Tag Archive for cultural studies

« Haramiste » à l’épreuve des cultural studies : entretien avec Antoine Desrosières

Par Astrid Condis y Troyano pour lesensdesimages

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A Hollywood, la phase d’écriture d’un scénario est très organisée quand il s’agit de parler des minorités ou des communautés – même des communautés de femmes. Les scénaristes écrivent une première version puis, quand elle est à peu près lisible, ils l’envoient aux studios. Là, les producteurs la font diffuser auprès de lecteurs « conscients » (associations, groupes militants issus des communautés dont va parler le film). Ou dans un autre registre, le scénario sera lu par des spécialistes en cultural studies (women’s studies, black studies, post colonial studies, gender studies, gay et lesbian studies, etc.), c’est-à-dire par des gens dont c’est le métier de détecter les aberrations, le racisme, les préjugés, les clichés sexistes, misogynes ou les stigmatisations involontaires d’un projet cinématographique. Une fois corrigé, le scénario continuera sa route.

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La classe ouvrière va à Hollywood

C’est entendu, les prolétaires sont très peu représentés dans le cinéma hollywoodien. Il suffit de comparer la production étasunienne et la filmographie soviétique pour prendre toute la mesure de cette invisibilité du working class hero américain. Et pourtant, le mouvement ouvrier aux Etats-Unis est une réalité, en témoigne les nombreuses grèves, parfois meurtrières, qui ont ponctué son histoire. Mais Hollywood a tout simplement choisi d’ignorer cette donnée. Bien sûr, la raison en est fort simple : l’usine à rêve est d’abord la vitrine du « rêve américain », autrement dit de la société sans classe. Et évoquer la réalité ouvrière ce serait admettre qu’au pays de l’american way of life il existe des classes sociales, autrement dit des pauvres et des riches… Pour autant, le cinéma américain n’est pas tout à fait exempt de prolétaires, mais ceux-ci ne sont le plus souvent que des alibis idéologiques, des “Autres” en sursis et des Américains middle-class en devenir.

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Encodage/décodage et lectures plurielles : l’exemple de 300 (Zack Snyder, 2007)

Lorsqu’on se penche sur l’analyse idéologique des productions audiovisuelles, on se retrouve confronté à un véritable problème de fond : la polysémie des images. Il fut un temps où les marxistes post-soixante-huitards ne s’embarrassaient guère de telles considérations et décrétaient unilatéralement que toute production émanant du Grand Capital était irrémédiablement entachée idéologiquement, puisque le cinéma – et le cinéma hollywoodien a fortiori – n’était rien d’autre que le « nouvel opium du peuple ». « On ne saurait nier, en effet, que les gens trouvent très souvent dans les films une compensation aux déceptions et aux désarrois provoqués par la vie réelle. En entretenant le goût pour les films d’illusion, de masquage du réel, l’industrie cinématographique fonctionne comme un appareil idéologique global qui pétrifie le donné social dans son état présent »(1).

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A propos de « Identités et cultures : politiques des cultural studies »

« La question de la culture […] est absolument et incontestablement une question politique »

Stuart Hall

Il aura fallu attendre quelque quarante années pour qu’enfin les fameuses « cultural studies » anglo-américaines  trouvent un semblant d’écho en France. Ce recueil d’articles, titré Identités et cultures : politiques des cultural studies, traduit et publié chez Amsterdam en 2007 et signé Stuart Hall, l’un des pères des cultural studies britanniques, en est le signe le plus tangible. Mais combien la résistance hexagonale aura été longue…  Jusqu’alors nous n’avions en français qu’une timide Introduction aux Cultural Studies (de Mattelart et Neveu, Repères/La Découverte, 2003) et surtout des essais critiques anti-cultural studies comme celui de Jordi Vidal, au titre sévère de Servitude et Simulacre (Allia, 2007). Autant dire que la partie n’est pas encore gagnée. Mais qu’est-ce qui dérange tant dans les cultural studies ? Et surtout, qu’entend-on par le terme de cultural studies ? C’est tout l’intérêt de ce livre que de tenter d’y répondre.

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Martin Scorsese, l’infiltré

Martin  Scorsese est aujourd’hui considéré comme un auteur incontournable du paysage cinéphilique mondial. Couronné à la fois par l’industrie hollywoodienne (Oscar 2007 du meilleur réalisateur et du meilleur film pour Les Infiltrés) et par la critique européenne « auteuriste » (nommé président du Festival de Cannes en 1998, invité d’honneur à l’inauguration de la nouvelle cinémathèque française en 2005), sans compter les nombreuses publications dont il a fait récemment l’objet (de Patrick Brion à Michael Henry Wilson en passant par Schaller et Trosset) [1] le cinéaste italo-américain connaît depuis le début du siècle une consécration unanime. Ce qui m’a intéressé d’explorer ici, et que peu d’écrits ont tenté de faire, c’est d’analyser l’œuvre scorsesienne à la lumière des tensions sociales qui la traversent. Autrement dit, j’ai l’infime conviction qu’à travers l’interprétation de ses acteurs fétiches (Harvey Keitel, Robert De Niro et plus récemment Leonardo Di Caprio), véritables doubles cinématographiques du cinéaste, Scoresese n’a de cesse d’évoquer dans ses films son parcours de « déraciné », à la fois social (parce qu’issu d’un milieu populaire) et culturel (parce d’origine italienne). Je vois en effet la violence scorsesienne, si caractéristique de son style, comme l’expression privilégié d’une « déchirure sociale » qui ne dit pas son nom. Vue sous cet angle, il me semble que l’œuvre du cinéaste prend un sens tout particulier qui, sans être véritablement politique, n’en demeure pas moins un précieux témoignage social émanant d’un « déclassé ».

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Sylvester Stallone : héros de la classe ouvrière

Sylvester Stallone : héros de la classe ouvrière de David Da Silva (The Book Edition / Le Sens des Images, 2013, 196 p., 15 euros)

Depuis de nombreuses années, Sylvester Stallone est considéré comme un représentant de l’impérialisme américain avec des films comme Rambo II ou Rocky IV. Mais l’acteur-réalisateur-scénariste est un artiste bien plus complexe qu’il n’y paraît. Cet ouvrage propose ainsi une analyse de la filmographie de “Sly” dans le but  de prendre le contre-pied des clichés qui lui sont habituellement associés (surtout en France). Car en plus d’être un digne représentant de la classe ouvrière, apprécié des classes populaires, Stallone défend une réelle vision humaniste tout au long de son œuvre.

Ce travail documenté, illustré d’une quinzaine de photographies,  propose ainsi un éclairage inédit sur la star grâce à une approche de type cultural studies – dans la mouvance des star studies – dont l’enjeu est d’analyser sans aucun a priori et de manière pluridisciplinaire (mêlant l’analyse filmique, l’histoire, la sociologie, la politique, la biographie…) les productions populaires de la culture de masse en tenant compte aussi bien des intentions des auteurs que des contraintes du marché et de la réception du public. Une approche, malheureusement, encore largement boudée en France qui prouve pourtant, avec ce livre, toute sa richesse.

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L’identité de gauche au cinéma (ta #32)

Bonne nouvelle ! La dernière livraison de la revue Tausend Augen (T.A. pour les intimes) vient de paraître et – attention ! – c’est que du très très bon. Au programme une réflexion sur l’identité de Gauche au cinéma à travers une quinzaine d’articles et d’entretiens particulièrement décapants et habilement nourris des dernières réflexions cultural et gender studies.

Extrait de l’avant-propos : “Face à l’impuissance politique de la gauche française de ce début du 21ème siècle qui n’arrive plus à s’imposer comme une force intellectuelle de changement animée par des visions d’avenir, il nous a semblé primordial – sans pour autant limiter notre approche au contexte français – de consacrer un dossier à ces productions culturelles et propositions théoriques traversées par une pensée dite de gauche. Textes critiques et entretiens sont l’occasion d’aborder quelques lieux où s’inscrivent des imaginaires de gauche. A travers réalisations cinématographiques et télévisuelles contemporaines, il s’agit pour Tausend Augen d’analyser les postures intellectuelles qui informent ces imaginaires, de revenir sur leurs points aveugles, leur rapport aux “minorités visibles”, leurs conceptions des identités de genres. Nous tentons d’interroger les impasses de certaines perspectives critiques de gauche face à la complexité du monde réel et des rapports de force (entre genres, races, classes) qui l’anime (….) In fine, il s’agit également d’entrevoir les lieux d’une possible rénovation des imaginaires de gauche, supports d’une reconquête des devenir sociaux”.

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Le cinéma au prisme des rapports de sexe

Un livre de Noël Burch et Geneviève Sellier (Vrin, 2009, 128 p. 9,80 euros)

Voici un petit bouquin pratique, pas cher et nécessaire, écrit par deux universitaires français que j’affectionne tout particulièrement et dont l’originalité est bien de se positionner, c’est le moins que l’on puisse dire, à contre-courant de la doxa cinéphilique française. Car Burch et Sellier, qui n’en sont pas à leur premier coup d’essai, bataillent depuis maintenant de nombreuses années pour sensibiliser la nomenklatura auteuriste à la richesse des études culturelles anglo-américaines, les gender et cultural studies. Pour faire simple, ces approches « socioculturelles » ont pour vocation d’étudier les discours sociopolitiques et culturels des œuvres filmiques sans mépris pour les productions populaires et commerciales, là où l’approche auteuriste célèbre inlassablement le génie esthétique de créateurs isolés – et souvent confidentiels – coupés de toute contingence sociale.

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