A l’ombre d’Hollywood : le cinéma noir indépendant (1910-1950)

Documentaire de Régis Dubois (Cinéfilms13, 2014, 40′)

En 2014 l’Anglais Steve McQueen devient le premier réalisateur noir à recevoir l’Oscar du meilleur film à Hollywood avec Twelve Years a Slave. Que de chemin parcouru en 100 ans ! En 1915 sortait en effet sur les écrans américains Naissance d’une Nation de D.W. Griffith, sans doute l’un des films les plus racistes de toute l’histoire du cinéma – dont le héros n’est autre que le créateur du Ku Klux Klan – une œuvre au succès retentissant qui relança la popularité du groupuscule d’extrême-droite de funeste mémoire. C’est à partir de Naissance d’une Nation que les Noirs américains décident de produire leurs propres œuvres pour contrecarrer l’image négative et stéréotypée de ce qui allait devenir le cinéma hollywoodien.

C’est ainsi au lendemain de la Première Guerre mondiale qu’apparaissent aux Etats-Unis ce que l’on nomme les « race movies » (les « films raciaux » à l’instar des « race records »), des œuvres faites pour des Noirs et interprétées quasi-exclusivement par des comédiens noirs (« All colored cast » pouvait-on lire sur les affiches promotionnelles). Des films de tous genres (du western à la comédie musicale) produits et distribués de façon entièrement indépendante (hors des circuits hollywoodiens) puisque Hollywood se refusait à montrer des Noirs autrement que dans des rôles dégradants de serviteurs ou de sauvages africains.

La plupart de ces films ont aujourd’hui disparu. Quelques-uns ont cependant survécu et ont été redécouverts durant les années 70 et 80 – au moment où les Afro-américains se mettent justement à écrire leur propre histoire via les black studies. Un important lot de bobines est par exemple retrouvé en 1983 dans un entrepôt au Texas. Parmi les bandes, plusieurs pièces précieuses sont identifiées : Murder in Harlem (1935) d’Oscar Micheaux, The Blood of Jesus (1941) de Spencer Williams ou encore Souls of Sin de Powell Lidsay (1949). Ces œuvres rares sont aujourd’hui accessibles et font figure de précieux documents sur une culture et une époque – celle de la ségrégation – et témoignent avec force de la longue marche des Noirs à travers le 7e art de l’ombre à la lumière et de l’invisibilité à la reconnaissance.

R.D.

A l’ombre d’Hollywood : le cinéma noir… par lesensdesimages

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