Archive for Articles de cinéma

Les photographes au cinéma

1000w

Alors qu’on attend toujours un film sur Robert Capa annoncé depuis plusieurs années (et réalisé dit-on par Michael Mann), force est de constater que la vie des photographes célèbres n’a guère inspiré le cinéma de fiction, même s’il n’est pas rare de croiser sur les écrans quelques adeptes du Nikon ou du Rolleifex, au hasard Dennis Hopper dans Apocalypse Now (F.F. Coppola, 1979), Clint Eastwood dans Sur la route de Madison (C. Eastwood, 1995) ou Joaquin Phoenix dans The Master (Paul Thomas Anderson, 2012).

  Read more

Hip-Hop au cinéma : du ghetto à Hollywood

Par Pascal Tessaud pour lesensdesimages

Après l’histoire du rock’n’roll racontée par le cinéma (1), ou encore celle des Beatles vue à travers les nombreux films qui leur ont été consacrés (2), voici le tour du rap et du hip-hop avec cet article écrit par le réalisateur Pascal Tessaud pour lesensdesimages.

Le hip-hop, parent pauvre des médias français, a investi depuis près de quarante ans la télévision, les médias et le cinéma américain. Ce texte analyse le processus qui a conduit une culture de la marge à s’imposer au fil des décennies comme un formidable vecteur culturel d’une Amérique en pleine mutation. Le hip-hop au cinéma est bien une histoire d’amour et de raison que nous nous devions d’évoquer dans son évolution artistique qui l’a amené de la marge des ghettos noirs aux studios d’Hollywood.

Read more

X-Men, pop-culture et politique

En 2000, X-Men de Brian Singer, bientôt suivi de X-Men 2 (Brian Singer, 2003) et X-Men l’affrontement final (Brett Ratner, 2006) signait le grand retour des super-héros au cinéma. La trilogie culte inspirée des comics Marvel rencontra un très large écho en salle : presque 300 millions de dollars de recette (pour un budget de 75 millions) pour le premier opus, 400 millions pour X-Men 2 et 440 pour le troisième volet. Autant dire, un énorme succès populaire. Ce qui est particulièrement intéressant avec cette saga, au-delà de toute considération esthétique, c’est combien ces films sont représentatifs de l’inventivité et de la richesse de tout un pan de la production hollywoodienne. En effet, alors même que beaucoup – a fortiori parmi les élites intellectuelles – ne voient dans le cinéma commercial américain qu’un « mauvais objet culturel » abrutissant et sans intérêt, il me semble que des œuvres comme les X-Men disent justement bien la complexité d’un grand nombre de ces films qui, derrière leur apparence de blockbusters et de divertissement un peu simplistes, n’en demeurent pas moins de passionnantes réflexions sur les questions sociopolitiques qui agitent nos sociétés. Les X-Men, au-delà de leur dimension spectaculaire et distrayante, proposent en effet une réflexion très pertinente sur la question de l’Autre dans la société étasunienne d’aujourd’hui, mais aussi une nouvelle façon d’aborder la question de l’altérité dans le cinéma hollywoodien – ce que peu de critiques français ont su voir…

Read more

Intouchables est-il un film raciste ?

Le triomphe d’Intouchables d’Olivier Nakache et Eric Toledano (2011), qui avec plus de 19 millions d’entrées en salle dépasse La Grande vadrouille (17,2) et devient le deuxième plus grand succès de l’histoire du cinéma français derrière Bienvenue chez les Ch’tis (20,5), nous rappelle deux vérités essentielles concernant la place des Noirs dans le cinéma français : premièrement que les acteurs et actrices afro-descendants sont « bankables » et tout à fait susceptibles d’emporter l’adhésion d’un large public français contrairement à ce que laissaient jusqu’alors entendre nombre de producteurs qui rechignaient à parier sur des premiers rôles noirs (1). Et deuxièmement que, malheureusement, les acteurs noirs français demeurent encore trop souvent associés à des personnages stéréotypés, ici le délinquant-de-banlieue employé comme « domestique » (en fait, aide-soignant et homme-à-tout-faire). A titre d’exemple les Arabo-berbères ne jouent pas systématiquement des rôles de « rebeu ». Il ne suffit pour s’en convaincre que d’évoquer la carrière de Rochdy Zem, lequel se voit plus souvent baptisé à l’écran Hugo, Paul ou Thomas que Messaoud, alors que dans le même temps les Afro-caribéens ne se voient eux le plus souvent attribuer que des rôles de « Noirs ». Ce qui nous renvoie encore et toujours à ce constat formulé par le critique français Rodrig Antonio il y a déjà vingt-cinq ans : « au cinéma, un Noir n’est noir que lorsqu’il est montré par un cinéaste blanc »(2).

Read more

Bienvenue chez les prolos : le cinéma populaire français et la lutte des classes

Durant l’hiver 2011-2012, Intouchables totalisa plus de dix-neuf millions d’entrées en salles réitérant presque ce faisant l’exploit de Bienvenue chez les Ch’tis qui, au printemps 2008, créait la surprise générale en se hissant au sommet du box-office français, engrangeant quelque vingt millions d’entrées, devançant ainsi La Grande vadrouille indétrôné depuis 1966. Plus d’un français sur trois, tout âge confondu, était alors allé voir le film de Dany Boon au cinéma. Autant dire qu’avec la sortie DVD et les futures diffusions télévisées, plus d’un Français sur deux l’aura vu. Comment alors expliquer de tels succès que certains n’hésitent pas à qualifier de « phénomène de société » ? La promotion ? Si on prend l’exemple des Ch’tis elle est bien moindre qu’Astérix 3 par exemple sorti au même moment. Une critique journalistique favorable ? Rien n’est moins sûr, la condescendance voire le mépris de la presse élitiste étant une constante en la matière. Les récompenses ? Bienvenue chez les Ch’tis fut tout bonnement snobé par le palmarès des César. La présence de stars au générique ? Si peu. Il me semble que ce qui a fait le succès de ces films c’est avant tout le fameux « bouche à oreille ». Et je dirai même que c’est surtout les classes populaires qui ont creusé la différence et qui ont largement contribué à faire de Bienvenue chez les ch’tis ou d’Intouchables des succès historiques. Car l’on sait qu’elles se rendent habituellement peu au cinéma, comparé aux classes supérieures (1), et que c’est à partir du moment où elles se pressent en masse dans les salles obscures que l’on peut véritablement parler d’un succès au box-office. Des succès populaires donc dans tous les sens du terme.

Read more

Hollywood parano : la drogue et le cinéma US

Au tournant des années 2000 le cinéma hollywoodien semble avoir trouvé dans la drogue une source d’inspiration nouvelle. D’une part en redoublant de scénarios évoquant le trafic de stupéfiants avec Blow, Traffic, Les Infiltrés… Mais surtout en filmant la descente aux enfers de personnages en plein bad trip : Drugstore Cowboy, Rush, Pulp Fiction, Las Vegas Parano, Another Day in Paradise, Requiem For a Dream… Mais le phénomène est-il si nouveau ? Petit flash… back.

Read more

Harlem, ville noire : Le ghetto noir dans l’imaginaire cinématographique américain

Harlem. Deux syllabes qui forcent l’imagination. D’un côté, des photos contrastées noir et blanc de jazzmen auréolés de volutes de fumée. À l’arrière plan des caractères lumineux qui se détachent pour former ce nom presque mythique : Cotton Club. De l’autre, des images de jeunes Noirs coiffés afro, au regard dur, le poing levé à la façon de Malcolm X haranguant la foule sur la 125ème rue. Pas très loin de là, un décor de désolation, un quartier sinistré jonché de seringues, hanté par le souvenir des taciturnes Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, les deux flics patibulaires des romans de Chester Himes. Plus gaies sans doute, ces images de basketteurs acrobates habillés aux couleurs du drapeau américain, les fameux Harlem Globetrotters de nos jeunes années. Bref, Harlem pour beaucoup c’est le ghetto noir dans toute sa splendeur, dans ce qu’il recèle de plus exotique et de plus mystérieux, dans ce qu’il suscite comme fantasme et comme crainte. Pourtant dans ce kaléidoscope d’instantanés, pas ou peu d’images de cinéma. Serait-ce une défaillance de notre mémoire cinéphilique ? Non, effectivement, Hollywood s’est longtemps refusé à traverser la frontière qui sépare la partie blanche et la partie noire de New York, ville pourtant maintes fois prise pour décor dans les productions américaines.

Read more

Quand le rap fait son cinéma… à propos du cinéma new jack

New Jack City (1991) avec Ice T

“Elvis was a hero to most / But he never meant shit to me you see / Straight up racist that sucker was / Simple and pain / Motherfuck him and John Wayne / Cause I’m black and I’m proud […] / Fight the power / Fight the power …”(1).

Qui a pu oublier cette fracassante ouverture – véritable morceau d’anthologie – de Do the Right Thing (Spike Lee, 1989) signée Public Enemy. Rarement une musique, un rythme, des paroles, avaient aussi bien épousé, et introduit, un film. Rien de surprenant cependant quand on connaît le cinéaste et sa passion pour la musique (rap), lui qui déclarait en 1989 : « la musique joue un rôle très important dans mon film : elle est aussi importante que le scénario, la mise en scène et la photographie »(2). Toute une nouvelle génération (les Singleton, Van Peebles, Hughes brothers…), celle du hip-hop, bercée depuis la plus tendre enfance au rythme de Rappers’ Delight, venait de trouver son mentor, et allait donner au rap ses lettres de noblesse sur grand écran, via ce qui allait devenir le cinéma “new jack”.

Read more

Tarzan à Hollywood : variations autour d’un mythe

Depuis 1918, Hollywood a produit pas moins de 50 films s’inspirant du personnage créé par E. R. Burroughs. Mais il ne s’agit-là que de la partie immergée de la filmographie tarzanienne tant les produits de contrebande demeurent nombreux en la matière, des bollywood au spaghettis en passant par le X et la série Z, sans même parler des tarzanides (Georges de la jungle entre autres). C’est dire si les films de Tarzan constituent un genre à part entière. Mais si les avatars s’avèrent nombreux, rares sont ceux qui rendent véritablement justice à l’œuvre de Burroughs. Et même en ne considérant que la filmographie officielle anglo-saxonne, force est de constater que le mythe de Tarzan a subi bien des vicissitudes du papier vers l’écran. A telle enseigne que Burroughs lui-même, pourtant passionné par le septième art, fut toujours très critique vis-à-vis de ces œuvres. Quant à Francis Lacassin, notre tarzanologue national, son verdict reste sans appel : « Par quelles complicités, la sottise, le mauvais goût, l’ignorance, la cupidité et le scoutisme ont-ils réussi à châtrer, falsifier et pervertir l’un des mythes modernes les plus fascinants. L’exaspération des censures, l’esprit de lucre, l’indigence des réalisateurs et la débilité mentale des scénaristes ont été les atouts majeurs de cette remarquable entreprise de falsification »(1). Petite visite donc à travers une filmographie riche, inégale et souvent douteuse, mais toujours susceptible de nous renseigner sur les phobies et fantasmes de ce 20ème siècle tourmenté.

Read more

La classe ouvrière va à Hollywood

C’est entendu, les prolétaires sont très peu représentés dans le cinéma hollywoodien. Il suffit de comparer la production étasunienne et la filmographie soviétique pour prendre toute la mesure de cette invisibilité du working class hero américain. Et pourtant, le mouvement ouvrier aux Etats-Unis est une réalité, en témoigne les nombreuses grèves, parfois meurtrières, qui ont ponctué son histoire. Mais Hollywood a tout simplement choisi d’ignorer cette donnée. Bien sûr, la raison en est fort simple : l’usine à rêve est d’abord la vitrine du « rêve américain », autrement dit de la société sans classe. Et évoquer la réalité ouvrière ce serait admettre qu’au pays de l’american way of life il existe des classes sociales, autrement dit des pauvres et des riches… Pour autant, le cinéma américain n’est pas tout à fait exempt de prolétaires, mais ceux-ci ne sont le plus souvent que des alibis idéologiques, des “Autres” en sursis et des Américains middle-class en devenir.

Read more