Archive for Articles de cinéma

Les super-héros noirs au cinéma : de Meteor Man à Black Panther

Black Panther Vs Tornade (par Pikotter, 2016 - détail) [CC BY-SA 4.0]

Black Panther Vs Storm (par Pikotter, 2016 – détail) [CC BY-SA 4.0]

Depuis plusieurs mois la nouvelle agite les cinéphiles du monde entier adeptes de blockbusters : Black Panther, le premier super-héros noir de l’histoire des comics, aura droit à son adaptation cinématographique en février 2018. L’occasion pour nous de revenir sur l’histoire des super-héros noir au cinéma.

Ancêtres de papier : les comics à l’heure du Black Power

Black Panther fut le premier super-héros noir de l’histoire des comics. Il fut créé par Stan Lee et Jack Kirby, ceux-là même qui avaient donné naissance au début des années 60 à Spider-Man, Hulk, Iron Man ou encore les X-Men. Sans doute influencés par la lutte pour les droits civiques qui battait alors son plein et par l’émergence du Black Power en 1966, ils créèrent cette année-là un super-héros africain baptisé T’Challa qui pourrait bien avoir influencé le nom du célèbre Black Panther Party né trois mois plus tard – obligeant au passage les auteurs du comics à rebaptiser pour un temps leur héros « Black Leopard »… Par la suite suivront de nombreux autres super-héros noirs de bandes-dessinées dont les plus illustres se nomment Le Faucon (1969), Luke Cage (1972), Blade (1973), Tornade (1975), Black Lightning (1977) et bien d’autres. Au fil des ans, la figure du super-héros black est ainsi devenue chose banale dans les comics américains et l’on n’en compte aujourd’hui pas moins de 500 auxquels il faut ajouter environ 150 super-vilains (1). Depuis quelques années on a même vu apparaître outre-Atlantique un Captain America noir et un Spider-Man métis en la personne du jeune Miles Morales.

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Réviser l’histoire du cinéma en 15 biopics de réalisateurs

Affiche du film de Ed Wood (1959) [domaine public]

Affiche du film de Ed Wood (1959) [domaine public]

Le biopic de réalisateur est un genre relativement récent puisqu’il n’apparait qu’à partir des années 90-2000. En fait il existe un précédent avec The Buster Keaton Story, un film hollywoodien relativement obscur sorti en 1957 et traduit en français L’Homme qui n’a jamais ri. Mais c’est à ma connaissance le seul film biographique sur un réalisateur produit avant les années 90, sans compter que Keaton est davantage connu comme acteur que comme réalisateur.

Je vous propose donc une petite histoire du cinéma en 15 biopics – qui n’en sont pas vraiment tous – parfois tournés par de prestigieux réalisateurs comme Peter Greenaway, Martin Scorsese ou Tim Burton.

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Les cinéastes noirs contre Trump

Jordan Peele (ph. Peabody Awards, 2014, détail) [CC BY 2.0]

Jordan Peele (ph. Peabody Awards, 2014, détail) [CC BY 2.0]

Suivre le cinéma noir américain n’a jamais été aussi excitant que ces derniers mois. Et d’ailleurs Les Cahiers du Cinéma ne s’y trompent pas en consacrant leur dernier numéro à « une histoire des cinéastes noirs américains » avec Jordan Peele (réalisateur de Get Out) en couverture. Selon ce dernier en effet, dans l’interview que lui consacre la revue, on assiste à une forme de renaissance du cinéma noir – dont assurément son film-événement (véritable phénomène de société qui a engendré quelques 250 millions de dollars dans le monde) serait sans doute le signe annonciateur. C’est clair qu’après les productions consensuelles de l’ère Obama qui prônaient invariablement et à tout-va la réconciliation via le happy-end et le « sauveur blanc », un film comme Get Out fait sacrément du bien. Car il apparaît évident aujourd’hui, avec le recul, que l’élection d’Obama fut un trompe-l’œil, tout comme les œuvres associées à ses deux mandats (La Couleur des sentiments, Le Majordome, 12 Years A Slave, Selma, Loving, etc.) devenues soudainement naïves et anachroniques au lendemain de l’élection de Trump – dont le père, soit dit en passant, fut un sympathisant du KKK  (et il suffit d’ailleurs de songer à la réaction du Président au moment des événements de Charlotteville pour se convaincre que lui non plus ne semble pas insensible à l’idéologie des racistes sudistes). Oui, la fameuse « ère post-raciale » fut bien un leurre comme en attestent le mouvement BlackLivesMatter, le succès du livre Une Colère noire de Ta-Nehisi Coates ou encore celui de Get Out.

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Barack Obama, icône pop et héros de cinéma

(illustration de Jacquelinekato) [CC BY-SA 3.0]

(Illustration de Jacquelinekato, 2010) [CC BY-SA 3.0]

Alors que nous allons bientôt « fêter » la première année de l’élection de Donald Trump, il est bon de jeter un petit coup d’œil dans le rétroviseur pour se remémorer ces années Obama (2009-2016) qui semblent déjà si lointaines. Souvenons-nous en effet qu’en plus d’avoir été le premier Afro-Américain à occuper le bureau ovale, Obama fut aussi assurément le Président le plus « cool » de toute l’histoire des États-Unis mais aussi une véritable icône de la pop-culture.

Pendant les huit années qu’il aura passé à la tête de la première puissance mondiale, on n’aura cessé en effet de le voir sourire et blaguer, mais aussi chanter (Sweet Home Chicago en 2012 en compagnie de B.B. King et de Mick Jagger), danser (par exemple avec Michelle sur Thriller pour Halloween en 2016), jouer au basket, se prêter à des interviews décalées ou faire des selfies (comme aux obsèques de Mandela en 2013…). Et tout cela sans jamais se ridiculiser.

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« The Black Gestapo » (1975), la blaxploitation et les Black Panthers

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(domaine public)

Parmi les films d’exploitation les plus tordus des tonitruantes seventies – au nombre desquels bien sûr le cultissime Ilsa, la Louve des SS (1975) – voici une petite curiosité qui vaut le détour, pas tant pour ses qualités divertissantes (très relatives) que pour son sous-texte politique.

The Black Gestapo (Lee Frost, 1975), au titre on ne peut plus racoleur et douteux, s’inscrit en effet dans le sous-genre blaxploitation et, à ce titre, fut largement influencé par l’air du temps synonyme de contestation noire, de Black Power et de Black Panthers.

C’est un fait, au début des années 70 l’organisation marxiste noire créée par Huey Newton et Bobby Seale, originellement baptisée The Black Panther Party for Self-Defense, était à l’apogée de sa renommée. La simple image de Noirs en uniforme (veste en cuir et béret noir) paradant au cri de « Off the Pigs ! » (à bas les cochons ! = les flics) eut un impact sismique sur la communauté afro-américaine galvanisée et plus encore sur la majorité blanche terrorisée. Rien d’étonnant dès lors à ce que le cinéma de blaxploitation s’en inspire.

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« Pourquoi le cinéma français est-il de gauche ? »

cinema-et-politique2« Pourquoi le cinéma français est-il de gauche ? » Voilà, sans crier gare, la question que me posa – sur un ton légèrement agressif – un journaliste de L’Express alors que je venais à peine de décrocher mon téléphone et que je déjeunais tranquillement à table avec mes kids il y a une semaine de cela.

A froid comme ça, ça fait un peu bizarre… Pas évident d’y répondre à brûle-pourpoint. C’est pourtant ce que je fis en lui demandant pour commencer d’où il tenait cette information (de quelle source statistique exactement ?) et surtout ce qu’il entendait par « de gauche » ? La « gauche caviar » ou la gauche-gauche vraiment de gauche ? Et puis j’ai hasardé une amorce d’explication en lui disant que s’il y avait une tendance « de gauche » dans la cinéma c’était sans doute parce que la culture attirait essentiellement au départ des gens qui ne partageaient pas les mêmes valeurs et ambitions que les gens « de droite » qui se tournaient eux plus volontiers vers des carrières plus lucratives, plus sûres et plus respectables. Bref, on discuta ainsi un bon quart d’heure – au bas mot – et, comme c’est souvent le cas, ledit journaliste ne retint de notre conversation qu’une pauvre phrase notée à la volée qu’il « cita » approximativement dans son article – en faisant des erreurs…

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César noirs Vs Black Oscars

les-oscars-et-les-cesar-pour-les-nuls,M18840Comme tous les ans dans l’univers impitoyable du 7e Art, le mois de janvier est le mois des nominations tant attendues aux César et aux Oscars, avec ses bonnes et ses mauvaises surprises, ses heureux nominés et ses malheureux oubliés. C’est aussi le moment de faire un petit bilan sur la production de l’année écoulée et de prendre le pouls du cinéma français et américain. Et, comme tous les ans à la même période, c’est aussi le moment où l’on va me demander mon avis sur la présence (ou l’absence) des Noirs au sein de ces sélections. Sont-ils suffisamment représentés ou au contraire trop absents ? Depuis le César d’Omar Sy en 2012 et plus encore depuis le polémique #OscarSoWhite de l’année passée, les journalistes français semblent s’intéresser de plus en plus à la question de la représentation des minorités au cinéma – et c’est tant mieux !

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Le FN au cinéma : de Féroce à Chez nous

Meeting du Front National, Paris 2012 (photo Blandine Le Cain) [CC 2.0]

Meeting du Front National, Paris 2012 (photo Blandine Le Cain) [CC 2.0]

Alors que pendant longtemps le cinéma français prit bien garde de ne pas mélanger fiction et réalité politique, depuis le début de ce siècle plusieurs films se sont inspirés de l’actualité de vraies personnalités politiques hexagonales.

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De Naissance d’une Nation à Birth of a Nation : 100 ans d’esclavage à Hollywood

Photo publicitaire pour Autant en emporte le vent (MGM, 1939) [domaine public]

Photo publicitaire pour Autant en emporte le vent (MGM, 1939) [domaine public]

S’il est une période historique que le cinéma américain de ces dernières années a mis à l’honneur c’est bien celle de l’esclavage, avec des films comme Lincoln (2012), Django Unchained (2012), 12 Years a Slave (2013), Free State of Jones (2016) et bien sûr Birth of a Nation (2016), sans compter les séries Book of Negroes (2015), Underground (2016) et Roots (2016). L’occasion était donc trop belle, avec la sortie prochaine du Birth of a Nation de Nate Parker en France, de revenir sur un siècle d’images de l’esclavage à Hollywood.

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Les losers magnifiques du cinéma américain

Photo publicitaire pour La Ruée vers l'or de Charlie Chaplin (UA, 1925) [domaine public]

Photo publicitaire pour La Ruée vers l’or de Charlie Chaplin (UA, 1925) [domaine public]

« And the winner is… ». Comme le rappelle tous les ans la cérémonie des Oscars, Hollywood est affaire de gagnants, de cartons au box-office et de succes stories – à l’écran comme dans la vie. Pourtant, on ne saurait résumer le cinéma américain à une galerie de héros triomphants façon Superman ou Rocky. Car les vainqueurs n’ont pas toujours eu la cote à Hollywood qui s’est épisodiquement entichée de perdants au grand cœur, de marginaux hors-la-loi et autres rebelles sans cause. Petit tour d’horizon de ces losers magnifiques qui, de Charlot à Lebowski, ont fait l’histoire du 7e art US.

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