Les cinéastes noirs contre Trump

Jordan Peele (ph. Peabody Awards, 2014, détail) [CC BY 2.0]

Jordan Peele (ph. Peabody Awards, 2014, détail) [CC BY 2.0]

Suivre le cinéma noir américain n’a jamais été aussi excitant que ces derniers mois. Et d’ailleurs Les Cahiers du Cinéma ne s’y trompent pas en consacrant leur dernier numéro à « une histoire des cinéastes noirs américains » avec Jordan Peele (réalisateur de Get Out) en couverture. Selon ce dernier en effet, dans l’interview que lui consacre la revue, on assiste à une forme de renaissance du cinéma noir – dont assurément son film-événement (véritable phénomène de société qui a engendré quelques 250 millions de dollars dans le monde) serait sans doute le signe annonciateur. C’est clair qu’après les productions consensuelles de l’ère Obama qui prônaient invariablement et à tout-va la réconciliation via le happy-end et le « sauveur blanc », un film comme Get Out fait sacrément du bien. Car il apparaît évident aujourd’hui, avec le recul, que l’élection d’Obama fut un trompe-l’œil, tout comme les œuvres associées à ses deux mandats (La Couleur des sentiments, Le Majordome, 12 Years A Slave, Selma, Loving, etc.) devenues soudainement naïves et anachroniques au lendemain de l’élection de Trump – dont le père, soit dit en passant, fut un sympathisant du KKK  (et il suffit d’ailleurs de songer à la réaction du Président au moment des événements de Charlotteville pour se convaincre que lui non plus ne semble pas insensible à l’idéologie des racistes sudistes). Oui, la fameuse « ère post-raciale » fut bien un leurre comme en attestent le mouvement BlackLivesMatter, le succès du livre Une Colère noire de Ta-Nehisi Coates ou encore celui de Get Out.

Aussi Peele a-t-il raison quand il évoque une nouvelle ère du cinéma noir, comme je le prédisais à la sortie de Birth of a Nation (2016) : « le film de Nate Parker pourrait bien avoir quelque chose d’anachronique. Il semble davantage appartenir en effet à l’époque de la Blaxploitation ou du cinéma New Jack [qu’à celle d’Obama]. A moins qu’il n’annonce la tendance à venir du cinéma noir sous l’ère Trump ».[1] Depuis nous avons eu le triomphe de Moonlight de Barry Jenkins (2016) premier long métrage réalisé par un Noir américain à recevoir l’Oscar du meilleur film [2] (et dont le second rôle, Mahershala Ali, a été le premier Musulman a recevoir une statuette). Puis le phénomène Get Out, un film sans concession, qui fustige autant les racistes affichés que les libéraux soit disant amis des Noirs. Clairement la tendance est aujourd’hui à l’anti-cinéma Obama et c’est loin de s’arrêter. Finis les bons sentiments œcuméniques et place au radicalisme noir comme à la bonne époque de la Blaxploitation et du cinéma New Jack du début des années 90. Et d’ailleurs, c’est un signe, Spike Lee serait en train de préparer un film intitulé The Black Klansman tiré du récit d’un policier noir qui infiltra le Ku Klux Klan en 1978, et produit par… Jordan Peele. Ça promet. Right On !

Régis Dubois © 2017

[1] Régis Dubois, Le cinéma noir américain des années Obama (Lettmotif, 2017)

[2] Rappelons aussi que 12 Years A Slave fut, en 2014, le 1er film réalisé par un Noir – anglais cependant – a recevoir ce prix.

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