Archive for Interviews

Les stéréotypes du Noir dans la bande dessinée

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Sambo (ph. Steve Snodgrass) [CC BY 2.0]

Hachette réédite ce mois-ci les aventures de Bibi Fricotin, une bande dessinée datant des années 20 et publiée jusqu’aux années 80, que l’on retrouvera tous les mois chez les marchands de journaux. Le personnage du Noir Razibus, qui sent bon le vieux stéréotype colonial, est apparu dans la série en 1951 pour devenir l’acolyte inséparable de Bibi Fricotin jusqu’en 1988, date du dernier album. Etonnamment, et contrairement à la plupart des héros de BD (de Mickey aux héros Marvel ou DC comics) lui n’a jamais évolué physiquement. Bien qu’il ne parle pas « petit nègre » (comme les Africains de Tintin au Congo) et qu’il n’est ni idiot ni maladroit, ni même spécialement comique, on est en droit de se demander si cette réédition est de bon augure au moment de l’affaire Théo et de la polémique autour du terme « Bamboula ». Imagerait-on seulement qu’on réédite aujourd’hui de vieilles images antisémites de Juif au nez crochu… Au moins les éditions Hachette auraient-elles pu intégrer une notice d’avertissement en exergue de la BD (1), ou mieux modifier légèrement le faciès caricatural de Razibus. Et pourquoi pas ? On a bien remplacé la cigarette de Lucky Luke par un brin d’herbe, alors pourquoi ne pas donner à ce Razibus des traits moins grossiers ?

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« Le Crime des anges », les quartiers nord de Marseille filmés de l’intérieur

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Elle est Marseillaise, a grandi dans les quartiers nord de la ville et réalise son premier long-métrage Le Crime des anges en mode guérilla. Rencontre avec Bania Medjbar.

1/Peux-tu nous parler de ton nouveau projet ?

Le Crime des anges est une comédie dramatique qui glisse subrepticement vers un film plus sombre. Il pose la question de la difficulté de vivre pour les jeunes des cités. C’est mon premier long métrage.

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« Haramiste » à l’épreuve des cultural studies : entretien avec Antoine Desrosières

Par Astrid Condis y Troyano pour lesensdesimages

(photo hijabi4ever, 2011) [CC BY-SA 3.0]

(photo hijabi4ever, 2011) [CC BY-SA 3.0]

A Hollywood, la phase d’écriture d’un scénario est très organisée quand il s’agit de parler des minorités ou des communautés – même des communautés de femmes. Les scénaristes écrivent une première version puis, quand elle est à peu près lisible, ils l’envoient aux studios. Là, les producteurs la font diffuser auprès de lecteurs « conscients » (associations, groupes militants issus des communautés dont va parler le film). Ou dans un autre registre, le scénario sera lu par des spécialistes en cultural studies (women’s studies, black studies, post colonial studies, gender studies, gay et lesbian studies, etc.), c’est-à-dire par des gens dont c’est le métier de détecter les aberrations, le racisme, les préjugés, les clichés sexistes, misogynes ou les stigmatisations involontaires d’un projet cinématographique. Une fois corrigé, le scénario continuera sa route.

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Des web-séries « afro » made in France : entretien avec Abdou X

familyDepuis janvier 2015, Nova Angola Productions créées par le rappeur Abdou X, vingt-huit ans, ambitionne de créer, à l’image de ce qui existe déjà aux Etats-Unis, des web-séries afro dans le but « de faire vivre l’expérience noire du quotidien, à travers des programmes qui mettent en avant une jeunesse afro moderne, branchée et sexy ». C’est peu de dire que l’idée paraît intéressante vu le déficit d’images des Noirs dans les médias français. Ni une ni deux je me connecte donc sur Youtube et visionne dans leur intégralité les deux premières séries diffusées entre janvier et juin 2015 : Ramata : les tribulations sentimentales d’une femme noire (6 épisodes d’une dizaine de minutes) et Family Affair (8 épisodes d’une durée totale d’environ deux heures). Verdict : C’est frais, c’est efficace et ça réussit à faire la jonction entre le divertissement grand public et le commentaire social pertinent, un peu à la manière de Plus belle la vie mais revisité façon Spike Lee. Un projet fort et original en somme qui mérite amplement d’être diffusé le plus largement possible.

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Le « cinéma guerilla » selon Pascal Tessaud : entretien

J’ai rencontré pour la première fois Pascal Tessaud il y a quelques années à l’occasion d’une projection de son documentaire très réussi Slam, ce qui nous brûle (2007). Depuis nous avons gardé le contact et j’ai suivi son parcours de près. Après un livre d’entretien avec feu Paul Carpita (auteur du fameux film néoréaliste Le Rendez-vous des Quais), une série d’émissions radio sur le jeune cinéma de banlieue, plusieurs courts-métrages et un récent moyen-métrage remarqué (La Ville lumière, 2012) il se lance en 2013 dans la réalisation d’un premier long autoproduit à la manière « guérilla ». C’était l’occasion rêvée pour évoquer avec lui à la fois son projet prometteur et cette « nouvelle vague » du cinéma de banlieue qui, à l’instar de tout un pan de la musique rap, passe par l’autoproduction pour faire entendre sa voix.

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