Hamburger film sandwich, des Nuls aux Inconnus

The Kentuky Fried Movie (Hamburger film sandwich) de John Landis (1977)

Le film débute par un journal télévisé dans lequel le présentateur annonce des informations quelque peu insolites avant qu’un gorille emmené sur le plateau pète littéralement les plombs et saccage tout quand on le présente comme impuissant. Puis nous passons à une fausse pub, puis à une bande-annonce de film érotique, etc.

John Landis, futur réalisateur des Blues Brothers (1980), du Loup-garou de Londres (1981) et d’Un fauteuil pour deux (1983) – mais aussi des clips Thriller (1983) et Black or White (1991) de Michael Jackson – débuta précocement dans le métier dès l’âge de 21 ans par un petit film autoproduit intitulé Schlock (1971) racontant l’improbable histoire d’un gorille « évolué » semant la panique dans une petite ville de Californie.

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John Landis en 2005 (domaine public)

Après ce film-hommage aux monsters movies, il se lança quelques années plus tard dans la confection d’un autre film parodique, ce fameux Hamburger film sandwich. Vraisemblablement influencés par les pitreries de l’émission Saturday Night Live (animée par John Belushi, Dan Aykroyd et Chevy Chase) et par celles des Monty Python en Angleterre, les ZAZ (a.k.a Zucker, Abrahams & Zucker, futurs auteurs de Y’a-t-il un pilote dans l’avion – entre autres) eurent l’idée de ce patchwork de sketchs parodiant les programmes télé US et les bandes-annonces de films de genres, et confièrent le tout à Landis. Au menu : un faux JT, des fausses pubs, un faux téléfilm, des films éducatifs détournés et de savoureuses fausses bande-annonces de films grindhouses : sexploitation (« Lycéennes catholiques en chaleur »), kungfuxploitation (« Pour une poignée de yens »), films catastrophes (« Il était une fois Armageddon ») et blaxploitation avec une parodie de Cleopatra Jones rebaptisée pour l’occasion « Cleopatra Schwartz » (après que l’héroïne se soit mariée avec un rabbin…).

Tout cela est bien sûr complètement débile, niveau ado pré-pubère retardé, mais c’est aussi le but. On nage en plein humour noir loufoque et absurde avec un zest de critique sociale dynamitant le bon goût comme les bonnes mœurs. Qu’on songe au sketch de l’enfant mort que ses parents trimballent partout (sic !) ou aux scènes de nus bien corsées (le film fut d’ailleurs classé R). On déteste ou on adore, mais le fait est que ce Hamburger film sandwich connaitra un énorme succès avec vingt millions de dollars de recettes pour un budget de un million, devenant l’un des films les plus lucratifs des années 70.

Alain Chabat en 2006 [ph. Pascal Fernandez – CC BY-SA 2.5]

Il fera surtout de nombreux émules de ce côté-ci de l’Atlantique où il remporta le Grand Prix du Festival du film d’humour de Chamrousse en 1979 et inspirera manifestement les deux bandes de comiques les plus célèbres des années 80/90 : Les Nuls d’abord (Alain Chabat, Bruno Carette, Chantal Lauby et Dominique Farrugia) avec leurs nombreuses parodies de films et d’émissions, via le « JTN » ou « TVN 595 », et jusqu’à La Cité de la peur (1994) qui recycle la chanson « La Carioca » (utilisée au générique du film de Landis) ; Les Inconnus ensuite (Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus) avec « La télé des Inconnus » (1990-1993) qui reprendront carrément un sketch de Hamburger film sandwich en l’adaptant au contexte français – celui où un animateur casse-cou hurle en plein quartier noir « Sale nègres ! » avant de s’enfuir à toutes jambes. Bref, toute une époque – à des années lumières des polémiques stériles lancées par CopyComic. Notons qu’en 2001, quand Alain Chabat lancera un nouveau jeu télévisé humoristique, il choisira – est-ce un hasard ? – le nom de « Burger Quiz ».

Les Inconnus en 1996 [ph. Georges Biard – CC BY-SA 3.0]

© Régis Dubois 2019

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