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Hip-Hop au cinéma : du ghetto à Hollywood

Par Pascal Tessaud pour lesensdesimages

graffiti [CC0]

graffiti [CC0]

Après l’histoire du rock’n’roll racontée par le cinéma (1), ou encore celle des Beatles vue à travers les nombreux films qui leur ont été consacrés (2), voici le tour du rap et du hip-hop avec cet article écrit par le réalisateur Pascal Tessaud pour lesensdesimages.

Le hip-hop, parent pauvre des médias français, a investi depuis près de quarante ans la télévision, les médias et le cinéma américain. Ce texte analyse le processus qui a conduit une culture de la marge à s’imposer au fil des décennies comme un formidable vecteur culturel d’une Amérique en pleine mutation. Le hip-hop au cinéma est bien une histoire d’amour et de raison que nous nous devions d’évoquer dans son évolution artistique qui l’a amené de la marge des ghettos noirs aux studios d’Hollywood.

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A l’ombre d’Hollywood : le cinéma noir indépendant (1910-1950)

Cinéma ségrégué dans le Mississippi (ph. Marion Post Wolcott) [domaine public]

Documentaire de Régis Dubois (Cinéfilms13, 2014, 40′)

En 2014 l’Anglais Steve McQueen devient le premier réalisateur noir à recevoir l’Oscar du meilleur film à Hollywood avec Twelve Years a Slave. Que de chemin parcouru en 100 ans ! En 1915 sortait en effet sur les écrans américains Naissance d’une Nation de D.W. Griffith, sans doute l’un des films les plus racistes de toute l’histoire du cinéma – dont le héros n’est autre que le créateur du Ku Klux Klan – une œuvre au succès retentissant qui relança la popularité du groupuscule d’extrême-droite de funeste mémoire. C’est à partir de Naissance d’une Nation que les Noirs américains décident de produire leurs propres œuvres pour contrecarrer l’image négative et stéréotypée de ce qui allait devenir le cinéma hollywoodien.

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Harlem, ville noire : Le ghetto noir dans l’imaginaire cinématographique américain

Affiche de Harlem on the Prairie (1937) [domaine public]

Affiche de Harlem on the Prairie (1937) [domaine public]

Harlem. Deux syllabes qui forcent l’imagination. D’un côté, des photos contrastées noir et blanc de jazzmen auréolés de volutes de fumée. À l’arrière plan des caractères lumineux qui se détachent pour former ce nom presque mythique : Cotton Club. De l’autre, des images de jeunes Noirs coiffés afro, au regard dur, le poing levé à la façon de Malcolm X haranguant la foule sur la 125ème rue. Pas très loin de là, un décor de désolation, un quartier sinistré jonché de seringues, hanté par le souvenir des taciturnes Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, les deux flics patibulaires des romans de Chester Himes. Plus gaies sans doute, ces images de basketteurs acrobates habillés aux couleurs du drapeau américain, les fameux Harlem Globetrotters de nos jeunes années. Bref, Harlem pour beaucoup c’est le ghetto noir dans toute sa splendeur, dans ce qu’il recèle de plus exotique et de plus mystérieux, dans ce qu’il suscite comme fantasme et comme crainte. Pourtant dans ce kaléidoscope d’instantanés, pas ou peu d’images de cinéma. Serait-ce une défaillance de notre mémoire cinéphilique ? Non, effectivement, Hollywood s’est longtemps refusé à traverser la frontière qui sépare la partie blanche et la partie noire de New York, ville pourtant maintes fois prise pour décor dans les productions américaines.

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Quand le rap fait son cinéma… à propos du cinéma new jack

Ice Cube en 2010 (ph. Stuart Sevastos) [CC BY 2.0]

Ice Cube en 2010 (ph. Stuart Sevastos) [CC BY 2.0]

“Elvis was a hero to most / But he never meant shit to me you see / Straight up racist that sucker was / Simple and pain / Motherfuck him and John Wayne / Cause I’m black and I’m proud […] / Fight the power / Fight the power …”(1).

Qui a pu oublier cette fracassante ouverture – véritable morceau d’anthologie – de Do the Right Thing (Spike Lee, 1989) signée Public Enemy. Rarement une musique, un rythme, des paroles, avaient aussi bien épousé, et introduit, un film. Rien de surprenant cependant quand on connaît le cinéaste et sa passion pour la musique (rap), lui qui déclarait en 1989 : « la musique joue un rôle très important dans mon film : elle est aussi importante que le scénario, la mise en scène et la photographie »(2). Toute une nouvelle génération (les Singleton, Van Peebles, Hughes brothers…), celle du hip-hop, bercée depuis la plus tendre enfance au rythme de Rappers’ Delight, venait de trouver son mentor, et allait donner au rap ses lettres de noblesse sur grand écran, via ce qui allait devenir le cinéma “new jack”.

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Émeute à Los Angeles d’Oscar Williams : Blaxploitation et politique

337px-Fist.svgVoici un film politique rare et très peu connu que les éditions Le Chat Qui Fume en association avec Foxy Bronx (fanzine et site) viennent d’exhumer de derrière les fagots. Cette rareté accuse bien sûr les défauts du genre blaxploitation (budget limité, tournage à l’arraché, acteurs amateurs) accentué par le fait que le film n’a pas été remasterisé pour l’occasion. Il n’empêche, The Final Comedown est un film qu’il faut absolument voir pour son inventivité mais aussi parce qu’il demeure assurément, aux côtés de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song de Van Peebles (1971) et de The Spook Who Sat by the Door de Dixon (1973), le plus précieux témoignage d’une époque au cours de laquelle des Afro-américains ont pris les armes pour en finir avec l’oppression raciste.

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Black Liberation d’Edouard De Laurot (1967)

Malcolm X en 1964 (ph. Marion S. Trikosko) [domaine public]

Malcolm X en 1964 (ph. Marion S. Trikosko) [domaine public]

Black Liberation (USA 1967, 37 min.), film documentaire d’Edouard De Laurot (ressorti en 1972 sous le titre Silent Revolution).

Ce documentaire militant est une véritable rareté, un film demeuré longtemps « introuvable » – et ce jusqu’à récemment (il a été mis en ligne sur YouTube en 2012). Bien qu’il n’ait pas été commercialisé en DVD, j’ai quand même eu l’occasion de le voir par le passé dans des festivals comme à Saint-Denis en 2009 dans le cadre de la rétrospective « Black Revolution » ainsi qu’à Aix-en-Provence à l’occasion d’une programmation autour du thème « Films, luttes et résistances » (2009) pour laquelle il m’avait été demandé d’en faire une brève présentation. Je me suis alors souvenu d’un texte que j’avais écrit dix ans auparavant pour un mini-mémoire de DEA. Un enseignant bien avisé, sachant que je travaillais sur le cinéma afro-américain, m’avait alors confié une version VHS piratée depuis une copie 16mm de ce documentaire expérimental sur lequel il ne possédait aucune information (pas même le nom du réalisateur). Je dois dire que Black Liberation m’a tout de suite emballé, notamment pour l’authenticité de son discours (j’apprendrai plus tard que Malcolm X en personne y avait apporté sa contribution) mais aussi et surtout pour sa forme étonnante, expérimentale, et tout à fait à même de relayer l’esprit du Black Power. Un film aujourd’hui disponible sur la toile (en VO) à voir à tout prix donc et dont voici une analyse approfondie en forme d’explication de texte.

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Sweet Sweetback’s Baadasssss Song : le Black Power classé X

(domaine public)

Sweet Sweetback’s Baadasssss Song de Melvin Van Peebles (USA, 1971)

Si ce film au titre à dormir debout n’est certainement pas le premier réalisé par un Noir américain, il est assurément en revanche le plus politique et le plus sulfureux. Il fut d’ailleurs classé X à sa sortie (c’est à dire interdit au moins de 17 ans) autant pour ses scènes à caractère érotique et pour son discours radical. Produit de façon entièrement indépendante par Melvin Van Peebles, à la fois acteur principal, scénariste et compositeur, Sweet Sweetback’s Baadasssss Song évoque la prise de conscience politique d’un marginal des bas-fonds qui, après avoir sévèrement molesté deux policiers blancs qui passaient à tabac un jeune Noir, prend la fuite jusqu’à la frontière mexicaine. Le projet de Van Peebles était de réaliser un film coup-de-poing, mais aussi un manifeste pour un cinéma noir décomplexé jusque dans son esthétique. Aussi la réalisation s’affirme-t-elle originale, brute, « sauvage », semi-expérimentale (faux raccords, solarisation, dédoublement de l’image) et très rythmée (la musique soul-funk est omniprésente). Autant de paramètres formels mis au service d’un discours radical noir et antibourgeois. Ajoutons que le héros, qui ne prononce pas plus de dix mots dans tout le film, ne fait que « courir, se battre et baiser », les trois conduites de base dans le ghetto selon Van Peebles. Baiser surtout, comme pour affirmer sa virilité retrouvée et l’exhiber au reste du monde.

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Noirs et Blacks au cinéma : regards croisés France/Etats-Unis

Aïssa Maïga en 2007 à Cannes (ph. Mireille Ampilhac) [CC BY-SA 2.0]

Aïssa Maïga en 2007 à Cannes (ph. Mireille Ampilhac) [CC BY-SA 2.0]

« Aux Etats-Unis, Halle Berry, Will Smith et Denzel Washington trônent au sommet du box-office. Et en France ? Pourquoi si peu de Noirs au cinéma ? » s’interroge en 2008 Olivier De Bruyn sur le site Rue89 dans son article «Cinéma français : où sont les Noirs ?» [1]. Ailleurs une internaute met au défi ses concitoyens français de pouvoir citer dix noms d’acteurs noirs hexagonaux alors qu’il est si facile d’en nommer des dizaines d’américains [2]. C’est un fait, le traitement de la question noire de ce côté-ci de l’Atlantique repose très souvent sur une comparaison avec l’exemple étasunien – et ceci encore plus depuis l’élection de Barack Obama qui rend d’autant plus flagrant le contraste. Ne citons encore pour exemple que cet article paru dans Le Monde en 2008 et intitulé « ”La question noire” française au miroir américain » [3]. C’est d’ailleurs un même esprit comparatiste qui anime les travaux de l’américaniste Pap N’Diaye dans son ouvrage de référence La condition noire en France : essai sur une minorité française (2008). Qu’en est-il donc de l’image des Noirs en France au regard de leur place dans le cinéma hollywoodien ? Des acteurs noirs français invisibles

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New-Jack cinema : le cinéma afro-américain des années 90

New-Jack cinema : sortir ou non du ghetto ? Le cinéma afro-américain des années 90 de Charlotte Aristide (The Book Edition / Le Sens des Images, 2013, 196 p., 15 euros)

« Je suis devenue ciné-spectatrice avec les films hollywoodiens des années 90, et ai été marquée particulièrement par le cinéma afro-américain de la même période. J’ai construit en partie mon identité culturelle par rapport à ces films, tout comme la génération d’Antillais à laquelle j’appartiens ».

A travers une observation méticuleuse de onze films emblématiques du cinéma afro-américain des années 1990 – de New Jack City (1991) à Clockers (1996) en passant par Boyz’N the Hood (1991) et Menace II Society (1993) – époque où apparaît un authentique cinéma noir centré sur les problèmes sociaux du ghetto (et regroupé au sein du genre « New Jack cinema »), l’auteure analyse les thèmes de ces œuvres (décors, personnages, intrigues…) pour au final brosser un saisissant portait de la société afro-américaine de cette époque. Une étude sociologique appliquée au cinéma qui nous rappelle que le 7eme art est aussi et avant tout le produit d’une société et un puissant révélateur de ses us et coutumes à un moment donné de son histoire.

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L’esclavage vu par le cinéma hollywoodien : de l’oncle Tom à Django

Ken Norton dans Mandingo (1975) [domaine public]

Ken Norton dans Mandingo (1975) [domaine public]

Avec la sortie quasi simultanée de Django Unchained de Tarantino et de Lincoln de Spielberg la question du traitement de l’esclavage par Hollywood semble plus que jamais d’actualité. En atteste Jean-Michel Frodon (1) pour qui « il est très remarquable qu’à quelques semaines d’écart sortent deux films signés de deux des cinéastes hollywoodiens les plus cotés, directement travaillés par la grande tragédie fondatrice des Etats-Unis » avant de préciser « et ce l’année même d’une élection présidentielle qui aura vu un président noir affronter l’opposition la plus raciste et réactionnaire qui ait trouvé à s’exprimer dans ce pays depuis des lustres ». Ayant déjà été sollicité par la presse pour donner mon avis sur la question, il m’a semblé opportun de rappeler ici en quelques films les étapes importantes de l’esclavage vu par le cinéma US.

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