Archive for Articles de cinéma

Les losers magnifiques du cinéma américain

Photo publicitaire pour La Ruée vers l'or de Charlie Chaplin (UA, 1925) [domaine public]

Photo publicitaire pour La Ruée vers l’or de Charlie Chaplin (UA, 1925) [domaine public]

« And the winner is… ». Comme le rappelle tous les ans la cérémonie des Oscars, Hollywood est affaire de gagnants, de cartons au box-office et de succes stories – à l’écran comme dans la vie. Pourtant, on ne saurait résumer le cinéma américain à une galerie de héros triomphants façon Superman ou Rocky. Car les vainqueurs n’ont pas toujours eu la cote à Hollywood qui s’est épisodiquement entichée de perdants au grand cœur, de marginaux hors-la-loi et autres rebelles sans cause. Petit tour d’horizon de ces losers magnifiques qui, de Charlot à Lebowski, ont fait l’histoire du 7e art US.

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Les César post-attentats et le choix de la diversité

Zita Hanrot (photo Georges Biard, 2016) [CC BY-SA 3.0]

Zita Hanrot (photo Georges Biard, 2016) [CC BY-SA 3.0]

Bonne surprise ! Le palmarès 2016 des César – tout comme celui de 2015 d’ailleurs – a fait la part belle à la diversité ethnique et culturelle. En effet le prix du meilleur film a été attribué cette année à Fatima après celui l’année passée de Timbuktu, deux films centrés sur des personnages issus de communautés musulmanes africaines ou d’origine maghrébine.

Idem du côté des nominations aux prix d’interprétation 2015-2016 qui, là encore, ont fait le choix de la diversité : après Karidja Touré pour Bande de filles, Ahmed Dramé pour Les Héritiers et Marc Zinga pour Qu’Allah bénisse la France l’année passée, saluons cette année celles de Loubna Abidar pour Much Loved, Soria Zeroual pour Fatima et Antonythasan Jesuthasan pour Dheepan. Et surtout, après le César du « meilleur acteur dans un second rôle » attribué en 2015 à Reda Kateb (pour Hyppocrate), voici que Zita Hanrot reçoit celui du « meilleur espoir féminin » pour Fatima en 2016. Faut-il y voir un signe ? Une simple coïncidence ou un lien de cause à effet avec les attentats qui ont traumatisé la France entre janvier 2015 (six semaines avant la cérémonie 2015) et novembre 2015 (trois mois avant celle de 2016) ?

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Les Afro-américains et les Oscars : retour sur une polémique

SS02-0011Depuis une semaine l’information est relayée par tous les médias français, Spike Lee et Jada Pinkett Smith (épouse de Will Smith) n’iront pas à la 88e cérémonie des Oscars pour protester contre le fait qu’aucun acteur noir n’a été nommé cette année. Depuis la polémique ne cesse d’enfler. Outre-Atlantique plusieurs personnalités disent comprendre la position des contestataires : Will Smith, Idris Elba, Whoopi Goldberg, George Clooney, Dustin Hoffman, ou les rappeurs Snoop Dogg et 50 Cent – certains n’hésitant pas à appeler au boycott. La fronde a un tel retentissement qu’elle s’invite même dans le débat français. D’un côté Omar Sy et Rochdy Zem jugent cette levée de boucliers légitime, de l’autre Charlotte Rampling, nommée dans la catégorie Meilleure actrice pour 45 ans, met de l’huile sur le feu en parlant de « racisme anti-blanc »…   Mais qu’en est-il vraiment de la représentation des Noirs dans l’histoire des Oscars ?

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Les super-héros noirs des films Marvel

Black Panther Vs Tornade (par Pikotter, 2016) [CC BY-SA 4.0]

Black Panther Vs Tornade (par Pikotter, 2016) [CC BY-SA 4.0]

C’est officiel Black Panther « le premier super-héros noir » sortira en 2018. Mais s’il est bien le premier super-héros noir des comics Marvel (né en 1966) il n’est aucunement en revanche le premier super-héros noir des films Marvel – 12 l’ont déjà précédé depuis 1993.

Petit rappel en chiffres : Marvel c’est 75 ans d’histoire, environ 5000 super-héros (la plupart nés de l’imagination de Stan Lee) dont une centaine seraient noirs (1) et c’est enfin 43 films les mettant en scène depuis 1944 – dont 37 depuis l’an 2000 (chiffres de 2015 – cf. liste annexe). Mais pour ce qui nous concerne présentement, c’est surtout 12 super-héros noirs (dont 4 ne l’étaient pas à l’origine dans la version comics), de Meteor Man à Tornade en passant par Blade.

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Fachos, néonazis & autres skinheads : les visages de l’extrême droite au cinéma

(photo R. Dubois, 2015)

(photo R. Dubois, 2015)

Le retour en force de l’extrême droite sur le devant de la scène politique et médiatique depuis, disons, 2010 ne semble pas faiblir. Rappelons quelques faits récents : le 5 juin 2013 un jeune militant antifa, Clément Méric 18 ans, mourrait sous les coups d’un skinhead néonazi à Paris. Un an plus tard, en mai 2014, pour la première fois de son histoire, le FN arrivait en tête d’un scrutin national avec presque 25% des suffrages aux élections européennes. Plus récemment, en juin 2015, de l’autre côté de l’Atlantique, un suprématiste blanc de 21 ans nostalgique de l’apartheid tuait froidement neuf Noirs dans une église de Charleston (Caroline du Sud) dans le but de déclencher une guerre raciale. C’est dans ce contexte inquiétant que sort, sur fond de polémique, Un Français de Diastème (2015), film racontant l’histoire d’un skinhead français. Vu l’actualité il nous semblait donc opportun de nous interroger sur la question de la représentation de l’extrême droite au cinéma, en France et ailleurs. Depuis quand les fachos sont-ils présents sur les écrans ? American History X est-il le premier film à s’intéresser au phénomène skinhead néonazi ? Quels points de vues les œuvres offrent-elles des fafs et des bones ? Et, en corolaire, quels discours idéologiques ces films proposent-ils au grand public ? De Naissance d’une Nation (1915) à Un Français (2015), voici un petit tour d’horizon des figures de fachos au cinéma en 100 ans d’histoire du 7ème Art et en 10 portraits emblématiques.

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Les photographes au cinéma

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Alors qu’on attend toujours un film sur Robert Capa annoncé depuis plusieurs années (et réalisé dit-on par Michael Mann), force est de constater que la vie des photographes célèbres n’a guère inspiré le cinéma de fiction, même s’il n’est pas rare de croiser sur les écrans quelques adeptes du Nikon ou du Rolleifex, au hasard Dennis Hopper dans Apocalypse Now (F.F. Coppola, 1979), Clint Eastwood dans Sur la route de Madison (C. Eastwood, 1995) ou Joaquin Phoenix dans The Master (Paul Thomas Anderson, 2012). Read more

Hip-Hop au cinéma : du ghetto à Hollywood

Par Pascal Tessaud pour lesensdesimages

graffiti [CC0]

graffiti [CC0]

Après l’histoire du rock’n’roll racontée par le cinéma (1), ou encore celle des Beatles vue à travers les nombreux films qui leur ont été consacrés (2), voici le tour du rap et du hip-hop avec cet article écrit par le réalisateur Pascal Tessaud pour lesensdesimages.

Le hip-hop, parent pauvre des médias français, a investi depuis près de quarante ans la télévision, les médias et le cinéma américain. Ce texte analyse le processus qui a conduit une culture de la marge à s’imposer au fil des décennies comme un formidable vecteur culturel d’une Amérique en pleine mutation. Le hip-hop au cinéma est bien une histoire d’amour et de raison que nous nous devions d’évoquer dans son évolution artistique qui l’a amené de la marge des ghettos noirs aux studios d’Hollywood.

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X-Men, pop-culture et politique

X-Men_logo.svgEn 2000, X-Men de Brian Singer, bientôt suivi de X-Men 2 (Brian Singer, 2003) et X-Men l’affrontement final (Brett Ratner, 2006) signait le grand retour des super-héros au cinéma. La trilogie culte inspirée des comics Marvel rencontra un très large écho en salle : presque 300 millions de dollars de recette (pour un budget de 75 millions) pour le premier opus, 400 millions pour X-Men 2 et 440 pour le troisième volet. Autant dire, un énorme succès populaire. Ce qui est particulièrement intéressant avec cette saga, au-delà de toute considération esthétique, c’est combien ces films sont représentatifs de l’inventivité et de la richesse de tout un pan de la production hollywoodienne. En effet, alors même que beaucoup – a fortiori parmi les élites intellectuelles – ne voient dans le cinéma commercial américain qu’un « mauvais objet culturel » abrutissant et sans intérêt, il me semble que des œuvres comme les X-Men disent justement bien la complexité d’un grand nombre de ces films qui, derrière leur apparence de blockbusters et de divertissement un peu simplistes, n’en demeurent pas moins de passionnantes réflexions sur les questions sociopolitiques qui agitent nos sociétés. Les X-Men, au-delà de leur dimension spectaculaire et distrayante, proposent en effet une réflexion très pertinente sur la question de l’Autre dans la société étasunienne d’aujourd’hui, mais aussi une nouvelle façon d’aborder la question de l’altérité dans le cinéma hollywoodien – ce que peu de critiques français ont su voir…

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Intouchables est-il un film raciste ?

Omar Sy à la cérémonie des César (photo Georges Biard, 2012) [CC BY-SA 3.0]

Omar Sy à la cérémonie des César (photo Georges Biard, 2012) [CC BY-SA 3.0]

Le triomphe d’Intouchables d’Olivier Nakache et Eric Toledano (2011), qui avec plus de 19 millions d’entrées en salle dépasse La Grande vadrouille (17,2) et devient le deuxième plus grand succès de l’histoire du cinéma français derrière Bienvenue chez les Ch’tis (20,5), nous rappelle deux vérités essentielles concernant la place des Noirs dans le cinéma français : premièrement que les acteurs et actrices afro-descendants sont « bankables » et tout à fait susceptibles d’emporter l’adhésion d’un large public français contrairement à ce que laissaient jusqu’alors entendre nombre de producteurs qui rechignaient à parier sur des premiers rôles noirs (1). Et deuxièmement que, malheureusement, les acteurs noirs français demeurent encore trop souvent associés à des personnages stéréotypés, ici le délinquant-de-banlieue employé comme « domestique » (en fait, aide-soignant et homme-à-tout-faire). A titre d’exemple les Arabo-berbères ne jouent pas systématiquement des rôles de « rebeu ». Il ne suffit pour s’en convaincre que d’évoquer la carrière de Rochdy Zem, lequel se voit plus souvent baptisé à l’écran Hugo, Paul ou Thomas que Messaoud, alors que dans le même temps les Afro-caribéens ne se voient eux le plus souvent attribuer que des rôles de « Noirs ». Ce qui nous renvoie encore et toujours à ce constat formulé par le critique français Rodrig Antonio il y a déjà vingt-cinq ans : « au cinéma, un Noir n’est noir que lorsqu’il est montré par un cinéaste blanc »(2).

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Bienvenue chez les prolos : le cinéma populaire français et la lutte des classes

Dany Boon sur le tournage de Bienvenue chez les Ch'tis en 2007 (ph. Alain Flandrin - détail) [CC BY-SA 3.0]

Dany Boon sur le tournage de Bienvenue chez les Ch’tis en 2007 (ph. Alain Flandrin – détail) [CC BY-SA 3.0]

Durant l’hiver 2011-2012, Intouchables totalisa plus de dix-neuf millions d’entrées en salles réitérant presque ce faisant l’exploit de Bienvenue chez les Ch’tis qui, au printemps 2008, créait la surprise générale en se hissant au sommet du box-office français, engrangeant quelque vingt millions d’entrées, devançant ainsi La Grande vadrouille indétrôné depuis 1966. Plus d’un français sur trois, tout âge confondu, était alors allé voir le film de Dany Boon au cinéma. Autant dire qu’avec la sortie DVD et les futures diffusions télévisées, plus d’un Français sur deux l’aura vu. Comment alors expliquer de tels succès que certains n’hésitent pas à qualifier de « phénomène de société » ? La promotion ? Si on prend l’exemple des Ch’tis elle est bien moindre qu’Astérix 3 par exemple sorti au même moment. Une critique journalistique favorable ? Rien n’est moins sûr, la condescendance voire le mépris de la presse élitiste étant une constante en la matière. Les récompenses ? Bienvenue chez les Ch’tis fut tout bonnement snobé par le palmarès des César. La présence de stars au générique ? Si peu. Il me semble que ce qui a fait le succès de ces films c’est avant tout le fameux « bouche à oreille ». Et je dirai même que c’est surtout les classes populaires qui ont creusé la différence et qui ont largement contribué à faire de Bienvenue chez les ch’tis ou d’Intouchables des succès historiques. Car l’on sait qu’elles se rendent habituellement peu au cinéma, comparé aux classes supérieures (1), et que c’est à partir du moment où elles se pressent en masse dans les salles obscures que l’on peut véritablement parler d’un succès au box-office. Des succès populaires donc dans tous les sens du terme.

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