Tag Archive for blaxploitation

« The Black Gestapo » (1975), la blaxploitation et les Black Panthers

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(domaine public)

Parmi les films d’exploitation les plus tordus des tonitruantes seventies – au nombre desquels bien sûr le cultissime Ilsa, la Louve des SS (1975) – voici une petite curiosité qui vaut le détour, pas tant pour ses qualités divertissantes (très relatives) que pour son sous-texte politique.

The Black Gestapo (Lee Frost, 1975), au titre on ne peut plus racoleur et douteux, s’inscrit en effet dans le sous-genre blaxploitation et, à ce titre, fut largement influencé par l’air du temps synonyme de contestation noire, de Black Power et de Black Panthers.

C’est un fait, au début des années 70 l’organisation marxiste noire créée par Huey Newton et Bobby Seale, originellement baptisée The Black Panther Party for Self-Defense, était à l’apogée de sa renommée. La simple image de Noirs en uniforme (veste en cuir et béret noir) paradant au cri de « Off the Pigs ! » (à bas les cochons ! = les flics) eut un impact sismique sur la communauté afro-américaine galvanisée et plus encore sur la majorité blanche terrorisée. Rien d’étonnant dès lors à ce que le cinéma de blaxploitation s’en inspire.

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Soul Street, le Mag Blaxploitation

soul-streetFoxy Bronx’s Soul Street n°1 (novembre 2016, 72 pages, 8 euros)

Le nouveau fanzine luxueux de notre maître Capello de la Blaxploitation, le bien nommé Foxy Bronx, vient de sortir sous le titre alléchant de Soul Street, un blaze qui respire bon le bitume suintant, la poudre brûlée et la soul épicée à la sauce funky. Alors pour ceux qui ne connaîtraient pas cet accro de Foxy Bronx, sachez qu’il a déjà à son actif deux décennies de fanzines Blax mais aussi plusieurs sites dédiés au soul cinema dont le foisonnant Foxy Bronx, the soul side of pulp-culture. Le gars, il faut dire, est un érudit et un passionné – que dis-je, un obsédé – comme il m’a très rarement été donné d’en croiser. Il collectionne en effet les films, les affiches et les photos d’exploitation depuis tout ce temps, archives qu’il se fait régulièrement livrer par lots entiers depuis le fin fond de la Black Belt. C’est ainsi qu’il identifia un obscur réalisateur noir de films Blax qu’aucun livre ni site n’avait jusqu’alors référencé (pas même imdb !), en l’occurrence le mystérieux et téméraire Chuck McNeil auquel il consacre ici un long article en forme d’enquête. De la même manière, Foxy ressuscite dans les pages de ce Soul Street n°1 les destins de films et de cinéastes afros largement méconnus comme Wendell James Franklin (The Bus is Coming, 1972) ou Yaphet Kotto (The Limit / Le Patrouilleur, 1972).

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Harlem, ville noire : Le ghetto noir dans l’imaginaire cinématographique américain

Affiche de Harlem on the Prairie (1937) [domaine public]

Affiche de Harlem on the Prairie (1937) [domaine public]

Harlem. Deux syllabes qui forcent l’imagination. D’un côté, des photos contrastées noir et blanc de jazzmen auréolés de volutes de fumée. À l’arrière plan des caractères lumineux qui se détachent pour former ce nom presque mythique : Cotton Club. De l’autre, des images de jeunes Noirs coiffés afro, au regard dur, le poing levé à la façon de Malcolm X haranguant la foule sur la 125ème rue. Pas très loin de là, un décor de désolation, un quartier sinistré jonché de seringues, hanté par le souvenir des taciturnes Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, les deux flics patibulaires des romans de Chester Himes. Plus gaies sans doute, ces images de basketteurs acrobates habillés aux couleurs du drapeau américain, les fameux Harlem Globetrotters de nos jeunes années. Bref, Harlem pour beaucoup c’est le ghetto noir dans toute sa splendeur, dans ce qu’il recèle de plus exotique et de plus mystérieux, dans ce qu’il suscite comme fantasme et comme crainte. Pourtant dans ce kaléidoscope d’instantanés, pas ou peu d’images de cinéma. Serait-ce une défaillance de notre mémoire cinéphilique ? Non, effectivement, Hollywood s’est longtemps refusé à traverser la frontière qui sépare la partie blanche et la partie noire de New York, ville pourtant maintes fois prise pour décor dans les productions américaines.

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Émeute à Los Angeles d’Oscar Williams : Blaxploitation et politique

337px-Fist.svgVoici un film politique rare et très peu connu que les éditions Le Chat Qui Fume en association avec Foxy Bronx (fanzine et site) viennent d’exhumer de derrière les fagots. Cette rareté accuse bien sûr les défauts du genre blaxploitation (budget limité, tournage à l’arraché, acteurs amateurs) accentué par le fait que le film n’a pas été remasterisé pour l’occasion. Il n’empêche, The Final Comedown est un film qu’il faut absolument voir pour son inventivité mais aussi parce qu’il demeure assurément, aux côtés de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song de Van Peebles (1971) et de The Spook Who Sat by the Door de Dixon (1973), le plus précieux témoignage d’une époque au cours de laquelle des Afro-américains ont pris les armes pour en finir avec l’oppression raciste.

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Sweet Sweetback’s Baadasssss Song : le Black Power classé X

(domaine public)

Sweet Sweetback’s Baadasssss Song de Melvin Van Peebles (USA, 1971)

Si ce film au titre à dormir debout n’est certainement pas le premier réalisé par un Noir américain, il est assurément en revanche le plus politique et le plus sulfureux. Il fut d’ailleurs classé X à sa sortie (c’est à dire interdit au moins de 17 ans) autant pour ses scènes à caractère érotique et pour son discours radical. Produit de façon entièrement indépendante par Melvin Van Peebles, à la fois acteur principal, scénariste et compositeur, Sweet Sweetback’s Baadasssss Song évoque la prise de conscience politique d’un marginal des bas-fonds qui, après avoir sévèrement molesté deux policiers blancs qui passaient à tabac un jeune Noir, prend la fuite jusqu’à la frontière mexicaine. Le projet de Van Peebles était de réaliser un film coup-de-poing, mais aussi un manifeste pour un cinéma noir décomplexé jusque dans son esthétique. Aussi la réalisation s’affirme-t-elle originale, brute, « sauvage », semi-expérimentale (faux raccords, solarisation, dédoublement de l’image) et très rythmée (la musique soul-funk est omniprésente). Autant de paramètres formels mis au service d’un discours radical noir et antibourgeois. Ajoutons que le héros, qui ne prononce pas plus de dix mots dans tout le film, ne fait que « courir, se battre et baiser », les trois conduites de base dans le ghetto selon Van Peebles. Baiser surtout, comme pour affirmer sa virilité retrouvée et l’exhiber au reste du monde.

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L’esclavage vu par le cinéma hollywoodien : de l’oncle Tom à Django

Ken Norton dans Mandingo (1975) [domaine public]

Ken Norton dans Mandingo (1975) [domaine public]

Avec la sortie quasi simultanée de Django Unchained de Tarantino et de Lincoln de Spielberg la question du traitement de l’esclavage par Hollywood semble plus que jamais d’actualité. En atteste Jean-Michel Frodon (1) pour qui « il est très remarquable qu’à quelques semaines d’écart sortent deux films signés de deux des cinéastes hollywoodiens les plus cotés, directement travaillés par la grande tragédie fondatrice des Etats-Unis » avant de préciser « et ce l’année même d’une élection présidentielle qui aura vu un président noir affronter l’opposition la plus raciste et réactionnaire qui ait trouvé à s’exprimer dans ce pays depuis des lustres ». Ayant déjà été sollicité par la presse pour donner mon avis sur la question, il m’a semblé opportun de rappeler ici en quelques films les étapes importantes de l’esclavage vu par le cinéma US.

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Blaxploitation 70’s Soul Fever !

Un livre de de Julien Sévéon (Bazaar and Co, 2008, 192p. 19,50 euros)

Julien Sévéon, déjà auteur d’un Cinéma enragé au japon à succès (2006), a lancé chez Bazaar and Co une collection nommée Cinexploitation portant sur les films d’exploitation. Mais kesaquo les films d’exploitation ? Ben, ce sont des productions à petits budgets, tournées pour l’essentiel dans les années 50-70, explorant le plus souvent des sujets sensationnels (prisons de femmes, bikers, horreur, déviances en tous genres) abusant volontiers de la violence et de la nudité. En somme des films que l’histoire officielle et bien-pensante du cinéma a tout simplement ignorés. Comme le rappelle JS : « Tout un pan du cinéma s’est développé loin de l’histoire officielle du 7e art. Un monde fait de productions à petits budgets aux sujets sensationnels, osés, tabous ou extrêmes, dont les mots d’ordre étaient d’en mettre plein les yeux aux spectateurs. Redoublant d’ingéniosité pour satisfaire les exigences de la production tout en cherchant à offrir des films dynamiques et, parfois, novateurs, les réalisations de ces films destinés aux cinémas de quartier représentent, bien plus que leurs collègues établis, le vrai sang et la chair du 7e art. Cinexploitation veut rendre hommage à ce cinéma souvent décriée par la critique, et à celles et ceux qui ont passé leur vie pour qu’il se développe et existe. Bienvenue dans la face cachée du cinéma mondial ! ».

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Chéribibi, revue alternative de culture populaire

Quelle bonne surprise que cette petite revue découverte presque par hasard ! Il faut dire qu’il n’est pas courant de tomber sur un zine de qualité traitant exclusivement, et avec intelligence et respect, de la culture populaire.

Mais de quoi est-il donc question ici ? Chéribiquoi ? Oui, c’est vrai que le truc reste quand même assez énigmatique au premier abord… D’abord parce que Chéri-Bibi, héros de roman populaire du début du XXe siècle, n’est plus vraiment à la page. Ensuite parce qu’il faut prendre un peu de recul pour lire et comprendre la couverture de ce numéro 4 paru en mai dernier (2009) et consacrée aux Black Panthers. Du coup, les écueils sont nombreux avant d’arriver à feuilleter ladite revue (diffusée par-ci par-là, chez quelques libraires spécialisés ou disquaires engagés), mais le détour en vaut la peine.

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Black culture, pop-fiction et cinéma

Une fois n’est pas coutume, je voudrais faire ici la promotion de trois sites qui ont la particularité d’offrir des points de vue carrément intéressants sur la black culture au cinéma. D’abord Rated X (by an All White‘n Rich Jury – ça c’est pour l’hommage à Van Peebles) du bien nommé Melvin X qui est en passe de devenir une véritable encyclopédie du cinéma noir US, avec ses articles thématiques et ses analyses de films richement illustrés (de photos et d’extraits) et ses index particulièrement pratiques. Autre site précieux, Foxy Bronx, the soul side of pulp-culture du “maître Capello” de la blax’ et dénicheur des bisseries les plus improbables, le bien nommé Foxy Bronx (ça c’est pour l’hommage à Pam Grier). Enfin, dernier endroit à visiter impérativement lors de votre prochain passage par le web, le blog Darktoonz dont le projet n’est autre que de recenser et d’analyser les nombreux vieux cartoons américains mettant en scène des personnages noirs stéréotypés. Bref, si vous aimez John Shaft, James Brown, Huey Newton, Pam Grier, Sweetback, Spike Lee ou Ralph Bakshi, autrement dit la pop-culture black et les films funky, ces sites sont faits pour vous. Enjoy !

Festival Black Revolution

Du 4 au 10 février 2009 au Cinéma l’Écran (Paris, Saint-Denis 93200), avec Melvin Van Peebles, Charles Burnett, Billy Woodberry, Lech Kowalski, Jean-Louis Comolli, Marc Marder, Julien Sévéon, Janine Euvrard, Catherine Ruelle, Anne Crémieux, Régis Dubois…

Au programme : Beaucoup de raretés et de films inédits : The Symbol of the Unconquered d’Oscar Micheaux ! (que je présenterai samedi 7/2 à 14h), des “classiques”  comme The Cool World de Shirley Clarke, Sankofa de Haile Gerima ou Beat Street de Stan Lathan, des hommages (Haile Gerima et Charles Burnett), des avant-premières (dont Confessionsofa Ex-doofus-itchyfooted Mutha de Melvin Van Peebles), une nuit Blaxploitation…

En savoir plus : ici