Tag Archive for Hollywood

X-Men, pop-culture et politique

X-Men_logo.svgEn 2000, X-Men de Brian Singer, bientôt suivi de X-Men 2 (Brian Singer, 2003) et X-Men l’affrontement final (Brett Ratner, 2006) signait le grand retour des super-héros au cinéma. La trilogie culte inspirée des comics Marvel rencontra un très large écho en salle : presque 300 millions de dollars de recette (pour un budget de 75 millions) pour le premier opus, 400 millions pour X-Men 2 et 440 pour le troisième volet. Autant dire, un énorme succès populaire. Ce qui est particulièrement intéressant avec cette saga, au-delà de toute considération esthétique, c’est combien ces films sont représentatifs de l’inventivité et de la richesse de tout un pan de la production hollywoodienne. En effet, alors même que beaucoup – a fortiori parmi les élites intellectuelles – ne voient dans le cinéma commercial américain qu’un « mauvais objet culturel » abrutissant et sans intérêt, il me semble que des œuvres comme les X-Men disent justement bien la complexité d’un grand nombre de ces films qui, derrière leur apparence de blockbusters et de divertissement un peu simplistes, n’en demeurent pas moins de passionnantes réflexions sur les questions sociopolitiques qui agitent nos sociétés. Les X-Men, au-delà de leur dimension spectaculaire et distrayante, proposent en effet une réflexion très pertinente sur la question de l’Autre dans la société étasunienne d’aujourd’hui, mais aussi une nouvelle façon d’aborder la question de l’altérité dans le cinéma hollywoodien – ce que peu de critiques français ont su voir…

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L’histoire du cinéma vue par Hollywood en 10 films

Photo publicitaire pour The Kid (1921) [domaine public]

Photo publicitaire pour The Kid (1921) [domaine public]

1- Chaplin (Richard Attenborough, 1992)

La vie du grand Charlie Chaplin (de 1894 à 1972 – date à laquelle il reçoit un Oscar d’honneur) interprété avec talent par un Robert Downey Jr. très inspiré dans les numéros de pantomime. Le récit retrace rapidement l’enfance pauvre du futur tramp millionnaire avant d’évoquer plus longuement le génie perfectionniste du réalisateur, ses démêlés avec le maccarthysme et surtout ses déboires avec ses jeunes épouses. Le film bénéficie d’un budget confortable qui fait la part belle à une reconstitution luxueuse et documentée. Du très bon spectacle et un précieux témoignage sur les débuts d’Hollywood.

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Hollywood parano : la drogue et le cinéma US

Affiche du film She Shoulda Said No! (Hygienic Production, 1949) [domaine public]

Affiche du film She Shoulda Said No! (Hygienic Production, 1949) [domaine public]

Au tournant des années 2000 le cinéma hollywoodien semble avoir trouvé dans la drogue une source d’inspiration nouvelle. D’une part en redoublant de scénarios évoquant le trafic de stupéfiants avec Blow, Traffic, Les Infiltrés… Mais surtout en filmant la descente aux enfers de personnages en plein bad trip : Drugstore Cowboy, Rush, Pulp Fiction, Las Vegas Parano, Another Day in Paradise, Requiem For a Dream… Mais le phénomène est-il si nouveau ? Petit flash… back.

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Tarzan à Hollywood : variations autour d’un mythe

Affiche de Tarzan the Fearless (1933) [domaine public]

Affiche de Tarzan l’intrépide (1933) [domaine public]

Depuis 1918, Hollywood a produit pas moins de 50 films s’inspirant du personnage créé par E. R. Burroughs. Mais il ne s’agit-là que de la partie immergée de la filmographie tarzanienne tant les produits de contrebande demeurent nombreux en la matière, des bollywood au spaghettis en passant par le X et la série Z, sans même parler des tarzanides (Georges de la jungle entre autres). C’est dire si les films de Tarzan constituent un genre à part entière. Mais si les avatars s’avèrent nombreux, rares sont ceux qui rendent véritablement justice à l’œuvre de Burroughs. Et même en ne considérant que la filmographie officielle anglo-saxonne, force est de constater que le mythe de Tarzan a subi bien des vicissitudes du papier vers l’écran. A telle enseigne que Burroughs lui-même, pourtant passionné par le septième art, fut toujours très critique vis-à-vis de ces œuvres. Quant à Francis Lacassin, notre tarzanologue national, son verdict reste sans appel : « Par quelles complicités, la sottise, le mauvais goût, l’ignorance, la cupidité et le scoutisme ont-ils réussi à châtrer, falsifier et pervertir l’un des mythes modernes les plus fascinants. L’exaspération des censures, l’esprit de lucre, l’indigence des réalisateurs et la débilité mentale des scénaristes ont été les atouts majeurs de cette remarquable entreprise de falsification »(1). Petite visite donc à travers une filmographie riche, inégale et souvent douteuse, mais toujours susceptible de nous renseigner sur les phobies et fantasmes de ce 20ème siècle tourmenté.

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La classe ouvrière va à Hollywood

Stallone en 1988 (photo Towpilot) [CC BY-SA 3.0]

Stallone en 1988 (photo Towpilot) [CC BY-SA 3.0]

C’est entendu, les prolétaires sont très peu représentés dans le cinéma hollywoodien. Il suffit de comparer la production étasunienne et la filmographie soviétique pour prendre toute la mesure de cette invisibilité du working class hero américain. Et pourtant, le mouvement ouvrier aux Etats-Unis est une réalité, en témoigne les nombreuses grèves, parfois meurtrières, qui ont ponctué son histoire. Mais Hollywood a tout simplement choisi d’ignorer cette donnée. Bien sûr, la raison en est fort simple : l’usine à rêve est d’abord la vitrine du « rêve américain », autrement dit de la société sans classe. Et évoquer la réalité ouvrière ce serait admettre qu’au pays de l’american way of life il existe des classes sociales, autrement dit des pauvres et des riches… Pour autant, le cinéma américain n’est pas tout à fait exempt de prolétaires, mais ceux-ci ne sont le plus souvent que des alibis idéologiques, des “Autres” en sursis et des Américains middle-class en devenir.

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Boxe et cinéma : combats idéologiques

Lobby card du film Knockout Reilly (Paramout 1927) [domaine public]

Lobby card du film Knockout Reilly (Paramout 1927) [domaine public]

Nés l’une et l’autre dans la dernière décennie du XIXème siècle, la boxe et le cinéma partagent un long passif en commun. Rarement un sport aura autant été célébré – et décrié – sur grand écran, et on ne compte plus les étoiles masculines hollywoodiennes qui ont un jour endossé le peignoir du boxeur : Charlie Chaplin, Buster Keaton, Clark Gable, Errol Flynn, John Garfield, Kirk Douglas, Burt Lancaster, Paul Newman, Elvis Presley, Robert De Niro, Sylvester Stallone, Bruce Willis, Denzel Washington… Selon un chiffre difficilement vérifiable (1), mais somme toute vraisemblable, environ cinq cents films auraient, à ce jour, pris pour objet la boxe. Aussi, de même qu’il existe des films de karaté ou de prisons, on peut avancer qu’il existe des « films de boxe » constituant un genre à part entière, même si celui-ci s’est souvent trouvé dilué dans d’autres, plus prestigieux, tels notamment le film noir et le biopic. De Charlot boxeur à Ali en passant par Gentleman Jim, Raging Bull et la série des Rocky, nombreux sont ces « films de boxe » qui jalonnent l’histoire du cinéma. Partant, et soupçonnant quelques relations inavouables, il m’a paru intéressant de m’interroger sur les liens qui unissent histoire du noble art et histoire du septième art afin d’en révéler quelques aspects souvent ignorés et particulièrement à même de nous renseigner sur les rapports qu’entretiennent constamment cinéma hollywoodien et idéologie américaine.

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Encodage/décodage et lectures plurielles : l’exemple de 300 (Zack Snyder, 2007)

KRPhotography [CC0]

KRPhotography [CC0]

Lorsqu’on se penche sur l’analyse idéologique des productions audiovisuelles, on se retrouve confronté à un véritable problème de fond : la polysémie des images. Il fut un temps où les marxistes post-soixante-huitards ne s’embarrassaient guère de telles considérations et décrétaient unilatéralement que toute production émanant du Grand Capital était irrémédiablement entachée idéologiquement, puisque le cinéma – et le cinéma hollywoodien a fortiori – n’était rien d’autre que le « nouvel opium du peuple ». « On ne saurait nier, en effet, que les gens trouvent très souvent dans les films une compensation aux déceptions et aux désarrois provoqués par la vie réelle. En entretenant le goût pour les films d’illusion, de masquage du réel, l’industrie cinématographique fonctionne comme un appareil idéologique global qui pétrifie le donné social dans son état présent »(1).

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L’esclavage vu par le cinéma hollywoodien : de l’oncle Tom à Django

Ken Norton dans Mandingo (1975) [domaine public]

Ken Norton dans Mandingo (1975) [domaine public]

Avec la sortie quasi simultanée de Django Unchained de Tarantino et de Lincoln de Spielberg la question du traitement de l’esclavage par Hollywood semble plus que jamais d’actualité. En atteste Jean-Michel Frodon (1) pour qui « il est très remarquable qu’à quelques semaines d’écart sortent deux films signés de deux des cinéastes hollywoodiens les plus cotés, directement travaillés par la grande tragédie fondatrice des Etats-Unis » avant de préciser « et ce l’année même d’une élection présidentielle qui aura vu un président noir affronter l’opposition la plus raciste et réactionnaire qui ait trouvé à s’exprimer dans ce pays depuis des lustres ». Ayant déjà été sollicité par la presse pour donner mon avis sur la question, il m’a semblé opportun de rappeler ici en quelques films les étapes importantes de l’esclavage vu par le cinéma US.

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