Tag Archive for Noirs de France

« Double Vague, le nouveau souffle du cinéma français » de Claire Diao

image.htmlDouble Vague, le nouveau souffle du cinéma français de Claire Diao (Au Diable Vauvert, 2017, 342 p, 20 euros)

Depuis quelques années – environ 2010 – est apparu en France un nouveau phénomène cinématographique, le « cinéma guérilla », autrement dit des films autoproduits réalisés quasiment sans budget, principalement en banlieues, avec des caméras numériques par de jeunes cinéastes autodidactes issus des classes populaires et/ou de l’immigration. Quelques titres : Donoma de Djinn Carrenard (2010), African Gangster de Jean-Pascal Zadi (2010), Rengaine de Rachid Djaïdani (2012) ou encore Brooklyn de Pascal Tessaud (2014) pour ne citer que les plus connus. C’est à cette nouvelle vague de cinéastes débrouillards que la journaliste Claire Diao a choisi de consacrer un ouvrage intitulé Double Vague, le nouveau souffle du cinéma français paru le mois dernier aux éditions Au Diable Vauvert.

Read more

Les stéréotypes du Noir dans la bande dessinée

Hachette réédite ce mois-ci les aventures de Bibi Fricotin, une bande dessinée datant des années 20 et publiée jusqu’aux années 80, que l’on retrouvera tous les mois chez les marchands de journaux. Le personnage du Noir Razibus, qui sent bon le vieux stéréotype colonial, est apparu dans la série en 1951 pour devenir l’acolyte inséparable de Bibi Fricotin jusqu’en 1988, date du dernier album. Etonnamment, et contrairement à la plupart des héros de BD (de Mickey aux héros Marvel ou DC comics) lui n’a jamais évolué physiquement. Bien qu’il ne parle pas « petit nègre » (comme les Africains de Tintin au Congo) et qu’il n’est ni idiot ni maladroit, ni même spécialement comique, on est en droit de se demander si cette réédition est de bon augure au moment de l’affaire Théo et de la polémique autour du terme « Bamboula ». Imagerait-on seulement qu’on réédite aujourd’hui de vieilles images antisémites de Juif au nez crochu… Au moins les éditions Hachette auraient-elles pu intégrer une notice d’avertissement en exergue de la BD (1), ou mieux modifier légèrement le faciès caricatural de Razibus. Et pourquoi pas ? On a bien remplacé la cigarette de Lucky Luke par un brin d’herbe, alors pourquoi ne pas donner à ce Razibus des traits moins grossiers ?

Read more

César noirs Vs Black Oscars

les-oscars-et-les-cesar-pour-les-nuls,M18840Comme tous les ans dans l’univers impitoyable du 7e Art, le mois de janvier est le mois des nominations tant attendues aux César et aux Oscars, avec ses bonnes et ses mauvaises surprises, ses heureux nominés et ses malheureux oubliés. C’est aussi le moment de faire un petit bilan sur la production de l’année écoulée et de prendre le pouls du cinéma français et américain. Et, comme tous les ans à la même période, c’est aussi le moment où l’on va me demander mon avis sur la présence (ou l’absence) des Noirs au sein de ces sélections. Sont-ils suffisamment représentés ou au contraire trop absents ? Depuis le César d’Omar Sy en 2012 et plus encore depuis le polémique #OscarSoWhite de l’année passée, les journalistes français semblent s’intéresser de plus en plus à la question de la représentation des minorités au cinéma – et c’est tant mieux !

Read more

Les Noirs dans le cinéma français : de Joséphine Baker à Omar Sy

Noirs dans le cinéma frLes Noirs dans le cinéma français : de Joséphine Baker à Omar Sy de Régis Dubois (éd. LettMotif, 246 p. 24 euros)

Cet ouvrage poursuit deux objectifs. D’une part analyser l’image du « Noir » et son évolution dans l’imaginaire cinématographique français depuis un siècle. D’autre part, mettre en lumière la présence des Noirs et Métisses dans le cinéma hexagonal depuis les premières vues des frères Lumière jusqu’au triomphe d’Intouchables, en évoquant notamment les rôles interprétés par Josephine Baker, Habib Benglia, Darling Légitimus, Robert Liensol, Isaac de Bankolé, Firmine Richard, Jacques Martial, Alex Descas, Mouss Diouf, Aïssa Maïga, Edouard Montoute, Stomy Bugsy, Eriq Ebouaney, Joeystarr ou Omar Sy.

Read more

Les César post-attentats et le choix de la diversité

Zita Hanrot (photo Georges Biard, 2016) [CC BY-SA 3.0]

Zita Hanrot (photo Georges Biard, 2016) [CC BY-SA 3.0]

Bonne surprise ! Le palmarès 2016 des César – tout comme celui de 2015 d’ailleurs – a fait la part belle à la diversité ethnique et culturelle. En effet le prix du meilleur film a été attribué cette année à Fatima après celui l’année passée de Timbuktu, deux films centrés sur des personnages issus de communautés musulmanes africaines ou d’origine maghrébine.

Idem du côté des nominations aux prix d’interprétation 2015-2016 qui, là encore, ont fait le choix de la diversité : après Karidja Touré pour Bande de filles, Ahmed Dramé pour Les Héritiers et Marc Zinga pour Qu’Allah bénisse la France l’année passée, saluons cette année celles de Loubna Abidar pour Much Loved, Soria Zeroual pour Fatima et Antonythasan Jesuthasan pour Dheepan. Et surtout, après le César du « meilleur acteur dans un second rôle » attribué en 2015 à Reda Kateb (pour Hyppocrate), voici que Zita Hanrot reçoit celui du « meilleur espoir féminin » pour Fatima en 2016. Faut-il y voir un signe ? Une simple coïncidence ou un lien de cause à effet avec les attentats qui ont traumatisé la France entre janvier 2015 (six semaines avant la cérémonie 2015) et novembre 2015 (trois mois avant celle de 2016) ?

Read more

Des web-séries « afro » made in France : entretien avec Abdou X

familyDepuis janvier 2015, Nova Angola Productions créées par le rappeur Abdou X, vingt-huit ans, ambitionne de créer, à l’image de ce qui existe déjà aux Etats-Unis, des web-séries afro dans le but « de faire vivre l’expérience noire du quotidien, à travers des programmes qui mettent en avant une jeunesse afro moderne, branchée et sexy ». C’est peu de dire que l’idée paraît intéressante vu le déficit d’images des Noirs dans les médias français. Ni une ni deux je me connecte donc sur Youtube et visionne dans leur intégralité les deux premières séries diffusées entre janvier et juin 2015 : Ramata : les tribulations sentimentales d’une femme noire (6 épisodes d’une dizaine de minutes) et Family Affair (8 épisodes d’une durée totale d’environ deux heures). Verdict : C’est frais, c’est efficace et ça réussit à faire la jonction entre le divertissement grand public et le commentaire social pertinent, un peu à la manière de Plus belle la vie mais revisité façon Spike Lee. Un projet fort et original en somme qui mérite amplement d’être diffusé le plus largement possible.

Read more

« Bande de filles » : safari sur la Croisette

Karidja Touré, Céline Sciamma et Assa Sylla à la cérémonie des prix Lumières (photo Georges Biard, 2015) [CC BY-SA 3.0]

Karidja Touré, Céline Sciamma et Assa Sylla à la cérémonie des prix Lumières (photo Georges Biard, 2015) [CC BY-SA 3.0]

Décidément je ne comprendrai jamais nos critiques de cinéma. On ne doit vraiment pas habiter dans le même monde. Oui parce que je suis donc allé voir le fameux Bande de filles de Céline Sciamma dont les critiques étaient dithyrambiques (bon c’est pas pour ça que j’y suis allé en fait, mais parce qu’en tant que « spécialiste » de la représentation des Noirs au cinéma, je me devais de voir ce film au casting « 100 % black »). Verdict : Raté. Maladroit. Ennuyeux. En fait j’ai trouvé que tout sonnait faux : la manière dont l’héroïne Marieme intègre la bande, la scène où les quatre filles « agressent » une vendeuse qui les surveille de trop près, celle ou « Vic » rackette une collégienne, le passage où elle menace la patronne de sa mère ou quand elle devient dealeuse (c’est quoi cette tenue funky ? pas très discret quand même…). Franchement je n’y ai pas cru une seule seconde. Tout sonnait fake, un peu comme dans une sitcom du genre Hélène et les garçons (belles lumières pastels, propos mesurés, violence édulcorée…) – et je ne parle même pas des seconds rôles masculins, tellement grossiers et clichés (le frère ou le mac croquemitaines qui n’ont aucune épaisseur et dont la seule fonction et de menacer le personnage principal).

Read more

Le « cinéma guerilla » selon Pascal Tessaud : entretien

J’ai rencontré pour la première fois Pascal Tessaud il y a quelques années à l’occasion d’une projection de son documentaire très réussi Slam, ce qui nous brûle (2007). Depuis nous avons gardé le contact et j’ai suivi son parcours de près. Après un livre d’entretien avec feu Paul Carpita (auteur du fameux film néoréaliste Le Rendez-vous des Quais), une série d’émissions radio sur le jeune cinéma de banlieue, plusieurs courts-métrages et un récent moyen-métrage remarqué (La Ville lumière, 2012) il se lance en 2013 dans la réalisation d’un premier long autoproduit à la manière « guérilla ». C’était l’occasion rêvée pour évoquer avec lui à la fois son projet prometteur et cette « nouvelle vague » du cinéma de banlieue qui, à l’instar de tout un pan de la musique rap, passe par l’autoproduction pour faire entendre sa voix.

  Read more

Intouchables est-il un film raciste ?

Omar Sy à la cérémonie des César (photo Georges Biard, 2012) [CC BY-SA 3.0]

Omar Sy à la cérémonie des César (photo Georges Biard, 2012) [CC BY-SA 3.0]

Le triomphe d’Intouchables d’Olivier Nakache et Eric Toledano (2011), qui avec plus de 19 millions d’entrées en salle dépasse La Grande vadrouille (17,2) et devient le deuxième plus grand succès de l’histoire du cinéma français derrière Bienvenue chez les Ch’tis (20,5), nous rappelle deux vérités essentielles concernant la place des Noirs dans le cinéma français : premièrement que les acteurs et actrices afro-descendants sont « bankables » et tout à fait susceptibles d’emporter l’adhésion d’un large public français contrairement à ce que laissaient jusqu’alors entendre nombre de producteurs qui rechignaient à parier sur des premiers rôles noirs (1). Et deuxièmement que, malheureusement, les acteurs noirs français demeurent encore trop souvent associés à des personnages stéréotypés, ici le délinquant-de-banlieue employé comme « domestique » (en fait, aide-soignant et homme-à-tout-faire). A titre d’exemple les Arabo-berbères ne jouent pas systématiquement des rôles de « rebeu ». Il ne suffit pour s’en convaincre que d’évoquer la carrière de Rochdy Zem, lequel se voit plus souvent baptisé à l’écran Hugo, Paul ou Thomas que Messaoud, alors que dans le même temps les Afro-caribéens ne se voient eux le plus souvent attribuer que des rôles de « Noirs ». Ce qui nous renvoie encore et toujours à ce constat formulé par le critique français Rodrig Antonio il y a déjà vingt-cinq ans : « au cinéma, un Noir n’est noir que lorsqu’il est montré par un cinéaste blanc »(2).

Read more

Noirs et Blacks au cinéma : regards croisés France/Etats-Unis

Aïssa Maïga en 2007 à Cannes (ph. Mireille Ampilhac) [CC BY-SA 2.0]

Aïssa Maïga en 2007 à Cannes (ph. Mireille Ampilhac) [CC BY-SA 2.0]

« Aux Etats-Unis, Halle Berry, Will Smith et Denzel Washington trônent au sommet du box-office. Et en France ? Pourquoi si peu de Noirs au cinéma ? » s’interroge en 2008 Olivier De Bruyn sur le site Rue89 dans son article «Cinéma français : où sont les Noirs ?» [1]. Ailleurs une internaute met au défi ses concitoyens français de pouvoir citer dix noms d’acteurs noirs hexagonaux alors qu’il est si facile d’en nommer des dizaines d’américains [2]. C’est un fait, le traitement de la question noire de ce côté-ci de l’Atlantique repose très souvent sur une comparaison avec l’exemple étasunien – et ceci encore plus depuis l’élection de Barack Obama qui rend d’autant plus flagrant le contraste. Ne citons encore pour exemple que cet article paru dans Le Monde en 2008 et intitulé « ”La question noire” française au miroir américain » [3]. C’est d’ailleurs un même esprit comparatiste qui anime les travaux de l’américaniste Pap N’Diaye dans son ouvrage de référence La condition noire en France : essai sur une minorité française (2008). Qu’en est-il donc de l’image des Noirs en France au regard de leur place dans le cinéma hollywoodien ? Des acteurs noirs français invisibles

Read more