Archive for Films/DVD/Séries

Le Rendez-vous des quais oublié par l’Histoire

Carte postale (env. 1910) (coll. Claude Villetaneuse) [domaine public]

Carte postale (env. 1910) (coll. Claude Villetaneuse) [domaine public]

Le Rendez-vous des quais de Paul Carpita (France, 1955)

L’Histoire, on le sait, est écrite par les vainqueurs. Il en va de même de l’Histoire du cinéma. Et qu’enseigne-t-on aujourd’hui dans les universités ? L’apport décisif de la Nouvelle Vague qui précipita le cinéma français – et le cinéma mondial – dans la modernité. Cette victoire ne serait rien d’ailleurs sans la fameuse « politique des auteurs » théorisée au sein des Cahiers du cinéma au cours des années 50 par ces mêmes futurs cinéastes de la Nouvelle vague (les Godard, Chabrol, Truffaut, Rohmer…). Cette nouvelle conception du cinéma avait pour but de valoriser le rôle du réalisateur qui se voyait ainsi promu au rang d’artiste génial et tout puissant à l’instar du peintre ou de l’écrivain. Ce « coup d’état » fomenté par les « jeunes Turcs » des Cahiers avait bien sûr comme but ultime de légitimer le cinéma comme art. Or pour cela, ces critiques de la rive droite (Les Cahiers étaient domiciliés sur les Champs Elysées), tous emprunts de culture bourgeoise, ont dû trier entre ce qui, à leurs yeux, relevait de l’Art et ce qui s’apparentait à du simple divertissement populaire (quitte parfois à adouber des « auteurs » de films populaires comme Hitchcock ou Hawks). Et aujourd’hui, la distinction qui s’opère entre « films d’auteurs » et « films grand public » leur doit beaucoup… Ajoutons que la « politique des auteurs » domine toujours – et ce depuis près de 50 ans – le champ de la critique et des études cinématographiques. Or il m’a toujours semblé que l’importance de la Nouvelle vague avait été surestimée (en particulier l’œuvre de Truffaut mais aussi de Chabrol ou de Rohmer). Quant à la « politique des auteurs », je la trouve restrictive, omnipotente et, par bien des aspects, excessivement snob – même si cela n’enlève rien au fait qu’elle joua un rôle important à un moment donné.

Read more

Black Liberation d’Edouard De Laurot (1967)

Malcolm X en 1964 (ph. Marion S. Trikosko) [domaine public]

Malcolm X en 1964 (ph. Marion S. Trikosko) [domaine public]

Black Liberation (USA 1967, 37 min.), film documentaire d’Edouard De Laurot (ressorti en 1972 sous le titre Silent Revolution).

Ce documentaire militant est une véritable rareté, un film demeuré longtemps « introuvable » – et ce jusqu’à récemment (il a été mis en ligne sur YouTube en 2012). Bien qu’il n’ait pas été commercialisé en DVD, j’ai quand même eu l’occasion de le voir par le passé dans des festivals comme à Saint-Denis en 2009 dans le cadre de la rétrospective « Black Revolution » ainsi qu’à Aix-en-Provence à l’occasion d’une programmation autour du thème « Films, luttes et résistances » (2009) pour laquelle il m’avait été demandé d’en faire une brève présentation. Je me suis alors souvenu d’un texte que j’avais écrit dix ans auparavant pour un mini-mémoire de DEA. Un enseignant bien avisé, sachant que je travaillais sur le cinéma afro-américain, m’avait alors confié une version VHS piratée depuis une copie 16mm de ce documentaire expérimental sur lequel il ne possédait aucune information (pas même le nom du réalisateur). Je dois dire que Black Liberation m’a tout de suite emballé, notamment pour l’authenticité de son discours (j’apprendrai plus tard que Malcolm X en personne y avait apporté sa contribution) mais aussi et surtout pour sa forme étonnante, expérimentale, et tout à fait à même de relayer l’esprit du Black Power. Un film aujourd’hui disponible sur la toile (en VO) à voir à tout prix donc et dont voici une analyse approfondie en forme d’explication de texte.

Read more

A History of Violence, la part d’ombre de l’Amérique

David Cronenberg en 2012 (ph. Alan Langford) [CC BY-SA 3.0]

David Cronenberg en 2012 (ph. Alan Langford) [CC BY-SA 3.0]

A History of Violence (2005) de David Cronenberg

A History of Violence est un film remarquable qui, bien qu’ignoré du palmarès de Cannes, fut unanimement salué par la critique. Beaucoup d’encre a donc déjà coulé à son sujet, aussi ne m’attarderai-je pas par exemple sur la dimension religieuse/ fantastique de l’œuvre (il suffit de « lire » l’affiche) ni sur la question de l’identité/altérité/dualité si cher à l’auteur de La Mouche (1986) et de Faux-semblants (1988). Je voudrais en revanche évoquer ici la dimension politique du film, car il me semble – et bien sûr je ne suis pas le seul à le penser – que A History of Violence est avant tout une habile réflexion sur la violence de la société américaine.

Read more

Camping, les beaufs, la critique et la domination symbolique

Franck Dubosc en 2011 (ph. Michaël Bemelmans) [CC BY-SA 4.0]

Franck Dubosc en 2011 (ph. Michaël Bemelmans) [CC BY-SA 4.0]

Ceci est un billet d’mauvaise humeur..

Voilà, en ce moment je n’ai plus de DVD à regarder alors je me rabats sur la télé. Et hier soir je choisis de revoir Camping (2006) sur France 3. Je l’avais déjà vu il y a quelques années et j’en avais, ma foi, plutôt gardé un bon souvenir. Il faut dire aussi que je le revois parce que récemment j’ai eu une discussion houleuse avec un ami qui vomit littéralement ce type de comédies populaires “commerciales, franchouillardes, abrutissantes, etc”. Bref. Je regarde donc Camping et je me marre. Ok, à l’instar de Bienvenue chez les Ch’tis, le film se complait à caricaturer la « France d’en bas », le beauf sympathique, pas très futé, cultivant un goût immodéré pour le kitch (maillot « moule-boules », playlist ringarde de Barzotti…) mais quand même pétri de bon sens et de générosité. Et alors ? Quel est le problème ? N’a-t-on pas le droit de se moquer des « beaufs » ? Eux-mêmes, j’en suis sûr, s’en amusent beaucoup car, à n’en pas douter, pas une seconde ils ne sont dupes de la moquerie. Surtout que la satire n’est pas féroce mais plutôt sympathique (ajouté à cela que Franck Dubosc, co-auteur du film, est lui-même issu d’un milieu populaire, ceci expliquant cela).

Read more

Fahrenheit 9/11 : retour sur une polémique

Portrait de Michael Moore par Jacquelinekato (2011) [CC BY-SA 3.0]

Portrait de Michael Moore par Jacquelinekato (2011) [CC BY-SA 3.0]

« Ce pamphlet efficace mais simpliste, parfois démagogique ne lésine pas sur les moyens pour atteindre son objectif : empêcher la réélection du président américain. Fahrenheit 9/11 est un nouveau symptôme de la façon dont le cinéma américain pratique le spectacle comme un art de la dénonciation des axes du mal » (Le Monde – Jean-Louis Douin).

« Succession d’images chocs et de témoignages tire-larmes, martelant un unique message, “Stop Bush”. Un pamphlet bâclé » (Les Inrockuptibles – Sylvain Bourmeau)

« (…) moins inventif, plus manipulateur que ses précédents films, Fahrenheit 9/11, devient dans sa seconde partie un montage récapitulatif sur l’intervention en Irak, avec chantage final à l’émotion. Où est passée la pétulance libertaire de Michael Moore ? » (Télérama – Aurélien Férenczi)

Read more

Violent days ou Elvis au pays de Zola

(Photo D 2017]

Las Vegas (Photo RD 2017)

Voilà quelques jours, j’apprends la sortie de ce film et là je me dis “putain! enfin un film français différent ! un truc rock’n’roll qui déménage, un long métrage merde in France qui va enfin parler des prolos et de la culture pop au lieu de nous bassiner une fois de plus avec les sempiternels affres existentielles de nos petits-bourgeois parisiens… etc, etc.” En plus l’affiche abondamment diffusée sous forme de flyer (jusque dans mon pub de quartier préféré) m’a carrément tapé dans l’œil : esthétique fifties, noir & blanc classieux, vieille bagnole, petite pépé blonde-platine et tubes rockab’ à gogo (avec en playlist : Carl Perkins, Eddy Cochran, Gene Vincent…), bref un truc carrément fait pour moi, “le film que j’aurais aimé faire” que je me dis. Et donc, à la première occasion je cours me payer 3-4 bières au pub et un billet de ciné en entrainant avec moi deux compères de comptoir. Bon, là, y’a personne dans le cinoche (on était 9, nous trois compris mais 2 se sont barrés au bout d’un quart d’heure) mais comme je tombe sur un ancien rocker de ma connaissance, je me dis que c’est bon signe.

Read more

La Nouvelle Babylone : la Commune de Paris (re)vue par le cinéma soviétique

Barricade à Paris durant la Commune (1871) [DP]

Barricade à Paris durant la Commune (1871) [DP]

La Nouvelle Babylone de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg (URSS, 1929)

C’est un fait, les films sur la commune de Paris demeurent extrêmement rares. La raison en est-elle politique ? Sans aucun doute – par comparaison ceux sur la Révolution (bourgeoise) française sont bien plus nombreux. Personnellement je n’en ai vus que deux : La Commune (Paris 1871) réalisé en 2000 par l’anglais Peter Watkins (d’une durée de 3h30) et celui-ci, La Nouvelle Babylone, tourné par les Soviétiques Kozintsev et Trauberg en 1929.

Mais allons droit au but : ce film est exceptionnel. Les auteurs, avec un art consommé du montage (ellipse, montage parallèle, rapprochements allégoriques) revisitent ici cet épisode tragique de l’histoire du mouvement ouvrier avec une ferveur communicative et un sens aigu de la parabole qui frôle parfois la perfection.

Read more

Sweet Sweetback’s Baadasssss Song : le Black Power classé X

(domaine public)

Sweet Sweetback’s Baadasssss Song de Melvin Van Peebles (USA, 1971)

Si ce film au titre à dormir debout n’est certainement pas le premier réalisé par un Noir américain, il est assurément en revanche le plus politique et le plus sulfureux. Il fut d’ailleurs classé X à sa sortie (c’est à dire interdit au moins de 17 ans) autant pour ses scènes à caractère érotique et pour son discours radical. Produit de façon entièrement indépendante par Melvin Van Peebles, à la fois acteur principal, scénariste et compositeur, Sweet Sweetback’s Baadasssss Song évoque la prise de conscience politique d’un marginal des bas-fonds qui, après avoir sévèrement molesté deux policiers blancs qui passaient à tabac un jeune Noir, prend la fuite jusqu’à la frontière mexicaine. Le projet de Van Peebles était de réaliser un film coup-de-poing, mais aussi un manifeste pour un cinéma noir décomplexé jusque dans son esthétique. Aussi la réalisation s’affirme-t-elle originale, brute, « sauvage », semi-expérimentale (faux raccords, solarisation, dédoublement de l’image) et très rythmée (la musique soul-funk est omniprésente). Autant de paramètres formels mis au service d’un discours radical noir et antibourgeois. Ajoutons que le héros, qui ne prononce pas plus de dix mots dans tout le film, ne fait que « courir, se battre et baiser », les trois conduites de base dans le ghetto selon Van Peebles. Baiser surtout, comme pour affirmer sa virilité retrouvée et l’exhiber au reste du monde.

Read more

Les 10 meilleurs films grindhouse qu’il faut avoir vus avant de mourir !

(Domaine public)

(Domaine public)

Voilà, la nouvelle année approche à grands pas et avec elle les bonnes résolutions. Alors faites-moi plaisir, ramenez l’intégrale de Rohmer à la Fnac et optez plutôt pour ces 10 chefs d’œuvre du cinéma d’exploitation made in USA. Parce que ça c’est du septième Art, du cinoche, du vrai, du qui tâche, qui remue et qui secoue, tourné avec des tripes et des corones ! Bref du cinéma populaire comme on l’aime ! Et ça tombe super bien, tous ont été édités en DVD et en zone 2. Alors, que demande le peuple ?

N°10 : Black Caesar / Le Parrain de Harlem (Larry Cohen, 1973) DVD MGM 2004

Parce que Fred Williamson, le mec le plus cool de l’histoire du cinéma bis, y interprète un gangster fracassant à l’image du Scarface de Hawks (1932) dont il est une sorte de remake black, il mérite mille fois de figurer dans cette liste. Et si l’on devait ne retenir qu’une unique scène de ce petit chef-d’œuvre de la blaxploitation ce serait incontestablement celle ou Funky Fred, nouveau parrain de la pègre locale, parade avec arrogance sur la 125e rue de Harlem, encadré de deux porte-flingues au regard encore plus mauvais que le sien, au son de It’s Good to be the King de James Brown. Grand moment d’anthologie !

Read more

Et si Dieu était noir ? « Les Verts pâturages » de JC Averty (1964)

A la mémoire de Robert Liensol (1922-2011)

Cette année j’ai eu la bonne surprise de découvrir sous mon sapin de Noël le DVD Les Verts Pâturages, ce mythique “drame” télévisuel réalisé par Jean-Christophe Averty en 1964 pour l’ORTF et diffusé pour la première fois – mais aussi la dernière – le soir du réveillon du 24 décembre 1964. Depuis l’émission demeurait invisible et seul le témoignage de ceux qui y prirent part (Averty en tête mais aussi les acteurs Robert Liensol – photo ci-contre – ou Med Hondo) nous rappelait cet épisode glorieux de notre bonne chère télévision française qui, depuis, a pris sacrément du plomb dans l’aile…

Alors de quoi s’agissait-il au juste ? Rien de moins qu’une évocation de la Genèse et de l’Ancien Testament du point de vue Noir avec un casting 100 % afro-antillais. Averty s’était inspiré de la pièce de l’américain Marc Connelly “The Green Pastures” précédemment portée à l’écran en 1936 à Hollywood et, en bon fan de jazz, avait mis en images des saynètes bibliques entrecoupées de passages chantés et dansés à la manière des émissions de variétés d’antan, le tout relevé par quelques effets “électroniques” avant-gardistes pour l’époque (des surimpressions notamment) mais bien désuets aujourd’hui.

Read more