Tag Archive for féminisme

Analyser une affiche : « We can Do It ! » (1943)

We Can Do It! (1943) de J. Howard Miller (USA – 43 x 56 cm – couleurs) [domaine public]

Cette affiche a acquis au fil des ans un véritable statut d’icône de la pop-culture. Elle ne fut pourtant diffusée que très brièvement en 1943, essentiellement sur les murs des usines d’armement où travaillaient de nombreuses femmes durant la Seconde Guerre mondiale pendant que les hommes se battaient sur le front. Elle ne fut en fait redécouverte que tardivement, dans les années 80, et très largement reproduite depuis sous diverses formes. C’est toujours un bon point de départ pour analyser une image que de partir du pouvoir de fascination qu’elle exerce. Qu’est-ce qui fait en effet que cette affiche interpelle et séduit autant aujourd’hui ?

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3 films d’Ida Lupino

Ida Lupino (ph. NBC) [DP]

Ida Lupino (ph. NBC) [DP]

Ida Lupino est connue pour être l’une des rares réalisatrices femmes du cinéma hollywoodien des années pré-80. Il faut dire que jusqu’à une époque récente la réalisation étaient encore le domaine exclusivement réservé des hommes. Pour preuve, sur les quelques 200 cinéastes évoqués dans 50 ans de cinéma américain (1940-1990) de Coursodon et Tavernier seules 4 sont des femmes (Ida Lupino, Shirley Clarke, Barbara Loden et Elaine May). On pourrait en citer d’autres pour la même période, Lizzie Borden (Working Girls, 1986), Susan Seidelman (Recherche Susan désespérément, 1985), Barbara Streisand (Yentl, 1983), Penny Marshall (Jumpin’Jack Flash, 1986, Big, 1988) ou Kathryn Bigelow (Blue Steal en 1990, Point Break en 1991). Mais au final, le nombre reste quand même dérisoire au regard de l’ensemble de la production américaine. D’après Jackie Buet (1), les films réalisés par des femmes représenteraient ainsi 5 % de la production totale aux États-Unis (contre 8 % en France – statistiques de 1993). Mais pour la seule période 1939-1979, ce chiffre n’atteint que 0,19 % !

D’où l’intérêt bien sûr de se pencher sur le cas d’Ida Lupino qui, bien que n’exerçant qu’en marge d’Hollywood, en réalisant des films de série B autoproduits, n’en demeure pas moins – à ma connaissance – la seule réalisatrice de films américains durant « l’âge d’or » (si l’on excepte une réalisatrice de films d’exploitation des années 50-60 comme Doris Wishman).

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Day of the Woman (Meir Zarchi, 1978) : Rape, Revenge et féminisme

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(Photo Alchemica, 2010) [CC BY-SA 3.0]

Dans la série des films maudits, voici une petite pépite du cinéma d’exploitation US des années 70 que j’ai eu le plaisir de découvrir tout récemment en parcourant le hors-série de Mad Movies – que je ne saurais d’ailleurs que vous conseiller – intitulé « Grindhouse : dans les veines du cinéma d’exploitation » paru en 2007. « Maudit » parce que ce Day of the Woman (1978) premier et avant-dernier long d’un certain Meir Zarchi, aussi connu sous les titres I Spit on Your Grave, I Hate Your Guts ou The Rape and Revenge of Jennifer Hill, a tout simplement été interdit dans plusieurs pays (dont l’Australie, l’Ireland, le Canada, l’Allemagne de l’Ouest et le Royaume-Unis !) et n’a de cesse, depuis sa sortie, de susciter la polémique. Mais avant de trancher dans le lard de la controverse, voyons d’abord de quoi il est question.

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Le Sel de la terre, film prolétarien américain

Logo du Parti Communiste Américain [CC BY-SA 2.5]

Logo du Parti Communiste Américain [CC BY-SA 2.5]

Le Sel de la terre (Salt of the Earth, USA, 1954) de Herbert J. Biberman

S’il est un film américain qui mérite le qualificatif de « prolétarien », c’est bien celui-ci. Sans doute est-ce le seul. Un véritable ovni en somme dans le paysage cinématographique étasunien. Prolétarien, antiraciste, anti-impérialiste et féministe, le cocktail avait de quoi effrayer les conservateurs de tout poil de cette Amérique des années 50 plongée dans la paranoïa anticommuniste et l’hystérie maccarthyste. Rappelons le contexte : la guerre froide bat son plein et la Commission des Activités Anti-Américaines s’emploie à mettre à l’index les « comploteurs communistes » dont beaucoup se cacheraient à Hollywood. Une liste noire est dressée sur laquelle figurent les artistes indésirables auxquels les studios interdisent dorénavant de travailler. Parmi eux, Herbert Biberman, Michael Wilson et Paul Jarrico, crédités respectivement comme réalisateur, scénariste et producteur du Sel de la terre.

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Analyse d’un tableau : “L’Origine du monde” de Gustave Courbet (1866)

L’Origine du monde (1866) de Gustave Courbet (France – couleurs – huile sur toile – 46 x 55 cm) [domaine public]

L’analyse que vous allez lire, portant sur le célèbre tableau L’Origine du monde (1866) de Gustave Courbet, a été publiée à deux reprises sur mon précédent blog. A chaque fois l’article ou la photo du tableau ont été censurés par l’hébergeur (blogvie pour ne pas le citer). J’en tire trois conclusions. Premièrement qu’Internet n’est pas un média aussi libre qu’on le dit. Ensuite que Courbet – qui appartient au mouvement réaliste – a si bien réussi son coup que les censeurs du XXIe siècle ont pris ce tableau pour une photo pornographique. Enfin je constate, comme je le disais déjà dans l’analyse, que près d’un siècle et demi après sa réalisation, ce tableau dérange encore. Moralement, esthétiquement et politiquement. D’ailleurs comme le rappelle Fabrice Masanès dans son livre sur le peintre (Courbet, Taschen, 2006) : « L’Origine qui présente un “tronc”, les jambes écartées, est la réponse la plus sincère, lorsque les conventions du nu artistique revêtent tout d’un voile pudique ou suggestif. (…) Cette sincérité ne pouvait être vue sans occasionner la gêne. C’est la raison pour laquelle le tableau demeura jusqu’à son entrée au musée d’Orsay [en 1995] très peu visible, dissimulé aux regards des curieux par ses différents propriétaires ». Car oui, ce tableau est révolutionnaire (esthétiquement et politiquement) tout comme son auteur qui fut, je le rappelle, l’un des leaders de la Commune de Paris et qui le paya cher (emprisonné, ruiné, exilé).

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Le cinéma au prisme des rapports de sexe

Un livre de Noël Burch et Geneviève Sellier (Vrin, 2009, 128 p. 9,80 euros)

Voici un petit bouquin pratique, pas cher et nécessaire, écrit par deux universitaires français que j’affectionne tout particulièrement et dont l’originalité est bien de se positionner, c’est le moins que l’on puisse dire, à contre-courant de la doxa cinéphilique française. Car Burch et Sellier, qui n’en sont pas à leur premier coup d’essai, bataillent depuis maintenant de nombreuses années pour sensibiliser la nomenklatura auteuriste à la richesse des études culturelles anglo-américaines, les gender et cultural studies. Pour faire simple, ces approches « socioculturelles » ont pour vocation d’étudier les discours sociopolitiques et culturels des œuvres filmiques sans mépris pour les productions populaires et commerciales, là où l’approche auteuriste célèbre inlassablement le génie esthétique de créateurs isolés – et souvent confidentiels – coupés de toute contingence sociale.

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