Martin Scorsese en BD : 10 questions à Amazing Améziane

Il y a tout juste un mois, Martin Scorsese donnait le dernier tour de manivelle à son prochain film Killers of the Flower Moon qui marquera sa sixième collaboration avec Leonardo DiCaprio et sa dixième avec Robert De Niro. Et dans un mois « Marty » fêtera ses 79 ans. L’occasion de se plonger dans ce roman graphique qui vient de paraître, une biographie retraçant la vie et l’œuvre du grand réalisateur italo-américain, signée par un certain Amazing Améziane, auteur français déjà responsable de plusieurs bandes dessinées à succès comme 1984 (2021) d’après Orwell, Miss Davis (2020) sur la militante communiste afro-américaine Angela Davis ou Muhammad Ali (2015) sur le célèbre boxeur, ouvrages d’ores et déjà traduits en plusieurs langues.

L’intérêt de ce Martin Scorsese réside d’abord dans le fait qu’il s’agit d’une biographie, résumée certes, mais qui n’en couvre pas moins toute la vie et toute la carrière du cinéaste, depuis son enfance à Little Italy jusqu’à son implication dans Joker (et la polémique qui s’ensuivit sur sa critique des productions Marvel). Bon, certains passages ont été quelque peu euphémisés il est vrai (notamment l’addiction de Marty à la cocaïne dans les années 70). Il n’empêche l’exercice a l’avantage de proposer des images qui pour la plupart n’existent pas ; celles de Marty enfant souffrant de ses crises d’asthme ; celles de son oncle Joe, petit malfrat qui lui inspirera le personnage de Johnny Boy (De Niro) dans Mean Streets ; celles du jeune Scorsese enseignant en cinéma à la New York University à la fin des années 60 (à un certain Oliver Stone notamment), etc. Bien sûr pour quiconque connait la vie de Martin Scorsese sur le bout des doigts (et/ou ayant lu la biographie que je lui ai consacré en 2019 – Martin Scorsese, l’affranchi chez Nouveau Monde) il n’y a pas vraiment de scoop ici, mais la plus-value est ailleurs. Car en plus d’être un bel objet de presque 400 pages (au prix modique de 22,90 euros), le livre a la bonne idée d’alterner les styles graphiques selon les périodes de la vie de Marty (le noir et blanc pour l’enfance par exemple) mais aussi de placer, ça et là, l’air de rien, quelques beaux clins d’œil aux chefs d’œuvre du 7e Art adorés par Scorsese (au hasard, Citizen Kane, Huit et demi ou The Great Train Robbery). Voilà, au final ce « Martin Scorsese en BD » est un ouvrage bien documenté (j’ai cherché les erreurs et n’en ai trouvées aucune), original et astucieux. C’est aussi un bel hommage à un réalisateur de génie, au cinéma du Nouvel Hollywood (on y croise bien sûr toute la bande des movie brats, les Coppola, De Palma, Spielberg, Lucas…) et surtout au 7e Art qu’Amazing Améziane semble particulièrement apprécier.  D’où notre envie de lui poser quelques questions…

Régis Dubois : Peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Amazing Améziane : En février 2022, cela fera 20 ans que je fait de la BD et des COMICS et j’aurai produit 22 livres, j’en ai écrit la moitié et fait le design de tous.

J’ai une formation de graphiste avec spécialisation illustration et j’ai bossé comme illustrateur dans le presse magazine, ainsi que Directeur Artistique d’un magazine de rap old school ; L’Affiche. Et j’en ai eu marre de bosser pour les autres et j’ai écrit CLAN, un scénar de Yakuza, une version moderne de Zatoichi en 2001 (avant le film de Kitano, donc). Mais je n’ai pu le dessiner que 14 ans plus tard, car rien ne se passe jamais comme on le veut…

Coppola disait que le truc qui vous font virer quand vous êtes jeunes, c’est les mêmes qui vous feront connaître. Les éditeurs me trouvaient trop comics à l’époque et maintenant, je fais un livre aux USA qui est traduit chez Panini Comics France. Sacré Francis…

J’ai créé ma SOUL TRILOGY composé de 3 biopics situé autour de l’année 1971. Il y a MUHAMMAD ALI (Le Lombard, 2015) Best-Seller du New York Times, MISS DAVIS, La vie et les combats de ANGELA DAVIS (Éditions du Rocher, 2020)  qui sera publié aux USA chez FANTAGRAPHICS en 2022. Les 2 livres sont scénarisés par Sybille Titeux de la Croix.

Et finalement ma première production US, BIG BLACK: STAND AT ATTICA (Boom! Studios, 2020), d’après un scénario de Jared Reinmuth. Nous avons été nominés aux Eisners Awards 2021.

Au premier abord, ça a l’air sympa mais personne ne me connaît, c’est aussi dû à 15 ans de traversée du désert à faire des livres avec les maisons d’édition qui fermaient les unes après les autres ou étaient rachetées et quand le nouveau patron arrivait, il virait tout le monde.

Donc j’ai un sacré paquet de bouquins aussi bons que ceux que je fais aujourd’hui que personne n’a vu. Je vais tenter de remédier à cela…

RD : Pourquoi avoir choisi de créer ce roman graphique sur Martin Scorsese ?

AA : Après avoir produit 470 pages sur 3 graphic novels pour ma SOUL TRILOGY plus les 232 pages de l’adaptation de 1984 d’après ORWELL, j’avais besoin de souffler. J’étais devenu « l’architecte de la douleur » en BD, et je voulais raconter une histoire où personne ne meurt ou se fait torturer par un pouvoir totalitaire qui ressemblait de plus en plus à ce que je voyais sur BFM.

J’ai réfléchi au projet que je voulais faire par dessus tout et c’était MARTIN SCORSESE. Je savais que je ne pourrais pas m’arrêter avec lui, et que j’allais continuer à explorer la vie de mes réalisateurs préférés.

Je savais que contrairement à un Steven Spielberg ou un George Lucas, la vie de Scorsese était mouvementée, excitante, de vraies montagnes russes. Je suis fan depuis plus de 30 ans, et pendant tout ce temps, j’ai dévoré tout ce que je pouvais trouver le concernant. Donc ce livre m’a prit 30 ans et 12 mois à faire.

Avec le format du graphic novel tel que je le conçois, je peux raconter presque autant d’histoires que la moitié d’un livre comme le tien, mais en plus j’ai les images où je peux montrer, ce qui est juste suggéré dans les livres de cinéma. Même un documentaire doit avoir les images ou les recréer. Moi je suis plus libre car je peux faire un film entier à la manière des AFFRANCHIS et avoir Martin à la place de Henry Hill.

Le livre commence par la première séquence des AFFRANCHIS, la nuit sur la route derrière une voiture, dedans 3 hommes. Martin Scorsese, Joe Reidy son premier assistant, et Michael Ballhaus son directeur de la photo. Ils descendent de voiture et on les suit dans un plan séquence jusqu’à ce qu’on apporte le siège de Martin et qu’il s’assoit en disant face caméra « Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu devenir un réalisateur. » Et là, tous les fans hardcore de Scorsese vont entendre dans leur tête les premières mesures de « Rags to Ritches ». Alors mon film/BD commence.

On voit un projecteur qui passe des images en Noir et Blanc (début de MEAN STREETS) et on voit un gosse qui flotte dans le ciel, attaché par une corde à un pâté de maison de Little Italy (là c’est 8 1/2 de Fellini et l’asthme de Martin). Et nous ne sommes qu’en pages 15 de ce bouquin de 384 pages. Martin nous raconte l’histoire des grands-parents et plus tard la sienne.

Le livre finit par les derniers dialogues de CASINO, sauf qu’ici c’est pas les casinos mafieux qui sont morts, tués par Disney (déjà), c’est le vrai cinéma.

Dernier plan, la séquence qui a inspiré Martin pour le dernier plan des AFFRANCHIS, THE GREAT TRAIN ROBBERY (1903) par E.S. Porter.

Si dans un livre sur Scorsese on dit que le petit Marty était triste ou fasciné par les mafieux, je peux montrer ce regard humide ou émerveillé par ces belles voitures aux ailerons de requins. Derrière lui, je peux montrer son père qui désapprouve cela au plus haut point.

Je peux en BD offrir un couche supplémentaire de lecture, c’est pour cela que j’ai voulu des livres sur le cinéma.

Mes livres sont complémentaires des livres de cinéma, c’est une évolution à mi-chemin entre le livre et le film.

RD : En quoi te sens-tu proche de lui ?

AA : J’ai grandi dans un cité en banlieue parisienne, dans un appart sans livre, élevé par une mère Italienne qui utilisait ses pizzas comme John Wick utilise ses pièces d’or, et un père silencieux mais à la grande force morale. Si ça vous rappelle quelque chose, c’est normal, le film de mon enfance aurait pu s’appeler « ITALIANALGERIAN »…

Comment devenir un artiste quand tu ne connais personne, tu ne sais pas où aller ni même comment faire ? Comme lui. Du coup, tu absorbes le maximum d’infos, de connaissances et tu fais les trucs dans ta chambre, en espérant pouvoir y arriver un jour, sauf que tu ne sais pas où, quand, comment.

Juste pourquoi. Comme lui.

Donc imaginer l’enfance et les débuts de Scorsese ne fut pas trop difficile pour moi, j’ai fait mes devoirs donc je connaissais les moments clés et aussi comment les relier entre eux. Martin a commencé par dessiner tous ses films, après il a eu accès aux moyens de productions. Ce ne fut jamais mon cas et je suis donc resté coincé à dessiner mes films. Et c’est exactement comme ça que je le vois.

Si en plus tu es un petit gars nerveux, dans un quartier pas trop dangereux mais presque, avec une grande gueule et beaucoup d’humour, ça aide à cerner la personnalité de Martin.

Quand je regarde ses films, je ne me dis pas « ils sont fous ces ricains ». Je suis comme à la maison.

RD : Quel a été ton premier film de Marty ? Ton premier « choc scorsesien » ?

AA : TAXI DRIVER, enregistré en VHS en 1986 sur M6, avec toutes les pubs pourries au milieu. Le choc. L’année d’après je regarde RAGING BULL et là, je sais que je viens de voir l’un des plus beaux films de ma vie.

Puis LES AFFRANCHIS finissent de me transformer en fan de Scorsese pour toujours, à de cette période, je vais voir en salles à Paris tous ses films disponibles à l’époque.

RD : Quel est ton meilleur film de Scorsese et pourquoi ?

AA : Pendant des années, c’était TAXI DRIVER ou LES AFFRANCHIS que j’ai dû voir au moins 20 fois chacun.

Mais maintenant, mon film préféré, et pas seulement parmi les films de Scorsese, c’est RAGING BULL. C’est une histoire formidable, un mec dont beaucoup – même dans son équipe de tournage – se sont demandés pourquoi faire un film sur ce sale type… Mais c’est justement le désir de Martin d’aller sonder les profondeurs de l’âme humaine qui lui a plu.

Les images sont à pleurer tellement c’est beau. Rajoute la musique de Pietro Mascagni et on touche au sublime. Ce film est parfait.

Sachant que Martin pensait faire ici son dernier film, il s’était donné une ultime chance de faire un long métrage qu’on puisse mettre à coté d’un film de FELLINI ou KUROSAWA sans avoir honte. Puis, il pourra mourir…

Comment en tant que fan de cinéma mais aussi en tant qu’artiste ne pas respecter la force et la volonté de s’être battu pour imposer ce film. UNITED ARTIST voulait juste un film de boxe à mettre à coté de ROCKY II, dont Irwin Winkler détenait les droits, ils ont eu l’un des plus beaux films américains et ils ne s’en sont presque pas aperçus car ils faisaient faillite au moment de sa sortie.

L’art doit nous pousser dans nos derniers retranchements, il doit être invasif et  provocateur. Pas seulement en disant « Fuck » 200 fois, mais aussi en faisant un film comme personne d’autres n’en avait fait avant.

RD : Comment as-tu procédé pour créer ce roman graphique, en terme de documentation, etc. ?

AA : J’ai réuni mes livres accumulés pendant 30 ans, et j’ai regardé ce qu’il y avait comme nouveau livre. Je suis tombé sur le tien. Le temps que le libraire le commande, j’avais conçu ma structure. Puis quand j’ai lu ton livre, ça commençait par Scorsese à l’hosto en 1978. J’ai changé le début.

Je crois t’avoir maudit pendant au moins 19 secondes.

Puis j’étais content d’avoir trouvé la forme du livre qui me plaisait.

J’ai remis ma structure à plat et réalisé que son problème d’addiction était moins central dans mon livre, donc j’ai utilisé l’option B, celle de faire un Film/BD dans le style des AFFRANCHIS. J’ai relu mes livres de ciné et emprunté ceux que je n’avais pas. La liste est dans mon livre.

Bien évidemment, j’ai revisionné tous ses films et regardé la majorité des interviews sur YouTube. J’écoutais cela au casque pendant des mois quand je travaillais et si une phrase ou une information me plaisait, je la notais.

De la sorte, je m’habituais à son vocabulaire, son rythme pour raconter les histoires. La moitié des voix off du livre sont des phrases de Scorsese, l’autre moitié, c’est moi.

Je travaille assez vite, car le numérique me permet d’organiser mon travail correctement. Je ne fais pas tout le livre en croquis, plus le crayonné et l’encrage/couleur. Ce qui revient à faire le livre 3 fois.

Je commence par une double page blanche mais je sais où je suis dans le livre. Et à la fin de la journée, je dois avoir fini cette double page. Je sais ce qu’il y aura dessus, je sais ce qu’il y a avant et après, je sais ce que je veux que cela dise. J’ignore juste comment y arriver. Je fais le livre dans le désordre (page 27, 56 à 63, la fin, etc…). De la sorte,  je ne m’ennuie jamais. Pas d’angoisse de la page blanche. Je fais ce que je veux quand je le veux.

Si je suis crevé ou j’ai la grippe, je fais une page « facile » ou je corrige celles que j’ai foirées. Sinon j’avance et quand j’ai tout fini, je retravaille le montage, les couleurs.

Je choisis le style graphique, la référence ou le type de narration. Parfois c’est juste 9 cases par page, ou juste 3 cases avec le texte sur le coté. Mais cela peut être aussi un faux magazine de ciné avec beaucoup plus de texte ou une illustration pleine page. J’ai une liberté absolue. Tant que cela sert mon sujet. Avec Scorsese, les références sont légions, la narration très stylisée, le montage violent. Donc mes surprises graphiques sont parfaitement adaptées à son style. Si je devais faire John Cassavetes, je serais plus sage au niveau narratif.

RD : Pourquoi avoir éludé la question de l’addiction de Scorsese à la cocaïne dans les années 70, alors que lui en parle dans des interviews ? Est-ce un choix personnel guidé par une forme de décence ? Ou une demande de l’éditeur d’euphémiser les faits pour toucher un plus large public ?

AA : J’ai une totale liberté artistique. Chaque trait, chaque ligne de dialogue a un sens et personne ne m’impose quoi que ce soit. Aucun éditeur m’aurait laissé faire 384 pages, à part Les Éditions du Rocher. Le premier compte faisait 280 pages quand j’ai fini la première version. J’ai juste rajouté 100 pages…

Je ne pensais pas que son problème avec la drogue soit une caractéristique importante de sa personnalité, elle a été un élément de sa vie mais pas celui qui a influencé ses films. Cela a un peu ruiné NEW YORK, NEW YORK, mais c’est plus son hubris, le fait de se croire le maître de l’improvisation qui a causé les innombrables retards. Et puis, c’était les années 70, la coke faisait partie des frais fixes d’une production de ciné, à l’époque.

Et puis tout le monde en a parlé, car justement, il l’avait fait à l’époque. Je voulais y faire allusion mais sans la nommer. C’est plus marrant. Quand il est au festival de Telluride, Steven Prince va lui chercher quelque chose. Nous, on sait ce que c’est. C’est pas un gars qui bosse chez Haribo.

Martin mets un genou à terre et si on regarde bien l’image Steven lui glisse quelque chose entre les mains jointes comme pour une prière.

Et comme je suis un mec marrant, derrière Steven Prince, il y a un distributeur de sodas où il y a écrit « Yes COKE ». Puis il va au wc et sa pupille se dilate et c’est le drame. Si je peux montrer au lieu de raconter, je ne vais pas me priver. Mon histoire aura autant d’allusion à la coke que dans un autre livre sur Martin mais elles seront plus délicatement distribuées.

Pekinpah était un alcoolique, c’est un élément clé de sa personnalité.

Scorsese n’a pendant toute sa vie eu qu’une seule addiction et c’est le cinéma.

J’ai lu aussi MADE MEN, THE STORY OF GOODFELLAS de Glenn Kenny, dedans une longue interview de Scorsese, la dernière accordée juste avant le confinement mondial. Martin revient sur sa vie, et surtout il prend distance avec le récit de ses jeunes années, il est conscient d’être à l’hiver de sa vie (un très long hiver si possible) et il ne veut pas que l’on ne se souvienne que de ses erreurs de jeunesse. Il ne veut plus citer les noms de certaines personnes, par peur de leur faire du mal. Et je pense qu’il veut que sa famille soit à l’abri.

Je respecte cela et j’ai fait en sorte que les membres de sa famille ne soient pas choqués par ce qu’ils pourraient lire. Je vais raconter sa vie, sans me censurer, mais je vais choisir une approche plus délicate, lorsqu’il s’agit de certains sujets.

J’ai la chance d’avoir des images qui me permettent de faire passer la moitié des éléments ou informations dont mon histoire avait besoin.

Et surtout, je suis saoulé par ces commentaires sur internet où dès que tu colles le nom de Scorsese, t’as un bouffon inculte qui parle de ça. C’est pire sur Tarantino où tu ne peux plus lire un truc sur lui, sans que ça parle de fetish de pieds…

J’ai choisi une approche plus marrante et ça me permet de glisser des dialogues du genre « il a beaucoup neigé ici… ». C’est comme les Simpson ou Pixar, les adultes voient des trucs que les gosses ne captent pas, et l’histoire tient debout sans les références. C’est mieux avec, mais ça marche sans.

RD : Vois-tu un lien entre le métier de réalisateur et celui de dessinateur de romans graphiques ?

AA : Oui, l’art de raconter des histoires, chacun avec des moyens différents.

Le cinéma a un cadre toujours le même et une durée plus au moins variable. Cassavetes disait : « Tu as 2 heures pour changer la vie des gens, ne les gâche pas ». Moi, je peux avoir 384 pages, ce qui revient à 190 minutes de lecture, même si on m’a dit que ça faisait plus. Je peux avoir des cadres de toutes les tailles et je peux garder le lecteur sur une page aussi longtemps que possible ou 7 secondes, au choix. Je peux montrer tout ce que je veux aux lecteurs, que cela soit une bataille cosmique, des westerns, ou avoir Coppola, De Palma et Cassavetes qui jouent dans ce film de papier. Je n’ai de limite que mon imagination ou ma flemme. Tout ce que je peux imaginer, je peux le dessiner.

Scorsese m’a d’ailleurs beaucoup inspiré pour trouver mon style, le fait d’avoir une caméra (un cadre) très présent, une technique très affirmée, un montage agressif, tout cela m’a permis de trouver ma voie.

Scorsese parle de la « Moralité du plan ». Chaque élément dans le plan doit avoir un sens et son importance. Parce que « c’est cool », n’est pas une bonne réponse. La façon dont il filme Sharon Stone dans CASINO, rien qu’à regarder les cadrages sur elle, on sait ce que les personnages pensent d’elle. Joe Pesci la voit comme un objet sexuel, il est focalisé sur certaines parties de son anatomie et c’est une plongée, Pesci est en haut. Avec De Niro, Stone est à égalité, voire il l’idolâtre… au début. Je me dois de faire la même chose.

Je ne vais pas avoir Scorsese qui va parler de ses influences non-stop dans le livre, sinon, c’est un livre sur Fellini et Welles et pas sur lui. Je peux alors choisir à quel moment je vais utiliser ses influences et m’en inspirer pour faire comprendre que Scorsese pense et vit le cinéma. Si je veux faire un film/BD sur lui, je dois avoir ces plusieurs niveaux de lectures, pour le lecteur curieux, pas fan de cinéma, mais il ou elle a vu un ou deux films de Scorsese. Il faut que ce lecteur(trice) suive jusqu’au bout. Ensuite tu as le fan de Scorsese, il a vu une partie des films, généralement les plus connus et il s’attend à voir ceux-là dans le livre, le reste, c’est cadeau. Et tu as les cinéphiles avertis. Eux connaissent l’œuvre de Scorsese et connaissent ses références. Certains ont même écrit des livres sur lui et ses confrères. Je dois donc écrire 3 livres qui ne doivent en faire qu’un à la fin. Exactement comme Martin conçoit ses films.

RD : As-tu l’intention de faire parvenir ton livre à Martin ?

AA : Si d’aventure, j’arrivais à mettre la main sur une adresse où lui envoyer, je serais ravi et terrorisé à la fois. Je me vois bien passer un week-end entier à récrire une lettre de 4 pages… car j’ai beaucoup de choses à lui dire.

Cela serait formidable, et encore plus si il pouvait le lire en anglais. Je travaille aux USA aussi, mes livres y sont traduits, on ne sait jamais ce qui peut arriver…

RD : Ce livre s’inscrit dans une trilogie consacrée à des réalisateurs. Le prochain évoquera la vie et l’œuvre de Tarantino, et le suivant alors ? Spike Lee peut-être ?

AA : Je ne peux pas faire tout comme toi, quand même. J’aime beaucoup Spike Lee, je ne dis pas que si je continue à faire des livres de ciné, dans une prochaine CINÉ TRILOGY, je pourrai faire SPIKE. Mais pas tout de suite.

C’est aussi plus simple quand le réalisateur est proche de la fin de sa carrière, ce qui est loin d’être le cas pour Spike Lee.

J’ai une courte liste pour clore la première CINÉ TRILOGY, mais je le saurai à 100% que quand j’aurai fini TARANTINO et si les Éditions du Rocher sont d’accord avec mon choix. Si ça marche, je me vois bien faire un livre de ciné par an, jusqu’à ce qu’on me vire ou que je claque.

 J’ai une liste énorme que j’aimerai faire, Cassavetes et Pekinpah seraient formidables à raconter. C’est aussi important d’avoir des artistes qui ont vécu des choses fortes. J’ai aussi besoin d’avoir un angle narratif original, parce que si c’est pour raconter la même chose que dans les livres de cinéma, ça ne sert à rien, ces bouquins sont très bien. J’ai besoin de rendre ça personnel, un minimum. Tarantino va être très marrant à faire et encore plus à lire. Car Quentin est un type exubérant. Un livre sur Christopher Nolan serait très dur à faire pour moi par exemple. Je laisse encore la porte ouverte en ce qui concerne le volume 3 de ma (première) CINÉ TRILOGY. Je veux qu’il y ait une cohérence entre les 3 livres. Rendez-vous en 2023.

Illustrations de Amazine Améziane – avec l’aimable autorisation de l’auteur

Amé -> ameziane.blogspot.com

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