinéaste blanc »(2).

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Noirs et Blacks au cinéma : regards croisés France/Etats-Unis


« Aux Etats-Unis, Halle Berry, Will Smith et Denzel Washington trônent au sommet du box-office. Et en France ? Pourquoi si peu de Noirs au cinéma ? »
s’interroge en 2008 Olivier De Bruyn sur le site Rue89 dans son article «Cinéma français : où sont les Noirs ?» [1]. Ailleurs une internaute met au défi ses concitoyens français de pouvoir citer dix noms d’acteurs noirs hexagonaux alors qu’il est si facile d’en nommer des dizaines d’américains [2]. C’est un fait, le traitement de la question noire de ce côté-ci de l’Atlantique repose très souvent sur une comparaison avec l’exemple étasunien – et ceci encore plus depuis l’élection de Barack Obama qui rend d’autant plus flagrant le contraste. Ne citons encore pour exemple que cet article paru dans Le Monde en 2008 et intitulé « ”La question noire” française au miroir américain » [3]. C’est d’ailleurs un même esprit comparatiste qui anime les travaux de l’américaniste Pap N’Diaye dans son ouvrage de référence La condition noire en France : essai sur une minorité française (2008). Qu’en est-il donc de l’image des Noirs en France au regard de leur place dans le cinéma hollywoodien ?
Des acteurs noirs français invisibles

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Et si Dieu était noir ? « Les Verts pâturages » de JC Averty (1964)

A la mémoire de Robert Liensol (1922-2011)

Cette année j’ai eu la bonne surprise de découvrir sous mon sapin de Noël le DVD Les Verts Pâturages, ce mythique “drame” télévisuel réalisé par Jean-Christophe Averty en 1964 pour l’ORTF et diffusé pour la première fois – mais aussi la dernière – le soir du réveillon du 24 décembre 1964. Depuis l’émission demeurait invisible et seul le témoignage de ceux qui y prirent part (Averty en tête mais aussi les acteurs Robert Liensol – photo ci-contre – ou Med Hondo) nous rappelait cet épisode glorieux de notre bonne chère télévision française qui, depuis, a pris sacrément du plomb dans l’aile…

Alors de quoi s’agissait-il au juste ? Rien de moins qu’une évocation de la Genèse et de l’Ancien Testament du point de vue Noir avec un casting 100 % afro-antillais. Averty s’était inspiré de la pièce de l’américain Marc Connelly “The Green Pastures” précédemment portée à l’écran en 1936 à Hollywood et, en bon fan de jazz, avait mis en images des saynètes bibliques entrecoupées de passages chantés et dansés à la manière des émissions de variétés d’antan, le tout relevé par quelques effets “électroniques” avant-gardistes pour l’époque (des surimpressions notamment) mais bien désuets aujourd’hui.

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