Malaise chez les scénaristes de séries françaises

filmmaker-2838945_1280Pourquoi les séries américaines sont-elles si réussies ? Et pourquoi n’en est-il pas de même en France ? Rencontre avec un scénariste français, Alain X., 68 ans, trente ans de métier, spécialisé dans le polar (nous avons choisi pour cet entretien de cacher son identité).

Propos recueillis par Astrid Condis y Troyano, spécialiste en cultural studies, réalisatrice et scénariste. 

AC : Quel état des lieux pour les scénaristes en France ?

Alain : Ici, en France, on subit une situation très particulière. Avant la Nouvelle Vague, tout était organisé dans une forme de complémentarité respectueuse entre scénaristes et réalisateurs, marquée par la sacralisation des deux métiers. Avec la Nouvelle Vague, la sacralisation s’est focalisée sur la notion d’ « auteur » et il a été décrété que l’auteur d’un film était uniquement… le réalisateur…

Enivré par cette nouvelle vision de lui-même, le réalisateur s’est mis à signer les films, comme un peintre signe ses tableaux, se positionnant comme unique créateur de l’œuvre. La politique des auteurs a complètement validé cette posture de domination absolue des réalisateurs sur les scénaristes. A partir de là, l’apport des scénaristes dans une œuvre a été comme invisibilisé, minoré.

Ça a eu des répercussions directes non seulement sur la condition matérielle des scénaristes mais aussi sur leur champ de liberté créative.

AC : Avez-vous des exemples concrets de l’effet de la « politique des auteurs » sur la fonction de scénariste ?

Alain : Il y en a des dizaines. Par exemple, la part allouée à l’écriture d’un film cinéma est de 3,3% en moyenne sur tout le budget d’un film. Le secteur de l’écriture est totalement sous-financé, laissant comprendre que les scénaristes sont en fait exploités, obligés d’écrire à risque ou de réécrire de multiples versions du projet, sans jamais être payés.

Autre donnée révélatrice : à travail égal, un réalisateur dans la phase de développement du scénario sera généralement mieux rémunéré qu’un scénariste, qui reste pourtant LE spécialiste dans la phase écriture, celui sans qui rien n’est possible. Les réalisateurs ont des privilèges hérités de la politique des auteurs.

Troisième exemple : à la télévision française, contrairement à ce qui se pratique aux États-Unis, les scénaristes ne sont pas consultés pendant le tournage de l’unitaire ou de la série qu’ils ont écrit. Tout est fait pour qu’ils soient coupés brutalement de leur œuvre. Ce procédé d’éviction, toujours au profit du réalisateur, génère souvent des projets dégénérés, dégradés. Un peu comme si on enlevait systématique leur bébé aux mères qui accouchent parce qu’une loi malsaine aurait décrété qu’elles n’étaient pas habilitées à élever leurs enfants…

AC : Dans cet ordre d’idée, c’est à confirmer mais je ne souviens d’une amie scénariste qui m’avait expliqué que même sans avoir écrit une ligne d’un projet série, le réalisateur dès l’instant où il réalise le premier épisode, devient co-auteur de la série.  Je ne sais pas si c’est une légende urbaine ou si c’est bien réel ? Mais quelles seraient les solutions concrètes pour sortir du problème ?

Alain : Il ne s’agit surtout pas de faire perdre leurs droits aux réalisateurs mais plutôt de comprendre en quoi cette situation, héritée de la Nouvelle Vague, n’est plus viable. Elle a des répercutions à tous les niveaux de la vie des scénaristes mais aussi directement sur la qualité de l’ouvrage. Ceci explique en partie les faiblesses de la fiction française. Je dis bien en partie car, une des raisons fondamentales qui freine la qualité française, reste la frilosité de beaucoup de décideurs, sous prétexte d’audimat.

AC : Des exemples de cette frilosité ?

Alain : Des centaines, souvent aberrants. « Dix pour cent », le grand succès de France 2, depuis 2015. La série a mis dix ans à se vendre, ou pas loin. Dominique Besnehard était convaincu qu’une série sur les stars françaises pouvait marcher. Les décideurs des chaines étaient, eux, convaincus que les projets sur le monde du cinéma et du théâtre n’intéresseraient jamais les téléspectateurs !

C’était le mythe des années 90-2000. Et la raison pour laquelle d’ailleurs, les scénaristes télé, ne proposaient plus rien sur le sujet, vu les refus systématiques des décideurs au sein des chaines.

A partir du moment où un mythe est organisé dans le monde des décideurs, les scénaristes doivent s’y plier, même si le mythe est clairement idiot. Le scénariste de télévision vit donc dans la censure et l’autocensure permanente et ne peut plus proposer grand chose d’innovant ou d’original.

A force de mythes de ce genre, la télé a perdu l’intuition des créatifs et son audience jeune.

AC : C’est à dire ?

Alain : C’est à dire que l’âge moyen d’un téléspectateur télé se situe aujourd’hui dans la fourchette des 60-80 ans… Pour vous dire à quel point les décideurs des chaines sont dans l’échec de leurs mythes.

Les chaînes hertziennes sélectionnent encore trop souvent des projets mous et conventionnels. Ou pire : ils achètent des projets intéressants mais finissent par les vider de leur contenu subversif ou original. Quand un projet est réussi à la télé, c’est de l’ordre de  l’accident.

AC : Vous êtes très sévère, ça peut changer, non ?

Alain : Il paraît, oui. Ça fait plus de quinze ans qu’on attend le changement ! Mais en réalité, je ne vois pas comment ça pourrait changer. Les discours des décideurs ont certes évolué, mais dans les faits, ils continuent d’appliquer leurs mythes anciens. C’est ainsi qu’on assiste à une schizophrénie régulière chez eux : ils prétendent vouloir tout changer mais ne font rien. En réalité, il faudra sans doute attendre une trentaine d’années et que la nature fasse son œuvre.

AC : Comment ça « que la nature fasse son œuvre ? »

Alain : Bien, que les gens assis depuis vingt dans les fauteuils aux seins des chaines prennent leur retraite !

AC : C’est démoralisant ce que vous racontez.

Alain : J’ai 68 ans, et plus de 30 ans de métier. Mais si vous voulez, restons positifs… Face à cette réalité de terrain qui peut plomber le travail créatif, il y a des solutions. Par exemple, à la télévision, les scénaristes devraient pouvoir intervenir dans toutes les phases de la création, au moins comme conseiller artistique. Il y aurait plus de cohérence dans le résultat et une vraie qualité pourrait plus facilement émerger.

Au cinéma en particulier (mais ça s’applique aussi à la télévision), il n’est pas normal qu’on demande aux scénaristes de réécrire leur projet à l’infini, sans jamais les payer. Encore une fois, il s’agit d’exploitation.

Et comme aux États-Unis il faudrait organiser plus d’actions syndicales collectives. Lutter contre l’individualisme et la passivité morbide qui tuent ce métier. L’action commune devrait être frontale, sans concession. Et la solidarité aussi. Du scénariste le plus reconnu jusqu’au plus jeune (même débutant non signé). S’il n’y a pas de solidarité totale et pleine, il n’y aura aucune avancée.

AC : Est-ce que cette condition actuelle des scénaristes a des incidences sur la qualité des projets français ?

Alain : Oui. Pour créer un bon projet, il faut un climat où le scénariste soit libéré de sa condition. Comme aux États-Unis.

Canal+ a libéré ses scénaristes pour « Le Bureau des légendes » et « Les Revenants ». Simplement en mettant en place des techniques de fabrication différentes des méthodes traditionnelles en France. Eric Rochant a été désigné comme « showrunner » pour « Le Bureau des légendes ». Il a supervisé l’écriture et la réalisation de chaque épisode de la série. Ce qui a permis une vraie cohérence. Le travail des scénaristes a pu être respecté jusqu’au bout.

Pour « Les Revenants », il y eut aussi une particularité dans le processus de création. Si cette série a fonctionné, c’est parce qu’il y a eu un lien entre la phase d’écriture et la phase de réalisation. Ce lien s’appelle Fabrice Gobert, le réalisateur… Qui est aussi un des scénaristes du projet.

En dehors de la France, on peut retrouver ce type de climat bénéfique dans la série danoise « Borgen » où Adam Price et ses co-scénaristes Jeppe Gjervig Gram et Tobias Lindholm ont pu travailler sans l’intervention directe des gens de la chaine DR1. Pour cette série, exceptionnellement, un seul intervenant a chapeauté tout le développement, et les décisions qui étaient prises étaient validées uniquement par lui, sans en référer à toute la hiérarchie de la chaine.

Moins de pressions, moins d’incohérences (plus il y a d’intervenants, plus les retours sont susceptibles d’être contradictoires), les scénaristes ont écrit dans une sérénité, sans censure. Et le succès a suivi : la série s’est exportée dans le monde entier.

AC : Donc les chaines françaises sont capables de libérer les scénaristes !

Alain : Oui, en tout cas, certaines catégories de scénaristes… Les scénaristes-réalisateurs… On revient toujours à la sacralisation du réalisateur… En fait, les chaines reconduisent elles aussi l’idéologie de la Nouvelle Vague et cette suprématie du réalisateur, à qui on offre plus de pouvoir du fait qu’il serait l’« auteur ».

Dans un autre genre, mais qui tourne aussi autour de cette notion sacralisée de « l’auteur », le travail des scénaristes-écrivains est lui aussi un peu plus respecté à la télévision. Je veux dire, un écrivain devenu scénariste par opportunité, verra son scénario moins remis en question. Les gens qui viennent de la littérature sont davantage respectés par les décideurs, parce qu’ils sont déjà estampillés « auteur » dans un autre monde, celui de la littérature.

Troisième catégorie : un scénariste venu du cinéma aura lui aussi un tout petit peu plus de pouvoir… Au fond, il n’y a que les scénaristes télé qui sont soupçonnés par les décideurs de ne pas être de vrais auteurs à part entière et qui n’ont souvent pas droit au respect artistique afférent.

AC : He ben… C’est rassurant tout ça :-/…

Alain : les scénaristes français n’ont pas une belle condition de façon générale, de toute façon. Il faut voir ce qu’on leur fait subir ! J’ai vu des vols, des saccages de projets, des vies détruites. Tel scénariste est viré du projet qu’il a écrit pour que le producteur puisse placer un ami. Tel autre pitche son projet à une grosse boîte de prod, qui a bonne réputation et qui semble honnête… La société de production lui dit non… Un an plus tard il découvre qu’elle développe le projet avec ses propres scénaristes… Je suis toujours fasciné, encore aujourd’hui, par le silence des scénaristes français qui vivent dans la peur de tout perdre s’ils osent parler de ce qu’ils subissent de la part de certaines prod. Entrer dans ce milieu peut bousiller des vies et je ne parle même pas de la précarité financière qui y est extrême.

AC : Vous devriez écrire un livre sur le sujet !  

Note : Là, Alain m’a donné des exemples concrets édifiants et qui font réellement peur. Je ne peux pas croire que ce milieu soit aussi pourri. J’ai donc décidé de ne pas publier cette partie qui en plus serait trop longue. Et nous en arrivons directement à la fin de l’entretien où j’ai plus parlé que lui :-/ Du coup, l’entretien s’est renversé !

AC : Les français sont capables de qualité, la France a fait de très bonnes séries dans le passé. Bien meilleures que ce que produisaient les Américains à la même époque. Nous étions à la pointe de la création, par exemple avec « Pause café », ou « Médecins de nuit ». Même en science-fiction, les chaines publiques osaient des séries comme « Noires sont les galaxies », sans grands moyens mais l’ambition artistique était là.

Alain : Cette qualité des séries était due à quoi ?

AC : Dans les années 1970-80, beaucoup de communistes travaillaient au sein des chaines télé. Du décideur au producteur… Du scénariste au réalisateur… Ils détenaient des zones clés de la création. Il faut dire qu’à l’époque, travailler pour la télévision ne faisait pas rêver les professionnels. Pour eux, seul le cinéma comptait.

À contrario, les communistes ont toujours vu la télévision comme un organe de propagande majeur et s’y sont investis dès les années 60 (école des Buttes Chaumont), avec plusieurs objectifs en tête : diffuser leurs idéaux politiques de lutte des classes à travers les émissions et les fictions. Développer une conscience de classe chez les téléspectateurs à travers la production. Mais aussi et surtout : créer une télévision de qualité en soutenant des scénaristes, des réalisateurs de talent, comme Stellio Lorenzi, Marcel Bluwal, Jean Prat, Jean-Pierre Marchand, Raoul Sangla, Paul Seban, Jacques Krier, Maurice Failevic, etc.

Au début, quand la « cellule cinéma » du PCF s’est introduite à la télévision, les projets étaient plus basiques, plus « théâtraux », mais progressivement, l’ambition artistique de ces gens engagés très à gauche a généré de la qualité et sur le fond et sur la forme pour trouver son apogée dans les années 1980. C’est ainsi que dans les séries des années 1970-80, on trouve une vraie cohérence (digne héritière du cinéma de qualité d’avant la Nouvelle vague dont vous parliez), des sous-textes très pertinents sur la situation des dominés (femmes, pauvres, racisés…) et surtout, un « réalisme social » particulièrement émouvant. La pauvreté est mise en scène sans tabou, la misère, les drames sociaux, les enjeux de classes ne sont pas aseptisés ou effacés, ils peuvent être frontalement inscrits dans le récit.

Par exemple, « Pause café » (Georges Coulonges, 1981-89) était une série pour adolescents empreinte d’une certaine pédagogie, mais aussi de réalisme social. Des jeunes se suicidaient, vivaient dans la pauvreté ou exprimaient une révolte politique. Avec les années 1990, les communistes ont été progressivement écartés de la direction des chaînes et remplacés par des financiers qui n’avaient pas de culture politique mais plutôt l’inverse opposé : la culture de l’argent et du chiffre. Sont apparues des projets aseptisés et lisses dont « Hélène et les garçons » pourrait être le symptôme le plus reconnu. Sur les séries en particulier, la France a beaucoup perdu et a pris un retard énorme à cause de cette période qui a tout nivelé par le bas du point de vue qualitatif. C’était l’ère du mépris.

Alain : Je connais très bien ce mépris dont vous parlez.

AC : Un mépris pour les téléspectateurs qui trainait dans les couloirs des chaines dans ces années-là… Doublé d’un mépris pour la culture de masse (donc mépris de la télévision). A cette époque, il semblait inutile à certains directeurs fictions et producteurs de proposer de la qualité, puisque les téléspectateurs étaient considérés comme des décérébrés, incapables de comprendre la complexité, la subtilité, la qualité d’un travail artistique ambitieux.

Aux États-Unis, ce dédain du téléspectateur et de la culture de masse n’a jamais existé et serait même considéré comme une faute professionnelle ! Les succès qualitatifs et quantitatifs des Américains ont fini par obliger les décideurs français à se remettre en question ces dernières années et même s’il reste des traces de ce mépris, les discours témoignent de plus en plus d’une ambition culturelle. Le résultat ne se fait pas encore sentir dans les réalisations mais peut-être un jour…

Alain : C’est de votre âge d’y croire encore.

AC : Je crois au génie français, oui. Et je crois aussi, du fait de ma culture internationale au génie américain dans le cinéma et la télévision.

La série américaine est devenue aujourd’hui le lieu de création majeur. On peut même parler de Nouvelle Vague artistique mais cette fois, ce sont les scénaristes qui l’opèrent Outre-Atlantique et qui nous montrent la voie. Même la littérature, le cinéma ou l’art contemporain semblent dépassés par ce puits créatif qui s’est ouvert depuis une vingtaine d’années à la télévision (« Friends », « Urgences », etc.). Nous sommes à l’apogée de ce format et indéniablement, cela marquera pour longtemps le paysage culturel.

À force de regarder des séries américaines (et certaines européennes), et de m’habituer à ces formats longs où on suit les personnages pendant soixante heures et plus… J’en arrive à trouver le format cinéma un peu court. Je deviens difficile. La série américaine a bouleversé ma perception du récit. Comme le cinéma en son temps a bouleversé la narration théâtrale. Comme la photo a bouleversé la peinture. Et aussi, comme Internet a bouleversé les réseaux de diffusion traditionnels. Internet et les séries américaines sont les deux grandes révolutions culturelles de ces dernières années.

Alain : Et quels sont les secrets des scénaristes américains pour fabriquer cette qualité ?

AC : Ils sont respectés dans leur travail car leurs syndicats sont forts et les protègent en cas d’abus des producteurs, à quelque niveau que ce soit. Ce climat de respect joue énormément sur la liberté de création. Ensuite, les « cultural studies » (gender studies, women’s studies, black studies, postcolonial studies, gay & lesbian studies, subaltern studies…) sont une culture acquise chez les scénaristes américains. Ils les étudient dans les départements de cinéma des universités depuis très longtemps et ça change la donne. Les Américains connaissent les règles de la dramaturgie mais sont capables en plus, de documenter les personnages et le récit avec des données sociologiques et politiques. Tout simplement, ils ont une plus forte conscience de ce qu’ils écrivent. Et comme cette culture est communément partagée avec les décideurs et les réalisateurs, le travail garde une cohérence collective d’un bout à l’autre du processus de production.

En Europe, on retrouve cette influence des cultural studies dans les pays scandinaves et en Grande-Bretagne… Si là-bas ils font aussi de très bons projets, c’est évidemment grâce à ces outils sociologiques qui leur permettent de déconstruire les clichés et de surprendre les téléspectateurs. Voilà leur secret. De mon point de vue et de ceux de beaucoup d’Américains.

>>> Lire aussi cette autre interview réalisée par Astrid Condis y Troyano.

17 comments

  1. Franck dit :

    Bonjour,

    Je ne comprends pas très bien pourquoi vous avez occulté une partie de votre entretien alors qu’il est au coeur de cette intervention sur la réalité de la situation.

  2. Frédéric dit :

    Bonjour,
    Pareil que Franck.
    Quitte à changer les noms pour ne pas faire trop #balancetonprod!

  3. Astrid Condis dit :

    Bonjour Franck,

    J’ai occulté la partie en question parce que l’article était déjà très très long mais aussi parce que tous les exemples de vols, de violences faites aux scénaristes français sont nominatifs, c’est à dire qu’ils mettent en cause des boites de production françaises très connues, des scénaristes et des projets connus et diffusés. Sauf qu’aucun scénariste n’a osé porter plainte. Pourquoi ? Parce que porter plainte revient à 1/ être grillé dans le milieu. Un scénariste qui ose porter plainte, c’est un scénariste mort, il n’y a pas d’autre mot. 2/ la plainte souvent est déboutée en justice et le scénariste perd son procès la plupart du temps. En effet, le droit français n’a pas été conçu pour défendre au mieux les auteurs. 3/ le syndicat français des scénaristes (la guilde des scénaristes) n’a aucun pouvoir et ne peut pas aider l’auteur dans sa démarche. 4/ pour réellement dénoncer les vols (qui sont ultra courants, quasi tous les scénaristes se sont fait voler, moi la première), il faudrait une action collective du genre #metoo. Individuellement, c’est trop dangereux. Or les scénaristes français n’ont pas la culture du collectif pour l’instant. C’est une culture qui se travaille sur le temps… Peut-être un jour… ?

  4. christophe dit :

    Bonjour, interview très intéressante mais je pense qu’il faudrait absolument diffuser la partie sur les « exemples concrets édifiants et qui font réellement peur ». Ça pourrait être très riche en enseignement.
    Merci.

  5. Martine dit :

    Pas mal de propos orientés quand même dans cet entretien par ailleurs très intéressant. C’est dommage. Par exemple : « A travail égal, un réalisateur dans la phase de développement du scénario sera généralement mieux rémunéré qu’un scénariste. » C’est tout simplement parce que le salaire du réalisateur comme technicien (sur la préparation, le tournage, la post prod) est volontairement minoré par la production, les charges étant trop importantes, tandis que sa rémunération en minimum garanti de droits d’auteur (aux charges sociales moindres) est majorée en compensation. Ça n’a absolument rien à voir avec une culture de « politique des auteurs » ! La rémunération d’un réalisateur doit être considérée globalement : moins d’argent comme réalisateur, plus d’argent comme scénariste. C’est d’ailleurs aussi pour ça que certains acteurs sont crédités comme co-scénaristes : c’est tout simplement une manière, pour le dire brutalement, de défiscaliser certains coûts salariaux.

  6. Thib dit :

    Si le journaliste finit par répondre à ses propres questions est-ce vraiment une interview comme le chapeau le promet ? Dommage car ce procédé créer une gêne dans la lecture et empêche d’en apprécier vraiment le contenu.

  7. Baptiste dit :

    Bonjour,
    J’abonde dans le sens des précédents commentaires.
    En tant que jeune scénariste, je commence à avoir un aperçu des pratiques du milieu, et si comme vous, je ne le crois pas pourri à 100%, je crois qu’il y a un vrai problème quant à la considération que reçoivent les scénaristes en France, et j’aurais aimé connaître les exemples d’Alain.
    Merci néanmoins pour cet entretien intéressant!

  8. Martin dit :

    Scénariste et auteur de contenus pour la tv sont les véritables victimes du PAF.
    Il est donc compréhensible que la plupart d’entre nous se fasse payer au noir ou deviennent se que l’on nomme des « nègres ».

    Comment est-il possible que des réalisateurs soient créditer de plus de 10 films en tant qu’auteur?
    Avez-vous conscience vous du grand public… ce que c’est que d’enfanter d’un scénario, une émission de flux ou encore d’un programme…

  9. Astrid Condis dit :

    Si le journaliste finit par répondre à ses propres questions est-ce vraiment une interview comme le chapeau le promet ? Dommage car ce procédé créer une gêne dans la lecture et empêche d’en apprécier vraiment le contenu.===> Je suis désolée que vous n’appréciez pas le contenu de ce texte mais pour vous expliquer le point qui vous gène : c’est un parti pris. Je ne suis pas journaliste et je n’ai absolument pas la volonté de le devenir, ni d’utiliser les procédés journalistiques traditionnels auxquels vous êtes (trop) habitué. Ici, il s’agit plus d’une rencontre et d’un échange entre deux personnes, autour de la condition des scénaristes français. Le procédé est volontairement égalitaire, c’est à dire qu’il n’y en a pas un qui prêche la bonne parole et l’autre qui vient servir la soupe comme on peut le voir dans les ITW journalistiques tradi. Je n’ai aucun goût à l’ITW journalistique, je n’aime pas ça. Pour des raisons intimement politiques que je ne vais pas développer ici car elles feraient débats. Je suis pour l’égalité dans l’échange, chacun apporte ses points de vue. S’ils sont communs tant mieux, s’ils divergent tant mieux aussi. Alain a dit ce qu’il pensait, et moi aussi, tout le monde est content à la sortie. Et dans tout ça, au lecteur de tirer ce qui l’intéresse dans le texte. Alain ne connaissait pas les cultural studies, ni leurs utilisation dans l’écriture scénaristique aux Etats-Unis. Il ne connaissait pas non plus l’Histoire de la télévision sous l’angle décrit dans le texte, c’est à dire l’apport des communistes, la cohérence qu’ils ont apporté à la création fiction télé (cohérence qui ressemble énormément à la cohérence qu’apportent les cultural studies chez les créateurs fiction états-uniens). Et il m’a semblé intéressant d’en parler, d’autant que personne en France n’en parle jamais. Mais votre remarque est juste sur le mot ITW, je vais demander au Sens des images, de changer ce mot par entretien ou échanges, pour que ça ne porte plus à la confusion chez le lecteur.

  10. Astrid Condis dit :

    Baptise a dit « J’abonde dans le sens des précédents commentaires.
    En tant que jeune scénariste, je commence à avoir un aperçu des pratiques du milieu, et si comme vous, je ne le crois pas pourri à 100%, je crois qu’il y a un vrai problème quant à la considération que reçoivent les scénaristes en France, et j’aurais aimé connaître les exemples d’Alain ».===> Il n’est pas dit que je ne me penche pas un jour sur la question, pour recueillir un maximum de témoignages sur les vols d’idées, vols de scénarii, dans le monde de la télé et du cinéma français. Comment ça procède, les différentes façons de faire des voleurs, pourquoi ils volent (c’est un pan qui peut être très intéressant), les témoignages de victimes (anonymes ou pas) et des analyses plus générales sur les violences morales, ou psychologiques et matérielles faites aux auteurs avec témoignages à la clé.

    Aussi les rapports sociaux de classes qui permettent les vols et comment la justice, les lois, françaises créent des impunités, même lorsque l’oeuvre a été protégée au départ par le volé. Je n’ai encore jamais rencontré de scénariste (signé donc dit professionnel) qui n’a pas été volé. Alain encore moins, ses histoires sont édifiantes et font peur réellement. Maintenant, comment dire les choses sans que la boite de production incriminée n’attaque ? Encore que pour beaucoup de scénaristes, être attaqué en justice par la boite de production qui les a volé pourrait être une véritable aubaine… C’est à dire la meilleure façon de faire émerger la vérité.

  11. jacques Davidts dit :

    Intéressant d’avoir un aperçu de la réalité de nos collègues français. Bien que le constat soit légèrement différent au Québec (les auteurs télé ici ont nettement plus de poids), il n’en demeure pas moins que les réalisateurs bénéficient de la même aura que chez vous, particulièrement au cinéma. Pour ce qui est du vol d’idées par contre, la France est nettement en avance sur nous. Même pour moi, après avoir écrit une série à succès au Québec et l’ayant présenté à quelques maisons de production françaises, j’ai vu ma série plagiée (jusqu’à certains dialogues, idées et même passages dans la bible de présentation à une grande chaîne française) par une boite de prod bien connue. J’ai depuis ce temps, cessé de faire affaire avec les prod français et préfère de beaucoup travailler avec d’autres partenaires européens.

  12. Astrid Condis dit :

    Martine a dit : »Pas mal de propos orientés quand même dans cet entretien par ailleurs très intéressant. C’est dommage. »=====> Dire d’un article que ses propos sont orientés laisse entendre qu’il existerait des articles qui, eux, ne le sont pas. Ce qui est complètement faux.

    TOUS les textes, absolument tous les textes, sont orientés idéologiquement.
    Par contre, ce qui est vrai : certaines personnes sont aveugles et sont incapables de déceler les orientations idéologiques qui circulent dans certains textes. Par voie de conséquence, elles s’imaginent alors que certains textes sont orientés et d’autres pas… Vous me suivez ?

    Et il en est de même pour la fiscalité qui porte aussi en elle, des idéologies invisibles mais totalement efficientes. Non, la fiscalité n’est pas neutre et n’est pas juste une affaire « d’arrangement pratique » comme vous le laissez penser.

    En droit, il existe même tout un champ d’étude sur les liens entre fiscalité et idéologie ou autrement dit : comment la fiscalité s’organise en fonction d’une politique d’un pays, en fonction d’un parti pris idéologique et, pour la culturel… D’une politique culturelle.

    « La politique des auteurs » est bien une politique culturelle qui déconsidère le scénariste au profit du réalisateur.

    Je veux en venir où ? Est-ce que ces méthodes que vous décrivez, d’utiliser la fonction de scénariste comme fourre-tout fiscal, sont aussi pratiquées aux Etats-Unis ? Et si non, d’après vous, pourquoi ?

    Pourquoi les producteurs américaines n’y ont jamais pensé ? EST-CE QUE ÇA POURRAIT ÊTRE LIÉ D’APRÈS VOUS AU FAIT QUE LES SYNDICATS DES SCÉNARISTES SONT ULTRA FORTS, ET EMPÊCHERAIENT ABSOLUMENT QU’ON VIENNE DÉGRADER D’UNE QUELCONQUE FAÇON LA FONCTION DU MÉTIER DE SCÉNARISTE ?

    Car ces méthodes fiscales que vous décrivez de façon si légère, ne sont rien de plus q’une preuve supplémentaire de la dégradation de la fonction du métier de scénariste, qui devient le prête nom, fourre-tout d’à peu près tout et n’importe quoi.
    Fiscalité et idéologies.

  13. Anne dit :

    Merci pour cette interview édifiante.
    Mais alors, censurer un scénariste sur la partie la plus intéressante, les exemples concrets du milieu, juste parce que vous êtes trop naïve/frileuse, ça nous aide pas beaucoup!
    Y aurait moyen de compléter l’interview ou bien?

  14. Herrero dit :

    Oui il faut écrire ce livre!!! Et enfin balancer. Même des noms. Ils sont dans leur fauteuil tranquilles alors que ce sont des brigands. Et puis ça pourrait réparer des gens…

  15. Astrid Condis dit :

    Mais alors, censurer un scénariste sur la partie la plus intéressante, les exemples concrets du milieu, juste parce que vous êtes trop naïve/frileuse, ça nous aide pas beaucoup! / Oui il faut écrire ce livre!!! Et enfin balancer. =====> Ça ne pourrait être qu’un livre de témoignages individuels mais rassemblés, collectés et co signés par la corporation entière des scénaristes français. C’est à dire, un ouvrage collectif* qui agirait comme un réel acte politique, un état des lieux, un coup de poing, aussi. A ce stade, il ne serait pas question d’écrire un livre « ragots » qui fasse jubiler dans les chaumières, mais bien d’écrire quelque chose d’alimenté, documenté et nominatif.

    *Il n’y a que par le collectif qu’on mène une politique efficace.

  16. Paline dit :

    Triste réalité. Il y a aussi le réalisateur qui a une idée et qui travaille avec un scénariste qui va bosser des heures et des heures. Il va remettre ses versions au réalisateur qui y mettra ses anotations. Et il va travailler encore pour un résultat final que le réal sera en générique le scénariste et celui qui a bossé comme un fou avec tout ce que cela implique passe le CO scénariste…

  17. Spider Liondjo dit :

    Édifiant. Cela ne donne presque pas (Plus?) envie de faire ce « métier »…. Ecrire des scénario est une passion chez moi. Je me lance dans le premier pour qu’il passe en réalisation et en lisant cet conversation, je ressens la peur de se faire voler son « bébé ». De le voir se faire charcuter et transformer en une « chose » qui n’est pas ce qui a été imaginé au départ.

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