Archive for Articles de cinéma

L’histoire du rock racontée à travers les biopics

Jimi Hendrix en 1968 (ph. Steve Banks) [CC BY-SA 4.0]

La bande-annonce d’un hypothétique biopic intitulé Nirvana : Kurt Cobain réalisé par un certain Joe Anderson annoncé pour fin 2020 n’était en fait qu’un fake. Malheureusement… En guise de consolation, il ne nous reste plus qu’à nous replonger dans l’histoire du rock racontée par le cinéma à travers 13 biopics incontournables – et cependant plus ou moins recommandables. Dans la continuité de nos deux précédents articles intitulés « l’histoire du rock’n’roll racontée par le cinéma » et « l’histoire des Beatles racontée par le cinéma », voici donc l’histoire du rock et de la pop racontée à travers les films retraçant la vie de rock stars des années 60 aux années 90, balayant ainsi quatre décennies de styles musicaux depuis le doo-wop jusqu’au grunge en passant par le rock psyché, le glam, le punk, le métal ou encore la cold wave. Rappelons ici qu’un biopic – ou biographical picture – est un film évoquant la vie d’une célébrité, qu’il s’agisse d’un sportif (Raging Bull de Martin Scorsese, 1980), d’un peintre (Basquiat de Julian Schnabel, 1995), d’un cinéaste (Chaplin de Richard Attenborough, 1992), d’une personnalité politique (Nixon d’Oliver Stone en 1995) ou encore d’un criminel (Mesrine de Jean-François Richet, 2008). Stricto sensu le biopic est censé évoquer toute la vie du personnage – ou du moins une grande partie de celle-ci – ce qui n’est pas toujours le cas des films ici retenu (Last Days n’évoque, comme son titre l’indique, que les derniers jours de la vie de Kurt Cobain) mais par abus de langage on a élargie le genre à toute œuvre retraçant un moment de la vie d’une personnalité publique. 

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Des Blancs toujours obstinément aveugles aux stéréotypes sur les Noirs

(détail d’une affiche raciste diffusée aux Etats-Unis en 1866 – domaine public)

Je suis un homme blanc de 46 ans. J’ai grandi près de Marseille dans un milieu modeste, aussi bien économiquement que culturellement parlant. Je suis ce que l’on appelle un boursier (ou un transfuge de classe) qui a obtenu un Doctorat en Lettres et Sciences Humaines et qui a consacré ses recherches à la question de la représentation des minorités dans le cinéma, et en particulier des Noirs (Afro-américains et Afro-français). Venant d’un milieu socialement dominé, ayant subi une manière de domination symbolique au cours de mes études et dans la vie, j’ai senti le besoin de déconstruire le discours dominant et de comprendre les mécanismes de dominations quels qu’ils soient, de classe, de genre et de « race ». Cette démarche m’a notamment emmené à m’intéresser aux stéréotypes sur les Noirs et, plus récemment, au film Intouchables sorti en 2011 – plus grand succès de l’histoire du cinéma français. J’ai publié un ouvrage intitulé Les Noirs dans le cinéma français, de Joséphine Baker à Omar Sy (LettMotif, 2016) et c’est la raison pour laquelle j’ai été interviewé en 2017 par un journaliste de France Culture pour le reportage « Ecrans noirs : Quelles images de la diversité nous proposent la télévision et le cinéma ? » (29/08/2017). Deux ans plus tard, l’émission a été de nouveau diffusée. A cette occasion, la page facebook de la radio a publié le post qui suit avec un lien vers le podcast du programme en question (le 17/10/2019).

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Le documentaire musical, un genre à part entière

Janis Joplin en 1969 [ph. Elliot Landy (CC BY-SA 4.0)]

Janis Joplin en 1969 [ph. Elliot Landy (CC BY-SA 4.0)]

Préhistoire

Avant les années 1960, le documentaire musical n’existe pas en tant que tel, du moins tel qu’on l’entend aujourd’hui. Il y a bien des revues filmées, tout comme des concerts ou des ballets, et bien sûr quelques reportages télé, mais rien qui ne ressemble à un documentaire, autrement dit à un film-enquête mêlant interviews, backstage et live. Le premier du genre pourrait bien être The Pied Piper of Cleveland: A Day in the Life of a Famous Disc Jockey (1955, 48 minutes) sur le célèbre animateur radio qui popularisa le terme de Rock’n’roll, j’ai nommé Alan Freed. Mais ce film ne fut semble-t-il montré qu’une seule fois au public américain puis retiré de l’affiche pour des questions de droits d’auteur. On dit même qu’il serait perdu. Dommage un certain Elvis Presley y faisait sa toute première apparition à l’écran…

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1940 : Charlot prend la parole contre Hitler

Le Dictateur (Charlie Chaplin, 1940) [domaine public]

Le Dictateur (Charlie Chaplin, 1940) [domaine public]

L’histoire est connue, en 1940 Charlie Chaplin sort Le Dictateur, incroyable satire vengeresse sur l’homme sans doute le plus puissant et le plus redouté d’alors, Adolf Hitler, alors au sommet de sa gloire. On croit avoir tout dit sur ce film, pourtant je voudrais revenir ici sur un aspect particulier de l’œuvre, à savoir la question de la voix de Charlot, et tenter de démontrer qu’avec ce film, Chaplin, qui ne pouvait pas se taire face à la tragédie en cours, choisit de sacrifier son double pour délivrer son message antinazi au monde

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Les super-héros noirs au cinéma : de Meteor Man à Black Panther

Black Panther Vs Tornade (par Pikotter, 2016 - détail) [CC BY-SA 4.0]

Black Panther Vs Storm (par Pikotter, 2016 – détail) [CC BY-SA 4.0]

Depuis plusieurs mois la nouvelle agite les cinéphiles du monde entier adeptes de blockbusters : Black Panther, le premier super-héros noir de l’histoire des comics, aura droit à son adaptation cinématographique en février 2018. L’occasion pour nous de revenir sur l’histoire des super-héros noir au cinéma.

Ancêtres de papier : les comics à l’heure du Black Power

Black Panther fut le premier super-héros noir de l’histoire des comics. Il fut créé par Stan Lee et Jack Kirby, ceux-là même qui avaient donné naissance au début des années 60 à Spider-Man, Hulk, Iron Man ou encore les X-Men. Sans doute influencés par la lutte pour les droits civiques qui battait alors son plein et par l’émergence du Black Power en 1966, ils créèrent cette année-là un super-héros africain baptisé T’Challa qui pourrait bien avoir influencé le nom du célèbre Black Panther Party né trois mois plus tard – obligeant au passage les auteurs du comics à rebaptiser pour un temps leur héros « Black Leopard »… Par la suite suivront de nombreux autres super-héros noirs de bandes-dessinées dont les plus illustres se nomment Le Faucon (1969), Luke Cage (1972), Blade (1973), Tornade (1975), Black Lightning (1977) et bien d’autres. Au fil des ans, la figure du super-héros black est ainsi devenue chose banale dans les comics américains et l’on n’en compte aujourd’hui pas moins de 500 auxquels il faut ajouter environ 150 super-vilains (1). Depuis quelques années on a même vu apparaître outre-Atlantique un Captain America noir et un Spider-Man métis en la personne du jeune Miles Morales.

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Réviser l’histoire du cinéma en 15 biopics de réalisateurs

Georges Méliès (vers 1890) [domaine public]

Le biopic de réalisateur est un genre relativement récent puisqu’il n’apparait qu’à partir des années 90-2000. En fait il existe un précédent avec The Buster Keaton Story, un film hollywoodien relativement obscur sorti en 1957 et traduit en français L’Homme qui n’a jamais ri. Mais c’est à ma connaissance le seul film biographique sur un réalisateur produit avant les années 90, sans compter que Keaton est davantage connu comme acteur que comme réalisateur.

Je vous propose donc une petite histoire du cinéma en 15 biopics – qui n’en sont pas vraiment tous – parfois tournés par de prestigieux réalisateurs comme Peter Greenaway, Martin Scorsese ou Tim Burton.

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Les cinéastes noirs contre Trump

Jordan Peele (ph. Peabody Awards, 2014, détail) [CC BY 2.0]

Jordan Peele (ph. Peabody Awards, 2014, détail) [CC BY 2.0]

Suivre le cinéma noir américain n’a jamais été aussi excitant que ces derniers mois. Et d’ailleurs Les Cahiers du Cinéma ne s’y trompent pas en consacrant leur dernier numéro à « une histoire des cinéastes noirs américains » avec Jordan Peele (réalisateur de Get Out) en couverture. Selon ce dernier en effet, dans l’interview que lui consacre la revue, on assiste à une forme de renaissance du cinéma noir – dont assurément son film-événement (véritable phénomène de société qui a engendré quelques 250 millions de dollars dans le monde) serait sans doute le signe annonciateur. C’est clair qu’après les productions consensuelles de l’ère Obama qui prônaient invariablement et à tout-va la réconciliation via le happy-end et le « sauveur blanc », un film comme Get Out fait sacrément du bien. Car il apparaît évident aujourd’hui, avec le recul, que l’élection d’Obama fut un trompe-l’œil, tout comme les œuvres associées à ses deux mandats (La Couleur des sentiments, Le Majordome, 12 Years A Slave, Selma, Loving, etc.) devenues soudainement naïves et anachroniques au lendemain de l’élection de Trump – dont le père, soit dit en passant, fut un sympathisant du KKK  (et il suffit d’ailleurs de songer à la réaction du Président au moment des événements de Charlotteville pour se convaincre que lui non plus ne semble pas insensible à l’idéologie des racistes sudistes). Oui, la fameuse « ère post-raciale » fut bien un leurre comme en attestent le mouvement BlackLivesMatter, le succès du livre Une Colère noire de Ta-Nehisi Coates ou encore celui de Get Out.

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Barack Obama, icône pop et héros de cinéma

(illustration de Jacquelinekato) [CC BY-SA 3.0]

(Illustration de Jacquelinekato, 2010) [CC BY-SA 3.0]

Alors que nous allons bientôt « fêter » la première année de l’élection de Donald Trump, il est bon de jeter un petit coup d’œil dans le rétroviseur pour se remémorer ces années Obama (2009-2016) qui semblent déjà si lointaines. Souvenons-nous en effet qu’en plus d’avoir été le premier Afro-Américain à occuper le bureau ovale, Obama fut aussi assurément le Président le plus « cool » de toute l’histoire des États-Unis mais aussi une véritable icône de la pop-culture.

Pendant les huit années qu’il aura passé à la tête de la première puissance mondiale, on n’aura cessé en effet de le voir sourire et blaguer, mais aussi chanter (Sweet Home Chicago en 2012 en compagnie de B.B. King et de Mick Jagger), danser (par exemple avec Michelle sur Thriller pour Halloween en 2016), jouer au basket, se prêter à des interviews décalées ou faire des selfies (comme aux obsèques de Mandela en 2013…). Et tout cela sans jamais se ridiculiser.

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« The Black Gestapo » (1975), la blaxploitation et les Black Panthers

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(domaine public)

Parmi les films d’exploitation les plus tordus des tonitruantes seventies – au nombre desquels bien sûr le cultissime Ilsa, la Louve des SS (1975) – voici une petite curiosité qui vaut le détour, pas tant pour ses qualités divertissantes (très relatives) que pour son sous-texte politique.

The Black Gestapo (Lee Frost, 1975), au titre on ne peut plus racoleur et douteux, s’inscrit en effet dans le sous-genre blaxploitation et, à ce titre, fut largement influencé par l’air du temps synonyme de contestation noire, de Black Power et de Black Panthers.

C’est un fait, au début des années 70 l’organisation marxiste noire créée par Huey Newton et Bobby Seale, originellement baptisée The Black Panther Party for Self-Defense, était à l’apogée de sa renommée. La simple image de Noirs en uniforme (veste en cuir et béret noir) paradant au cri de « Off the Pigs ! » (à bas les cochons ! = les flics) eut un impact sismique sur la communauté afro-américaine galvanisée et plus encore sur la majorité blanche terrorisée. Rien d’étonnant dès lors à ce que le cinéma de blaxploitation s’en inspire.

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« Pourquoi le cinéma français est-il de gauche ? »

cinema-et-politique2« Pourquoi le cinéma français est-il de gauche ? » Voilà, sans crier gare, la question que me posa – sur un ton légèrement agressif – un journaliste de L’Express alors que je venais à peine de décrocher mon téléphone et que je déjeunais tranquillement à table avec mes kids il y a une semaine de cela.

A froid comme ça, ça fait un peu bizarre… Pas évident d’y répondre à brûle-pourpoint. C’est pourtant ce que je fis en lui demandant pour commencer d’où il tenait cette information (de quelle source statistique exactement ?) et surtout ce qu’il entendait par « de gauche » ? La « gauche caviar » ou la gauche-gauche vraiment de gauche ? Et puis j’ai hasardé une amorce d’explication en lui disant que s’il y avait une tendance « de gauche » dans la cinéma c’était sans doute parce que la culture attirait essentiellement au départ des gens qui ne partageaient pas les mêmes valeurs et ambitions que les gens « de droite » qui se tournaient eux plus volontiers vers des carrières plus lucratives, plus sûres et plus respectables. Bref, on discuta ainsi un bon quart d’heure – au bas mot – et, comme c’est souvent le cas, ledit journaliste ne retint de notre conversation qu’une pauvre phrase notée à la volée qu’il « cita » approximativement dans son article – en faisant des erreurs…

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