« The Lost City of Z » ou l’angoisse du vagin

J’attends le metro, dans cette grotte sombre terrée sous la ville qu’est la station de métro, et j’observe cette affiche de film 4×3 qui m’intrigue. The Lost City of Z (James Gray, 2017). D’abord ce personnage anecdotique, sorte de mini Indiana Jones perdu dans la pénombre et l’immensité du décor rocheux qui l’écrase. Je vois bien qu’il me regarde. Mais qu’est-ce qu’il veut bien me dire ? Et puis en arrière plan, tout autour, il y a ce décor caverneux entouré de feuillage… Alors oui, vous pouvez dire si vous voulez que j’ai l’esprit mal placé. Vous pouvez aussi vous dire qu’à force d’analyser les images je vois des sous-textes et des métaphores partout (à une époque mes étudiants s’amusaient gentiment de moi parce que je voyais des symboles phalliques dans toutes les publicités). Bref, toujours est-il qu’en regardant cette image j’ai songé à une entrée de vagin géant… Et pourquoi pas ? Ne me dites pas que les professionnels de la communication et de la promotion qui ont réalisé cette affiche ne sont pas, comme moi, aguerris à la sémiologie bathésienne. Donc je me dis qu’ils ont peut-être fait exprès. Mais alors, pourquoi ?

Je repense alors à ce texte brillant de Sylvestre Meninger à propos d’Alien (Ridley Scott, 1978) paru en 2000 dans la revue Tausend Augen n°19, essai dans lequel l’auteur expliquait que l’angoisse générée par Alien se nourrissait précisément de la peur inconscience du spectateur (mâle) d’être avalé par un vagin géant. Il décrivait ainsi l’épave du vaisseau spatial dans lequel s’introduisaient les héros en début de film par ces mots : « deux immenses trompes de Fallope, ou deux jambes écartées, s’y rejoignent en un utérus/vagin aux trois quarts enfoui sous la surface. A l’intérieur, tout est sombre, humide, distordu. (…)

Alien (R. Sott, 1978)

Alien (R. Sott, 1978) [capture d’écran]

À l’abri dans cette immense matrice, des œufs, possédant eux-mêmes une ouverture vaginale et contenant d’horribles embryons, attendent un contact. Au cours de la longue séquence d’exploration, la peur vient du danger d’engloutissement, de disparition que court le personnage de Kane [John Hurt] dans cet espace sans limites ni repères. »

Et d’analyser : « Cette séquence d’Alien donne en effet à voir un lieu correspondant à la vision du corps maternel comme source de « l’abject », tel que décrit par Julia Kristeva dans Pouvoirs de l’horreur. (…) L’univers éminemment corporel, organique, d’Alien nous place brutalement au bord du gouffre que représente cette mère archaïque » (Tausend Augen n°19, 2000).

Et tout fait soudain sens. The Lost City of Z : L’explorateur (qui pénètre une terre vierge), la menace de l’inconnu (ici la jungle, la Mère Nature), le « continent perdu » du titre (selon Freud, « la vie sexuée de la femme adulte n’est-elle pas d’ailleurs un dark continent pour la psychologie ? »), l’angoisse d’être englouti par ce vagin géant (la matrice d’où nous sommes issus), etc. Je repense aussi à cette fameuse plante carnivore géante et anthropophage de la Petite Boutique des horreurs de Corman (1960) qui ne cessait de crier sa faim « feeed meee ! ». 61+3z0cS-pL._SY344_BO1,204,203,200_Et je me dis que, sans aucun doute et en toute connaissance de cause, les professionnels qui ont créé cette affiche ont voulu titiller, l’air de rien, une angoisse inconsciente et profondément enfouie dans chaque homme – et en particulier chez les adolescents mâles : la peur du vagin, de la sexualité féminine et, en dernière instance, de la Femme. La couverture du best-seller dont le film est l’adaptation annonçait d’ailleurs : « A Tale of Deadly Obsession in the Amazon » autrement dit, si je me fie au traducteur de google : « Un récit d’obsession mortelle dans l’amazone », ça ne s’invente pas !

Alors vous en faites ce que vous voulez, mais moi ce que j’en pense, c’est que tout cela ne peut pas être le seul fruit du hasard ou de mon esprit tordu.

©RD2017

PS : Cette lecture ne porte bien sûr que sur l’affiche puisque le film n’est pas encore sorti en France.

PS 2 : Après visionnage du film je ne peux que valider cette analyse dans la mesure où l’image de l’affiche (l’explorateur qui pénètre une entrée de grotte) n’apparait pas dans le film, c’est une situation inventée et une image fabriquée sans lien direct avec le récit. Mon hypothèse d’une affiche construite de toute pièce pour susciter le désir/répulsion inconscients chez le spectateur est donc d’autant pus crédible me semble-t-il.

La Petite boutique des horreurs (Corman, 1960)

La Petite boutique des horreurs (Corman, 1960) [capture d’écran]

 

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One comment

  1. damien dit :

    pour ce qui est de la peur de la sexualité féminine, de l’engloutissement et de l’angoisse des femmes castratrices, sans vouloir déflorer (désolé) la fin, il y a aussi le vagin géant de calmos, de blier (https://fr.wikipedia.org/wiki/Calmos)…

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