Archive for Lectures

L’Hollywood de Peter Biskind

Mon Hollywood (Gods and Monsters) de Peter Biskind (Le Cherche Midi, 2011)

Que je suis mauvaise langue ! Voilà plus de quatre ans je chroniquais sur mon blog ce livre de Peter Biskind, que j’avais eu la chance de lire dans sa version originale, en concluant laconiquement mon billet par « malheureusement ce livre, comme son premier d’ailleurs, ne sera, à n’en pas douter, jamais traduit en français ». J’avais tord ! (enfin, qu’à moitié puisque son premier ouvrage n’a toujours pas été traduit…). En effet Le Cherche Midi a depuis fait paraître la version française de Gods and Monsters – une compilation d’articles percutants écrits entre 1973 et 2003 – sous le titre de « Mon Hollywood ». Rappelons ici que l’éditeur, fidèle à son auteur à succès, a déjà fait paraître deux ouvrages de référence de Biskind, Le Nouvel Hollywood en 2002 et Sexe, mensonges et Hollywood en 2006. Voilà, tout ça pour dire qu’il faut impérativement lire ce bouquin parce qu’il offre une autre manière d’aborder les films. Mais comme je n’ai pas encore lu la version française et que mes souvenirs sur la question datent un peu, je vais faire comme Biskind et vous donner à lire du réchauffé, à savoir un billet écrit en novembre 2008…

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Sylvester Stallone : héros de la classe ouvrière

Sylvester Stallone : héros de la classe ouvrière de David Da Silva (The Book Edition / Le Sens des Images, 2013, 196 p., 15 euros)

Depuis de nombreuses années, Sylvester Stallone est considéré comme un représentant de l’impérialisme américain avec des films comme Rambo II ou Rocky IV. Mais l’acteur-réalisateur-scénariste est un artiste bien plus complexe qu’il n’y paraît. Cet ouvrage propose ainsi une analyse de la filmographie de “Sly” dans le but  de prendre le contre-pied des clichés qui lui sont habituellement associés (surtout en France). Car en plus d’être un digne représentant de la classe ouvrière, apprécié des classes populaires, Stallone défend une réelle vision humaniste tout au long de son œuvre.

Ce travail documenté, illustré d’une quinzaine de photographies,  propose ainsi un éclairage inédit sur la star grâce à une approche de type cultural studies – dans la mouvance des star studies – dont l’enjeu est d’analyser sans aucun a priori et de manière pluridisciplinaire (mêlant l’analyse filmique, l’histoire, la sociologie, la politique, la biographie…) les productions populaires de la culture de masse en tenant compte aussi bien des intentions des auteurs que des contraintes du marché et de la réception du public. Une approche, malheureusement, encore largement boudée en France qui prouve pourtant, avec ce livre, toute sa richesse.

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New-Jack cinema : le cinéma afro-américain des années 90

New-Jack cinema : sortir ou non du ghetto ? Le cinéma afro-américain des années 90 de Charlotte Aristide (The Book Edition / Le Sens des Images, 2013, 196 p., 15 euros)

« Je suis devenue ciné-spectatrice avec les films hollywoodiens des années 90, et ai été marquée particulièrement par le cinéma afro-américain de la même période. J’ai construit en partie mon identité culturelle par rapport à ces films, tout comme la génération d’Antillais à laquelle j’appartiens ».

A travers une observation méticuleuse de onze films emblématiques du cinéma afro-américain des années 1990 – de New Jack City (1991) à Clockers (1996) en passant par Boyz’N the Hood (1991) et Menace II Society (1993) – époque où apparaît un authentique cinéma noir centré sur les problèmes sociaux du ghetto (et regroupé au sein du genre « New Jack cinema »), l’auteure analyse les thèmes de ces œuvres (décors, personnages, intrigues…) pour au final brosser un saisissant portait de la société afro-américaine de cette époque. Une étude sociologique appliquée au cinéma qui nous rappelle que le 7eme art est aussi et avant tout le produit d’une société et un puissant révélateur de ses us et coutumes à un moment donné de son histoire.

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Les Stars et le star-système en France

Un livre de Ginette Vincendeau (éditions L’Harmattan, collection « Champs Visuels étrangers », 2008, 312 p. 28,50 euros).

L’ouvrage de Ginette Vincendeau est tout simplement passionnant et brillant. Brillant et passionnant par son approche originale, par son érudition et par son écriture claire, simple et dense à la fois. Les Stars et le star-système en France s’inscrit dans la tradition des Cultural studies anglo-saxonnes et plus particulièrement dans les Star studies, disciple initiée outre-Atlantique par Richard Dyer (voir son ouvrage Stars paru en 1979 et traduit dans la même collection en 2004 sous le titre Le Star-système hollywoodien, suivi de Marilyn Monroe et la sexualité). Les Star studies consistent essentiellement à analyser l’impact des acteurs célèbres sur les œuvres dans lesquelles ils jouent mais aussi sur la société en général. Comme l’explique Vincendeau : « Mon but est d’analyser le jeu et le type de personnages joués par les grandes stars du cinéma français, ainsi que la signification de leur persona sur un plan socioculturel tout en prenant en compte l’esthétique des films » (p. 9).

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Blaxploitation 70’s Soul Fever !

Un livre de de Julien Sévéon (Bazaar and Co, 2008, 192p. 19,50 euros)

Julien Sévéon, déjà auteur d’un Cinéma enragé au japon à succès (2006), a lancé chez Bazaar and Co une collection nommée Cinexploitation portant sur les films d’exploitation. Mais kesaquo les films d’exploitation ? Ben, ce sont des productions à petits budgets, tournées pour l’essentiel dans les années 50-70, explorant le plus souvent des sujets sensationnels (prisons de femmes, bikers, horreur, déviances en tous genres) abusant volontiers de la violence et de la nudité. En somme des films que l’histoire officielle et bien-pensante du cinéma a tout simplement ignorés. Comme le rappelle JS : « Tout un pan du cinéma s’est développé loin de l’histoire officielle du 7e art. Un monde fait de productions à petits budgets aux sujets sensationnels, osés, tabous ou extrêmes, dont les mots d’ordre étaient d’en mettre plein les yeux aux spectateurs. Redoublant d’ingéniosité pour satisfaire les exigences de la production tout en cherchant à offrir des films dynamiques et, parfois, novateurs, les réalisations de ces films destinés aux cinémas de quartier représentent, bien plus que leurs collègues établis, le vrai sang et la chair du 7e art. Cinexploitation veut rendre hommage à ce cinéma souvent décriée par la critique, et à celles et ceux qui ont passé leur vie pour qu’il se développe et existe. Bienvenue dans la face cachée du cinéma mondial ! ».

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L’identité de gauche au cinéma (ta #32)

Bonne nouvelle ! La dernière livraison de la revue Tausend Augen (T.A. pour les intimes) vient de paraître et – attention ! – c’est que du très très bon. Au programme une réflexion sur l’identité de Gauche au cinéma à travers une quinzaine d’articles et d’entretiens particulièrement décapants et habilement nourris des dernières réflexions cultural et gender studies.

Extrait de l’avant-propos : “Face à l’impuissance politique de la gauche française de ce début du 21ème siècle qui n’arrive plus à s’imposer comme une force intellectuelle de changement animée par des visions d’avenir, il nous a semblé primordial – sans pour autant limiter notre approche au contexte français – de consacrer un dossier à ces productions culturelles et propositions théoriques traversées par une pensée dite de gauche. Textes critiques et entretiens sont l’occasion d’aborder quelques lieux où s’inscrivent des imaginaires de gauche. A travers réalisations cinématographiques et télévisuelles contemporaines, il s’agit pour Tausend Augen d’analyser les postures intellectuelles qui informent ces imaginaires, de revenir sur leurs points aveugles, leur rapport aux “minorités visibles”, leurs conceptions des identités de genres. Nous tentons d’interroger les impasses de certaines perspectives critiques de gauche face à la complexité du monde réel et des rapports de force (entre genres, races, classes) qui l’anime (….) In fine, il s’agit également d’entrevoir les lieux d’une possible rénovation des imaginaires de gauche, supports d’une reconquête des devenir sociaux”.

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Culture mauvais genre

Comme à son habitude le Monde diplomatique vient de faire paraître une compilation de ses meilleurs textes dans le dernier numéro de Manière de voir consacré aux “mauvais genres” dans la culture. Au programme : des articles sur les cinémas, les littératures et les musiques populaires relevant peu ou prou de la culture de masse. Et – oh surprise ! – le propos est plutôt carrément positif, le but du numéro étant justement de réévaluer les productions de la culture de masse. Que de chemin parcouru ! J’ai justement sous les yeux un numéro hors-série de Manière de voir daté de mars 1997 et intitulé “Culture, idéologie et société”. Pour vous donner le ton, l’éditorial de Ramonet, titré “la marchandisation du monde”, pouvait se résumer en gros à ce passage : “De nouveaux et séduisants “opium des masses” proposent une sorte de “meilleur des mondes”, distrayant les citoyens et les détournant de l’action civique et revendicative.  Dans ce nouvel âge de l’aliénation, les technologies de la communication jouent, plus que jamais, un rôle central” (p. 6). La messe est dite. Après bien sûr, la teneur des articles relevait du même registre : “Méfaits du petit écran”, “La nouvelle drogue des jeux vidéo”, “Contre l’oppression d’Hollywood”… On ne peut donc qu’apprécier cette nouvelle orientation moins élitiste et moins méprisante à l’égard des goûts populaires de la part d’une revue de prestige située à l’extrême gauche de l’échiquier éditorial. La faute, j’ose espérer, à l’influence de jeunes auteurs, enfants de MTV, de Pac-Man, de Marvel, de Rocky et/ou de Michael Jackson qui ont su voir dans la culture de masse autre chose qu’un nouvel “opium du peuple”. Moralité : il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis. Et je suis bien placé pour en parler parce que j’ai sensiblement suivi le même chemin que le Diplo entre 1997 et aujourd’hui…

R.D. 2010

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Revoir les films populaires : cinéma, pop-culture et société

Vient de paraître :

Revoir les films populaires : cinéma, pop-culture et société de Régis Dubois (2012), 228 p., 17 euros.

Analyser sans préjugé les films populaires en lien avec la société qui les produit, telle est l’ambition de ce livre qui évoque par exemple les raisons idéologiques du succès des comédies françaises comme Bienvenue chez les Ch’tis mais aussi la figure du prolétaire dans le cinéma hollywoodien, les films de Tarzan, la blaxploitation, le rock’n’roll raconté par le cinéma, les films grindhouse ou encore l’oeuvre de Martin Scorsese d’un point de vue socio-culturel.

Agrémenté de photos, ce livre compile les meilleurs articles écrits par l’auteur depuis dix ans, publiés dans diverses revues ainsi que sur le blog aujourd’hui disparu lesensdesimages.blogvie.com.

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« La littérature cinématographique alternative étant rare, il est bon de voir ce genre de publications alternatives subsister. Régis Dubois est un touche à tout du septième art, à la fois journaliste, réalisateur de courts métrages, de documentaires, et enseignant. Depuis peu est disponible via le Sens des images un ouvrage regroupant bon nombre de ses textes publiés précédemment dans diverses revues (…) Une décennie de chroniques et d’articles allant de Day of the woman à X-Men, de Hal Hasby à Scorsese en passant par un des sujets appelés Tarantino est-il un imposteur ? ou L’Hollywood de Peter Biskind. » (Sylvain Perret, 1Kult.com, 09/2012)

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Un siècle de BD américaine

Une fois n’est pas coutume, je voudrais évoquer ici une parution qui ne concerne pas stricto sensu le monde du cinéma, quoi que. La revue Beaux-Arts vient en effet de faire paraître (09/2010) un numéro hors-série sur l’histoire des comics des origines à nos jours. Alors, n’hésitez pas une seconde, courrez à l’instant vous le procurer – pour la somme de 7,50 euros – vous ne serez pas déçus. A moins bien sûr que vous soyez un spécialiste en la matière, auquel cas vous risquez de ne pas apprendre grand chose. Mais pour les profanes comme moi ce numéro est un régal. Au menu, que du bon : un gros-plan sur les super-héros où l’on apprend par exemple que Superman est un inglourious basterd juif, Spiderman un révolutionnaire soixante-huitard, Wonder Woman une lesbienne libérée, Hulk un hippie pacifiste et que Batman et Robin forment en secret un couple gay… Une partie tout aussi savoureuse est ensuite consacrée à la BD underground et politique des années 60-70 (Crumb, Shelton & les hippies de la côte ouest) où comment la bande-dessinée relaya les mots d’ordre de la contre-cul-ture “sexe, drogue et rock’n’roll”. Puis un délicieux détour nous amène à la bande dessinée érotique, des premières BD pornographiques (les fameux “Tijuana Bibles” vendus sous le manteau) aux pin-up plantureuses des fifties. Enfin, une partie tout aussi passionnante nous amène à la découverte des “romans graphiques” parmi lesquels le précurseur Master Race (8 pages couleur reproduites ici en intégralité) qui inspira le MAUS d’Art Spiegelman. Sans oublier bien sûr une évocation érudite des grands classiques du comic strip comme MAD ou Cul de Sac.

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Chéribibi, revue alternative de culture populaire

Quelle bonne surprise que cette petite revue découverte presque par hasard ! Il faut dire qu’il n’est pas courant de tomber sur un zine de qualité traitant exclusivement, et avec intelligence et respect, de la culture populaire.

Mais de quoi est-il donc question ici ? Chéribiquoi ? Oui, c’est vrai que le truc reste quand même assez énigmatique au premier abord… D’abord parce que Chéri-Bibi, héros de roman populaire du début du XXe siècle, n’est plus vraiment à la page. Ensuite parce qu’il faut prendre un peu de recul pour lire et comprendre la couverture de ce numéro 4 paru en mai dernier (2009) et consacrée aux Black Panthers. Du coup, les écueils sont nombreux avant d’arriver à feuilleter ladite revue (diffusée par-ci par-là, chez quelques libraires spécialisés ou disquaires engagés), mais le détour en vaut la peine.

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