Le FN au cinéma : de Féroce à Chez nous

5056750_6_2fc9_2017-01-03-39a43e4-1895-1tpl5iu-jp47qilik9_ec839f6cecf3f38599911b2b44260f49Alors que pendant longtemps le cinéma français prit bien garde de ne pas mélanger fiction et réalité politique, depuis le début de ce siècle plusieurs films se sont inspirés de l’actualité de vraies personnalités politiques hexagonales.

Remarquons qu’une fois encore les États-Unis avaient au moins dix ans d’avance sur nous avec des films comme Nixon (1995), Primary Colors (1998), Treize jours (2000), ou W., l’improbable président (2008) qui brossaient respectivement les portraits de Nixon, Clinton, Kennedy et Bush Jr.

W., l’improbable président (2008)

W., l’improbable président (2008)

En 2016, c’est même deux biopics qui sortirent sur Barack Obama, alors même qu’il était encore en fonction à la Maison-Blanche, Southside with You de Richard Tanne (traduit First Date en France) et Barry de Vikram Gandhi.

Mais la France n’est pas en reste avec Féroce (Gilles de Maistre, 2002), Le Promeneur du Champ-de-Mars (Robert Guédiguian, 2004), La Conquête (Xavier Durringer, 2011) et maintenant Chez nous (Lucas Belvaux, 2017) qui s’inspirent (ouvertement ou pas) respectivement de Jean-Marie Le Pen, de François Mitterrand, de Nicolas Sarkozy et de Marine Le Pen.

Denis Polynades (à droite) dans le rôle de Sarkozy

Denis Polynades (à droite) dans le rôle de Sarkozy

C’est Féroce de Gilles de Maistre en 2002 qui ouvra la voie. Le film racontait comment un fils d’immigré (Samy Naceri) infiltrait la Ligue Patriotique, un puissant parti d’extrême droite, pour assassiner son leader campé par Jean-Marc Thibault. A l’époque Jean-Marie Le Pen, qui s’était reconnu à juste titre dans le portrait du leader populiste, avait intenté un procès pour interdire sa diffusion invoquant la diffamation et l’incitation au meurtre. En vain. Ironie du sort ou stratégie publicitaire, le film sortit le mercredi précédant le score record du FN qui se maintint au second tour des élections présidentielles du 21 avril 2002…

Féroce (2002)

Féroce (2002)

Et voilà que quinze ans plus tard sort Chez nous de Lucas Belvaux qui s’inspire lui aussi manifestement du FN et en particulier de Marine Le Pen (interprétée ici par Catherine Jacob) : « Il n’est pas difficile, en effet, de reconnaître à travers cette petite ville du Pas-de-Calais rebaptisée Hénard, qui sert de décor à la fiction, une transposition d’Hénin-Beaumont, dont le Front national a fait son fief. Ni d’identifier derrière la carrure solide et la blondeur d’Agnès Dorgelle, patronne du Bloc patriotique dans le film, la figure de Marine Le Pen » écrit Le Monde.

Marine Le Pen et Catherine Jacob

Marine Le Pen et Catherine Jacob

Et voilà que les médias s’enflamment : « Florian Philippot pas fan de Chez nous, film critique du FN » (Libération), « Chez nous, le film de Lucas Belvaux qui énerve le FN » (Le Monde), « Le FN vent debout contre le film Chez nous, bientôt en salles » (Le Parisien)… Comme Féroce, Chez nous devrait sortir sur les écrans la veille de l’élection présidentielle, précisément le 22 février 2017. Est-ce une bonne idée ? Ce film n’a-t-il pas pour vocation de prêcher des convaincus ? Ne risque-t-il pas finalement de servir le FN et son discours victimaire ? Espérons juste que le scénario de 2002 ne se reproduise pas…

©RD2017

PS : On aurait pu aussi citer les films mettant en scène des hommes politiques entièrement fictifs comme Président (Lionel Delplanque, 2006), Le Candidat (Niels Arestrup, 2007) ou L’Exercice de l’Etat (Pierre Schœller, 2011).

Lire aussi notre article : Fachos, néonazis & autres skinheads : les visages de l’extrême droite au cinéma.

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