Dennis Hopper : Born to be wild

Born to be wild : Dennis Hopper, un voyage dans le rêve américain de Tom Folsom (Payot/Rivages, 2014, 290 pages)

Voici un livre que tout passionné du Nouvel Hollywood – et donc et surtout de Hopper – attendait avec impatience : la biographie de Dennis « Billy » Hopper alias Mister Easy Rider. Autant le dire tout de suite, cet ouvrage est passionnant et se lit comme un roman, même s’il n’est pas sans défaut. L’auteur, Tom Folsom (tout juste 40 ans) a choisi d’écrire une bio plutôt anticonformiste, à l’image de son personnage principal, et comme le dit si bien Peter Biskind « heureusement pour lui, Dennis Hopper a eu le biographe qu’il méritait. La prose gonzo de Folsom pulse avec l’énergie frénétique de Hopper et épouse à la perfection sa folie ». Et Born to be wild se lit effectivement comme un scénario à la Citizen Kane où plane l’ombre de James Dean et dans lequel les chapitres s’enchaînent comme autant de saynètes, de flashs, de moments décisifs rapportés dans un style cinématographique, visuel et elliptique. C’est toute sa force mais aussi, à certains moments, sa faiblesse tant on aimerait en savoir plus, dans les détails, sur la réalité des faits. Quoi qu’il en soit le bouquin n’en reste pas moins fascinant. Mais comment de pas l’être avec un tel personnage !

 

 

Le vrai paradoxe c’est que Hopper, qui aura tant marqué les esprits cinéphiles par ses seconds rôles (Apocalypse Now, Rusty James, Blue Velvet, True Romance) n’aura finalement été la star que d’un seul film, Easy Rider, dans lequel il partage en plus l’affiche avec Peter « Captain America » Fonda, le vrai héros de ce road movie visionnaire. Il n’en devint pas moins une icône de l’art pop qu’il affectionnait tant, mais attendra toute sa vie son grand rôle qui ne viendra jamais. Oui la vie de Hopper ressemble à un extraordinaire gâchis. Lui qui avait pourtant toutes les cartes en main à l’âge vingt ans quand il était l’ami de James Dean, l’amant de Nathalie Wood et bientôt le chouchou des producteurs de Hollywood en quête d’un nouveau « rebelle sans cause » après la mort prématurée de l’original. Mais que voulez-vous, il y a des natures comme ça qui ont le démon dans le sang et la rage au cœur. Et Hopper aura vraiment tout fait pour bousiller sa carrière et foutre en l’air sa vie. Et vice et versa. Le fond il le touche vraiment au cours de la décennie 70 qu’il traverse comme un zombie sans jamais connaître un instant de sobriété (deux litres de rhum + une trentaine de bières + trois grammes de coke / jour). C’est dire s’il est un survivant. Et c’est bien cela qui est fascinant dans toute cette histoire, car Hopper semble avoir tout vécu et surtout la grande histoire, celle des turbulentes et fabuleuses décennies 50-70 – il a notamment côtoyé Elvis, Warhol, Ginsberg, les Stones, Dylan, Manson… C’est simple, s’il fallait illustrer la grandeur et la décadence de cette période-phare du XXème siècle à travers un cas particulier, Dennis Hopper serait assurément le cobaye le plus approprié, lui qui incarne presque à lui tout seul la contre-culture des sixties.

Mais le réalisateur d’Easy Rider n’est pas seulement le gars qui a eu la chance de se trouver au bon endroit au bon moment. Il est aussi et surtout un acteur instinctif et charismatique comme il en existe peu, un réalisateur doué (et maudit), un photographe passionnant et un collectionneur d’art avisé. Et, en définitive, un homme qui sera allé jusqu’au bout de ce qu’il avait à vivre lors de son séjour planétaire au risque de sombrer dans la folie et de frôler plus d’une fois la mort. Une putain de vraie balade sauvage* mec !

© Régis Dubois 2015

* référence au titre original du livre « Hopper : A Savage American Journey » beaucoup plus approprié que sa traduction.

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