Réviser l’histoire du cinéma en 15 biopics de réalisateurs

Affiche du film de Ed Wood (1959) [domaine public]

Affiche du film de Ed Wood (1959) [domaine public]

Le biopic de réalisateur est un genre relativement récent puisqu’il n’apparait qu’à partir des années 90-2000. En fait il existe un précédent avec The Buster Keaton Story, un film hollywoodien relativement obscur sorti en 1957 et traduit en français L’Homme qui n’a jamais ri. Mais c’est à ma connaissance le seul film biographique sur un réalisateur produit avant les années 90, sans compter que Keaton est davantage connu comme acteur que comme réalisateur.

Je vous propose donc une petite histoire du cinéma en 15 biopics – qui n’en sont pas vraiment tous – parfois tournés par de prestigieux réalisateurs comme Peter Greenaway, Martin Scorsese ou Tim Burton.

  • Georges Méliès : Hugo Cabret (Martin Scorsese, 2011)

On commence avec le plus ancien de tous, le premier réalisateur de fiction, il s’agit bien sûr de Georges Méliès interprété par Ben Kingsley. Alors Hugo Cabret n’est pas vraiment un biopic sur Méliès mais un film de fiction qui intègre des épisodes réels et fictifs du réalisateur de Voyage dans le Lune. Le tout réalisé par Scorsese himself.

  • Charlie Chaplin : Chaplin (Richard Attenborough, 1992)
    Charlie Chaplin [domaine public]

    Charlie Chaplin [domaine public]

Après le premier réalisateur de science-fiction voici la première star mondiale du 7eme Art connue comme acteur et comme réalisateur, je veux bien sûr parler de Charlie Chaplin. Avec ce film, on a à faire à un véritable biopic s’étendant sur presque 80 ans – de 1894 à 1972 – date à laquelle Chaplin reçoit un Oscar d’honneur et cinq ans avant sa disparition. Richard Attenborough réussit son pari en s’appuyant notamment sur une solide performance de Robert Downey Jr. bluffant dans son interprétation de Chaplin.

  • Sergueï Eisenstein : Que viva Eisenstein ! (Peter Greenaway, 2015)

Troisième grand réalisateur, auteur d’un film longtemps considéré comme le plus beau du monde, Le Cuirassé Potemkine, le cinéaste soviétique Sergueï Eisenstein filmé ici au tout début des années 30 à l’époque de son voyage au Mexique pour tourner Que Viva Mexico ! Peter Greenaway est aux commandes et nous livre un film aux antipodes des hagiographies classiques. Il y brosse le portrait d’un génie borderline, farfelu et quelque peu immature, un parti pris assez osé, d’autant que le récit s’intéresse plus aux émois sexuels naissant d’Eisenstein qu’à son travail de réalisateur à proprement parler.

  •  Fritz Lang : Fritz Lang (Gordian Maugg, 2016)

Restons à la même époque avec un autre géant du cinéma, allemand celui-ci, associé au courant expressionnisme : Fritz Lang bien sûr, mis en scène dans un film allemand de 2016 qui reconstitue la genèse de M, le maudit dans un film en forme d’enquête sur le « vampire de Düsseldorf » le tout filmé dans un noir et blanc classieux proche de la photographie du premier film parlant de Lang.

Fritz Lang en 1929 (Bundesarchiv, Bild 102-08538) [CC-BY-SA 3.0]

Fritz Lang en 1929 (Bundesarchiv, Bild 102-08538) [CC-BY-SA 3.0]

  •  Howard Hugues : Aviator (Martin Scorsese, 2004)

Continuons à remonter l’histoire du cinéma avec cet autre réalisateur des débuts du parlant, producteur de Scarface et auteur des Anges de l’enfer : Howard Hugues. Interprété ici par Leonardo Di Caprio, intitulé The Aviator et réalisé par Martin Scorsese, le récit commence avec le tournage des Anges de l’enfer (1930) et l’arrivée du son à Hollywood qui oblige Hugues à retourner des scènes. Mais l’essentiel du film s’intéresse à l’obsession du millionnaire pour les avions et à sa déchéance psychopathologique.

  • Orson Welles : Citizen Welles (Benjamin Ross, 1999)
Publicité pour Citizen Kane (RKO 1941) (domaine public]

Publicité pour Citizen Kane (RKO 1941) (domaine public]

Voici maintenant un téléfilm fort sympathique sur l’un des plus incroyables réalisateurs hollywoodiens qui à à peine 26 ans, en 1941, sortit un film qui allait révolutionner le langage cinématographique. Son nom est Orson Welles, le film en question s’intitule Citizen Kane et le biopic qui nous occupe ici a pour titre Citizen Welles. Tout ici est vrai – le secret entourant la production de Citizen Kane mais aussi les pressions exercées par Hearst pour faire interdire et même détruire le film avant sa sortie – sauf peut-être la rencontre entre Welles et Hearst.

  • Dalton Trumbo : Dalton Trumbo (Jay Roach, 2016)

Restons dans les années 40 avec l’épisode de la « chasse aux sorcières » du sénateur McCarthy évoquée ici à travers le drame de l’un des « Dix de Hollywood », le scénariste Dalton Trumbo, qui réalisera 25 ans plus tard son unique film en tant que réalisateur, Johnny s’en va-t-en guerre, magistrale leçon de pacifisme cinématographique.

  • Herbert Biberman : Hollywood, liste rouge (Karl Francis, 2001)

Autre cinéaste à figurer sur la fameuse « liste noire » et à faire partie des Dix de Hollywood, le dénommé Herbert Biberman incarné en 2001 par Jeff Goldblum. Le récit débute au moment des Oscars 1937 et la création de la ligue anti-nazie. La suite se sera la chasse aux sorcières de 1947 et l’emprisonnement des Dix de Hollywood soupçonnés de sympathie communiste. Mis au placard, Biberman se lancera alors dans la réalisation du Le Sel de la terre  qui sortira en 1954, un film indépendant et engagé tourné à la manière néoréaliste au Nouveau-Mexique et évoquant une grève de mineurs chicanos, et ce, malgré les nombreuses intimidations dont il sera la cible.

  • Ed Wood : Ed Wood (Tim Burton, 1994)

Sans doute l’un des plus beaux hommages d’un réalisateur à un autre, Ed Wood de Tim Burton, évoque la carrière du pape de la série Z des années 50. Johnny Depp confère à son personnage de réalisateur excentrique une consistance impressionnante appuyée par une réalisation efficace et un noir et blanc sublime. On reste étonné du soin avec lequel Burton a reconstitué la fabuleuse histoire de ce grand incompris de l’histoire du cinéma et de la rigueur de la reconstitution. Il suffit d’ailleurs de revoir les films d’Ed Wood pour prendre la mesure du travail effectué.

  • Alfred Hitchcock : Hitchcock (Sacha Gervasi, 2012)
    Photo publicitaire de Hitchcock [domaine public]

    Photo publicitaire de Hitchcock [domaine public]

Nous voici maintenant au tournant des années 50-60 avec LE film qui va à son tour révolutionner le paysage cinématographique mondial – et le thriller en particulier – il s’agit bien sûr du Psychose d’Alfred Hitchcock. Comme pour Fritz Lang ou Orson Welles le récit s’intéresse à un moment précis de la carrière du grand Hitch, à savoir la genèse de son plus célèbre chef d’œuvre, Psychose sorti en 1960.

  • Jean-Luc Godard : Le Redoutable (Michel Hazanavicius, 2017)

Toujours dans les années 60, en 1967-1968 plus précisément, et cette fois en France, voici le portrait d’un réalisateur qui figure assurément parmi les dix plus importants de l’histoire du cinéma : l’iconoclaste Jean-Luc Godard, enfant terrible de la Nouvelle Vague qui, à son tour, a révolutionné le langage cinématographique. Michel Hazanavicius et son acteur Louis Garrel nous offrent un portrait drôle et pertinent d’un artiste en pleine crise existentielle à un moment crucial de sa carrière où il va rejeter le cinéma narratif et commercial pour s’auto-saborder en devenant un réalisateur militant et anonyme.

  • Melvin Van Peebles : Baadasssss ! (Mario Van Peebles, 2003)

    Affiche du film (domaine public)

    Affiche du film (domaine public)

Dernière étape de notre voyage à travers l’histoire du cinéma, le tournant des années 60-70 avec un autre révolutionnaire armé d’une caméra, l’étonnant Melvin Van Peebles auteur du cultissime Sweet Sweetback’s Baadassss Song en 1971, un brûlot antiraciste et anti-hollywoodien qui allait donner naissance à la blaxploitation. Trente ans plus tard le propre fils du réalisateur en raconta la genèse dans une fiction haute en couleur intitulée Baadasssss ! Bel hommage, s’il en est, d’un fils à son père, d’autant que la ressemblance est troublante : Mario joue en effet le rôle de Melvin, qui lui même interprétait le rôle principal de son film, dans lequel Mario apparaissait à l’âge de douze ans pour incarner son père enfant…

  • Bruce Lee : Dragon (Rob Cohen, 1993)

Bruce Lee en 1973 (ph. National General Pictures) [domaine public]

Bruce Lee en 1973 (ph. National General Pictures) [domaine public]

Enfin pour être exhaustif, il faut citer Dragon de Rob Cohen qui raconte la vie de Bruce Lee durant les années 60 et 70, son arrivé aux Etats-Unis, son ascension, son succès et sa mort. Mais Bruce Lee qui ne réalisa qu’un seul film, fut surtout connu en tant qu’acteur et que champion d’arts martiaux.

  • Pier Paolo Pasolini : Pasolini (d’Abel Ferrara, 2014)

Il ne faut pas oublier aussi le Pasolini d’Abel Ferrara avec William Dafoe qui retrace les derniers jours du poète-cinéaste assassiné en 1975.

Le grand intérêt de ces biographies, disons-le, réside dans l’aspect « reconstitution » qui fait revivre l’époque et la vie des personnalités aimées jusque dans leur vie privée. L’autre grand intérêt vient aussi de l’aspect « making of » qui nous montre l’envers du décor de films vus mille fois. La plupart d’ailleurs se focalisent sur la création d’une œuvre en particulier : M, le Maudit, Psychose ou Sweet Sweetback Baadasssss Song notamment. On notera que dans l’ensemble ces films sont rares, puisqu’il n’en existe pour ainsi dire pas en dehors de cette sélection. Manque donc à l’appel pas mal de réalisateurs-phares à commencer par Griffith, Murnau, Rosselini, Truffaut et quelques autres. Par ailleurs, sur ces 15 films, on relèvera que 9 concernent des réalisateurs anglo-américains et qu’on ne compte aucune femme…

En bonus, je ne peux que vous conseiller de regarder ce sympathique court-métrage de 1999, intitulé George Lucas in Love, dans lequel on suit le futur réalisateur durant ses années de fac en train d’écrire l’histoire de Star Wars en s’inspirant des personnes qui l’entourent.

© RD 2017

 

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