Tag Archive for New-jack

Harlem, ville noire : Le ghetto noir dans l’imaginaire cinématographique américain

Affiche de Harlem on the Prairie (1937) [domaine public]

Affiche de Harlem on the Prairie (1937)[domaine public]

Harlem. Deux syllabes qui forcent l’imagination. D’un côté, des photos contrastées noir et blanc de jazzmen auréolés de volutes de fumée. À l’arrière plan des caractères lumineux qui se détachent pour former ce nom presque mythique : Cotton Club. De l’autre, des images de jeunes Noirs coiffés afro, au regard dur, le poing levé à la façon de Malcolm X haranguant la foule sur la 125ème rue. Pas très loin de là, un décor de désolation, un quartier sinistré jonché de seringues, hanté par le souvenir des taciturnes Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, les deux flics patibulaires des romans de Chester Himes. Plus gaies sans doute, ces images de basketteurs acrobates habillés aux couleurs du drapeau américain, les fameux Harlem Globetrotters de nos jeunes années. Bref, Harlem pour beaucoup c’est le ghetto noir dans toute sa splendeur, dans ce qu’il recèle de plus exotique et de plus mystérieux, dans ce qu’il suscite comme fantasme et comme crainte. Pourtant dans ce kaléidoscope d’instantanés, pas ou peu d’images de cinéma. Serait-ce une défaillance de notre mémoire cinéphilique ? Non, effectivement, Hollywood s’est longtemps refusé à traverser la frontière qui sépare la partie blanche et la partie noire de New York, ville pourtant maintes fois prise pour décor dans les productions américaines.

Read more

Quand le rap fait son cinéma… à propos du cinéma new jack

Ice Cube en 2010 (ph. Stuart Sevastos) [CC BY 2.0]

Ice Cube en 2010 (ph. Stuart Sevastos) [CC BY 2.0]

“Elvis was a hero to most / But he never meant shit to me you see / Straight up racist that sucker was / Simple and pain / Motherfuck him and John Wayne / Cause I’m black and I’m proud […] / Fight the power / Fight the power …”(1).

Qui a pu oublier cette fracassante ouverture – véritable morceau d’anthologie – de Do the Right Thing (Spike Lee, 1989) signée Public Enemy. Rarement une musique, un rythme, des paroles, avaient aussi bien épousé, et introduit, un film. Rien de surprenant cependant quand on connaît le cinéaste et sa passion pour la musique (rap), lui qui déclarait en 1989 : « la musique joue un rôle très important dans mon film : elle est aussi importante que le scénario, la mise en scène et la photographie »(2). Toute une nouvelle génération (les Singleton, Van Peebles, Hughes brothers…), celle du hip-hop, bercée depuis la plus tendre enfance au rythme de Rappers’ Delight, venait de trouver son mentor, et allait donner au rap ses lettres de noblesse sur grand écran, via ce qui allait devenir le cinéma “new jack”.

Read more

New-Jack cinema : le cinéma afro-américain des années 90

New-Jack cinema : sortir ou non du ghetto ? Le cinéma afro-américain des années 90 de Charlotte Aristide (The Book Edition / Le Sens des Images, 2013, 196 p., 15 euros)

« Je suis devenue ciné-spectatrice avec les films hollywoodiens des années 90, et ai été marquée particulièrement par le cinéma afro-américain de la même période. J’ai construit en partie mon identité culturelle par rapport à ces films, tout comme la génération d’Antillais à laquelle j’appartiens ».

A travers une observation méticuleuse de onze films emblématiques du cinéma afro-américain des années 1990 – de New Jack City (1991) à Clockers (1996) en passant par Boyz’N the Hood (1991) et Menace II Society (1993) – époque où apparaît un authentique cinéma noir centré sur les problèmes sociaux du ghetto (et regroupé au sein du genre « New Jack cinema »), l’auteure analyse les thèmes de ces œuvres (décors, personnages, intrigues…) pour au final brosser un saisissant portait de la société afro-américaine de cette époque. Une étude sociologique appliquée au cinéma qui nous rappelle que le 7eme art est aussi et avant tout le produit d’une société et un puissant révélateur de ses us et coutumes à un moment donné de son histoire.

Read more