« Le Crime des anges », les quartiers nord de Marseille filmés de l’intérieur

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Elle est Marseillaise, a grandi dans les quartiers nord de la ville et réalise son premier long-métrage Le Crime des anges en mode guérilla. Rencontre avec Bania Medjbar.

1/Peux-tu nous parler de ton nouveau projet ?

Le Crime des anges est une comédie dramatique qui glisse subrepticement vers un film plus sombre. Il pose la question de la difficulté de vivre pour les jeunes des cités. C’est mon premier long métrage.

2/ Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Je suis née à Marseille en 1962. ma famille est issue de l’immigration algérienne des années cinquante et j’ai grandit dans les quartiers nord de la ville. J’ai fait des études de psychologie puis j’ai été éducatrice jusqu’à 26 ans. Ensuite j’ai fait une école de cinéma durant un an. J’ai un Master de réalisation à la fac d’Aix-en-provence. Cela fait plus de vingt ans que je travaille sur les plateaux de cinéma en tant qu’assistante de réalisation et directrice de casting.

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J’ai démarré la réalisation à l’école du documentaire: Impression de voyage, Mères amères, tous deux sélectionnés et primés au FID de Marseille, puis Le Marché aux puces et J’ai fait un rêve.

En 2003, je produis et réalise Quand le vent tisse les fleurs mon premier court métrage de fiction qui est sélectionné au Festival de Cannes à la Quinzaine des réalisateurs. Le suivant Des enfants dans les arbres a été en compétition au Festival de Clermont-Ferrand en 2010.

J’ai aussi été assistante ou directrice de casting pour de nombreux cinéastes: Brigitte Roüan, Claire Simon, Jean-Pierre Thorn, Abbas Kiarostami, Christophe Ruggia, Merzak Allouache, Dominique Cabrera, Laurent Cantet. C’est en observant tous ces cinéastes sur le plateau, que j’ai appris le métier.

3/ Pourquoi avoir décidé de partir sur un tournage guérilla sans producteur, ni autorisation ?

Je n’avais pas le choix, c’était vital pour moi de tourner ce film aujourd’hui. Je l’ai écrit pendant 5 ans sans trouver la bonne personne pour le produire dans le circuit classique. J’ai demandé une autorisation générale à la ville de Marseille et pour le reste j’ai posé ma caméra là où ça m’intéressait de le faire.

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4/ T’inscris-tu dans la tradition du cinéma guerilla de Donoma à Brooklyn et pourquoi ?

Ce n’est pas ma tradition habituelle mais par la force des choses, je m’inscris dans ce cinéma libre. Prenons un exemple, pour une scène de braquage, le héros vient braquer un contremaître dans un préfabriqué. Au lieu de faire une mise en place classique, poser des marques au sol pour la technique et les comédiens, j’ai fait sortir toute l’équipe du préfabriqué, en y laissant que deux techniciens: le chef op et la perchwoman. Les comédiens n’avaient pas fait de répétition. Toute l’équipe était dehors. Chaque comédien avait une consigne et un objectif à atteindre opposés et je leur ai demandé d’improviser. Même le chef opérateur devait les suivre et improviser ses mouvements. On sent dans les rushs un sentiment d’urgence, des instants magiques où personne ne peut anticiper ce qui va arriver. C’est du cinéma jonché d’accident, vivant, spontané où tout le monde s’est mis en danger.

5/  Peux-tu nous parler de l’histoire de ce film Le Crime des anges ?

C’est l’histoire chorale de jeunes des quartiers nord de Marseille. Deux visions du monde qui s’affrontent au sein d’une même fratrie. Nadia, la grande sœur croit aux valeurs de la République, au travail, à la justice alors que son frère Akim, 24 ans, n’a plus d’espérance. En croyant échapper à un destin de vie terne à ses yeux, il va glisser dans la grande délinquance, un monde qu’il ne pourra jamais contrôler.

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8/ Pourquoi ce titre tragique ?

« Le Crime des anges » est une bonne synthèse du fond du film. Le Noir et le blanc sont mélangés. Et jamais on ne pourra juger. C’est un film contre les jugements hâtifs. Un film qui montre un réel complexe.

9/ Les quartiers nord de Marseille sont stigmatisés en permanence par les médias, ton film va-t-il redonner une image positive de ces quartiers et comment ?

Je pense que c’est un film qui ne glorifie pas le quartier ni le salit. C’est un film qui affronte le réel mais qui aime les gens, sans angélisme. Filmer l’humanité dans son entièreté et ses paradoxes.

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10/ Beaucoup de jeunes des quartiers de Marseille jouent pour la première fois dans ton film, peux tu nous les présenter ?

Le personnage principal Akim est joué par Youcef Aghal. Il a grandi à la Busserine, là où j’ai grandi. C’est son premier rôle principal au cinéma. Ça va être une révélation. C’est le crime des anges. Il y aussi Daouda Danarir, Hamza Bagghour, Elia Frehia et Saaphyra, deux jeunes rappeurs marseillais. Ysmahane Yaqini est le personnage féminin. Elle incarne vraiment le personnage de Nadia. C’est son premier rôle principal sur un long métrage. Il y a de très bons comédiens, Frank Libert, Jean-Jérôme Esposito, Fred Restagno, Mike Nguyen et Moussa Maaskri (Bye Bye, La French, Malavita, A bout portant etc.). Moussa est un très grand comédien qui a grandi lui aussi dans le même quartier que moi. Il joue le rôle du grand bandit. Moussa avait joué dans mon premier court métrage Quand le vent tisse les fleurs (sélectionné à la quinzaine des réalisateur au Festival de Cannes).

11/ Quel est le message que tu souhaiterais passer avec ce film ?

Si j’avais pu donner un deuxième titre à ce film, ça serait « Les Oubliés du capitalisme moderne », Los Olvidados. Je souhaiterais que l’on se penche réellement sur la jeunesse de ces territoires abandonnés.

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Propos recueillis par RD par mail le 29 novembre 2016.

Photos : © Franck Pourcel, Aurélien Mameiris & Irène Camargo de Staal

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