Barack Obama, icône pop et héros de cinéma

(illustration de Jacquelinekato) [CC BY-SA 3.0]

(Illustration de Jacquelinekato, 2010) [CC BY-SA 3.0]

Alors que nous allons bientôt « fêter » la première année de l’élection de Donald Trump, il est bon de jeter un petit coup d’œil dans le rétroviseur pour se remémorer ces années Obama (2009-2016) qui semblent déjà si lointaines. Souvenons-nous en effet qu’en plus d’avoir été le premier Afro-Américain à occuper le bureau ovale, Obama fut aussi assurément le Président le plus « cool » de toute l’histoire des États-Unis mais aussi une véritable icône de la pop-culture.

Pendant les huit années qu’il aura passé à la tête de la première puissance mondiale, on n’aura cessé en effet de le voir sourire et blaguer, mais aussi chanter (Sweet Home Chicago en 2012 en compagnie de B.B. King et de Mick Jagger), danser (par exemple avec Michelle sur Thriller pour Halloween en 2016), jouer au basket, se prêter à des interviews décalées ou faire des selfies (comme aux obsèques de Mandela en 2013…). Et tout cela sans jamais se ridiculiser.

Il faut dire que Barack Obama, né en 1961, est un authentique enfant des sixties, de la télé et de la musique pop, un enfant de la pop-culture en somme, une culture populaire qu’il n’a jamais cessé de revendiquer. Tous les étés il communiquait par exemple sur le site de la Maison-Blanche sa playlist personnelle.[1] Ailleurs il n’hésitait pas à évoquer son goût pour les séries (à commencer par The Wire) ou pour les films de SF (de Star Trek à Star Wars en passant par Matrix).[2]

Ami des musiciens, il a reçu en concerts privés à la Maison-Blanche tout ce que le show-biz compte d’artistes mythiques, de Bob Dylan à Paul McCartney en passant par Joan Baez, Aretha Franklin, Steve Wonder ou Sting, mais aussi ceux de la génération hip-hop comme De La Soul, Common ou John Legend. Il compte parmi ses fidèles des acteurs, des sportifs, des animateurs télé, autant de personnalités qui l’ont « aidé à devenir qui il est », confiera-t-il, et à qui il rendit hommage en novembre 2016 en les décora d’une « légion d’honneur », au nombre desquels Diana Ross, Tom Hanks, Robert De Niro, Michael Jordan ou encore Bruce Springsteen. On sait par ailleurs qu’il est un proche du couple Beyoncé/Jay-Z mais aussi d’Oprah Winfrey et qu’il compte parmi ses amis George Clooney, entre autres. Autant de célébrités qui le soutinrent pendant ses campagnes : will.i.am des Black Eyes Peas composa pour lui le titre « Yes We Can » en 2008 (le clip fut réalisé par le fils de Bob Dylan) et Bruce Springsteen lui écrivit « Forward » en 2012.

Bruce Springsteen décoré par Obama en 2016 [DP]

Bruce Springsteen décoré par Obama en 2016 (ph. Pete Souza) [DP – Licence « United States Government Work »]

Souvenons-nous ainsi de l’obamania qui s’empara de l’Amérique, il y a presque une décennie déjà, et qui vit fleurir un peu partout des memorabilias à l’effigie du Président : posters, pin’s, t-shirt, casquettes, mugs, poupées et tout ce qu’il est possible d’imaginer. Un street-artiste, Shepard Fairey (auteur du fameux « Obey »), conçut alors l’affiche « Hope » qui est devenue depuis presque aussi célèbre que le poster de Che Guevara. Obama fit par ailleurs la couverture du comic Spiderman en 2009 (dont il avait confié collectionner les numéros) et, dans un tout autre registre, celle du magazine gay Out en 2015. Comment être plus cool ? Sur YouTube circule d’ailleurs une vidéo intitulée « Barack Obama’s Coolest Presidential Moments » (« Les moments les plus cools de la présidence d’Obama »).

Alors comment expliquer un tel capital sympathie ? – auprès des Noirs et des progressistes il va sans dire, les réactionnaires blancs eux n’eurent de cesse de le diaboliser. Sans aucun doute parce qu’il fut le premier Président noir de l’histoire des États-Unis, mais aussi, assurément, parce que comme Kennedy il fut un président relativement jeune, père de deux fillettes et mari d’une délicieuse épouse à la fois brillante, charmante et impliquée. Pour ne rien gâcher, il est lui-même doté d’un charme certain, s’habille avec goût et a indéniablement la classe – ou le swag pour employer une expression plus appropriée au 21e siècle : 47 ans le jour de son investiture, 1 mètre 86 pour 79 kilos et une élégance à toute épreuve.

Par ailleurs, au-delà même de ce rôle de Président cool, c’est sa vie elle-même qui paraît étonnante de simplicité. Dans son autobiographie Les Rêves de mon père : l’histoire d’un héritage en noir et blanc initialement paru en 1995, à l’aube de sa carrière politique et alors qu’il n’était âgé que de 34 ans, il fait montre d’un véritable talent d’écrivain et se dévoile sans fard en retraçant son parcours accidenté, ses doutes et faiblesses, lui l’enfant métis de parents séparés sans fortune ni piston. Comme notamment lorsqu’il évoque cette période, durant la vingtaine, où il se cherchait et durant laquelle il fumait des joints et à l’occasion ne refusait pas une ligne de coke, sans même parler de son goût pour l’alcool. Une franchise rare en politique.

Devant un miroir à la Maison Blanche en 2009 (ph. Pete Souza - Official White House) [DP]

Devant un miroir à la Maison Blanche en 2009 (ph. Pete Souza) [DP – Licence « United States Government Work »]

Obama, héros de cinéma

C’est sans doute pour toutes ces raisons que dès le jour de son élection Obama devint instantanément une icône pop. On le retrouva donc très vite dans des séries animées, des téléfilms et même au cinéma, et ce, alors même qu’il occupait toujours ses fonctions de Président. Quelques illustrations : Les Simpson y firent bien sûr plusieurs fois allusion ; Dans un épisode de 2010 de la série animée The Boondocks, un Obama hyper-réalisme faisait un discours à la TV ; The First Family, une sitcom de 2012, mettait elle en scène un Président noir et sa famille (les Johnson) à la Maison-Blanche.

Côté grand écran, on le croisa par exemple – lui ou ses avatars – dans la comédie Meet the Blacks (2016) dans laquelle le Président s’appellait El Bama ; Dans le film Beyond the Lights (2014) où l’aspirant politicien qu’incarnait Nate Parker (lui-même fervent supporter d’Obama) avait un livre sur son idole bien en vue dans son appartement ; Au début de Barbershop 3 (2016) dans lequel Ice Cube assistait à l’investiture d’Obama ; Quant à Dear White People (2014), son héroïne intégrait des images du Président dans son film d’étudiante. Bref, Obama était partout, mais surtout dans les films afros, citons encore Politics of Love (ou Love Barack, 2011), une comédie romantique dans laquelle une militante démocrate engagée dans la campagne de 2008 et un militant républicain tombaient amoureux ; Dans The Obama Effect (« L’effet Obama », 2012), de l’acteur noir vétéran Charles S. Dutton, qui mettait en scène un Afro-Américain quinquagénaire se prenant de passion pour le candidat lors de la campagne de 2008, à la limite de l’idolâtrie, témoignant ainsi de l’émulation qui accompagna toute cette époque. C’est cette même année 2012 où sortit The Obama Effect que Lee Daniels tourna le Majordome dans lequel le Président (le vrai cette fois) aurait dû faire une courte apparition à la toute fin, mais celui-ci étant alors en pleine campagne pour son second mandat, l’offre fut déclinée.

Ainsi, jusqu’en 2015, le personnage d’Obama n’eut droit qu’à des rôles de figuration dans une poignée de productions noires. Signalons toutefois ce film indonésien Obama Anak Menteng (ou Little Obama) qui racontait dès 2010 les années que Barack passa à Jakarta entre ses six et dix ans avec sa mère et son beau-père indonésien. Mais en 2016, durant la dernière année de son mandat – était-ce parce que la nostalgie commençait déjà à opérer ? – il devint en revanche un véritable personnage de fiction dans deux films américains qui lui furent entièrement consacrés : Southside with You de Richard Tanne (sorti en France sous le titre First Date) et Barry de Vikram Gandhi.

Barry raconte un moment crucial dans la vie de Barack Obama, ses années de fac à New York à 20 ans, époque où il dût apprendre à « choisir une race » comme il le dira dans son autobiographie mais où surtout il perdit son père. Le scénario s’inspire bien sûr en grande partie du début des Rêves de mon père : l’histoire d’un héritage en noir et blanc, même si dans le livre son histoire avec « Charlotte » est à peine évoquée et, pour tout dire, expédiée en deux ou trois phrases (alors qu’elle prend plus de place dans le film). Pour le reste, la réalisation soignée joue la carte indé en privilégiant les beaux plans, les ambiances chaudes et colorées ainsi que la reconstitution historique (une grande attention a été portée aux détails, habits, looks, décors et objets eighties). Quant à l’acteur, il est tout à fait convainquant : même allure longiligne, même élégance innée, même façon de parler, à la différence peut-être que ce Barack-ci affiche un air candide et un manque d’assurance qui s’effaceront avec les années.

Le couple présidentiel échange un baiser durant un match de Basket en 2012

Le couple présidentiel échange un baiser durant un match de Basket en 2012 (ph. Pete Souza) [DP – Licence « United States Government Work »]

La suite ce seront les années d’apprentissage à Chicago, période qu’évoque justement First Date (Southside with You, Richard Tanne, 2016). Beaucoup plus bavard et bien moins arty, First Date suit la journée du premier rendez-vous de Barack et Michelle en 1989 à Chicago. A l’époque le futur président effectuait un stage dans le cabinet juridique où Michelle Robinson exerçait le brillant métier d’avocate. Lors de cette journée – qui n’est pas un « rendez-vous amoureux » insiste Michelle qui ne veut pas qu’on croit qu’elle puisse sortir avec le premier stagiaire venu – ils parlent de leur vie et de leurs ambitions, de leurs goûts et de leurs convictions. On retiendra surtout ce moment où ils assistent à la projection de Do the Right Thing au cinéma et en particulier à la scène dans laquelle Radio Raheem est tué « malencontreusement » par un policer blanc. Le film s’achève sur un baiser passionné avant que chacun ne rentre chez soi. Comme dans Barry, First Date est l’occasion de découvrir un Obama jeune à un moment crucial de son existence et d’apprécier d’autant plus ce personnage sympathique et modeste que l’on sait bien sûr qu’il est destiné à devenir un personnage historique.

La prochaine étape devrait logiquement être un biopic retraçant aussi sa vie de président, un rôle pour lequel Will Smith aurait déjà postulé et dont il aurait discuté avec Barack Obama himself.[3]

cine-noir-americain-couv© Régis Dubois 2017 pour le texte

Notes :

[1] Cf. « Playlist : un chef d’Etat au gré des flows » (dans Libé HS « Obama Blues » d’octobre-novembre 2016) qui cite notamment Eath Wind and Fire, Nas, Aretha Franklin, Jay-Z, Dave Brubeck ou encore Bruce Springsteen.

[2] « Barack Obama dévoile ses films et séries de science-fiction préférés », Premiere.fr (10/2016).

[3] “Will Smith has spoken to Barack Obama about playing him in a biopic”, independent.co.uk (4/08/2016).

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