L’histoire du cinéma vue par Hollywood en 10 films

1- Chaplin (Richard Attenborough, 1992)

La vie du grand Charlie Chaplin (de 1894 à 1972 – date à laquelle il reçoit un Oscar d’honneur) interprété avec talent par un Robert Downey Jr. très inspiré dans les numéros de pantomime. Le récit retrace rapidement l’enfance pauvre du futur tramp millionnaire avant d’évoquer plus longuement le génie perfectionniste du réalisateur, ses démêlés avec le maccarthysme et surtout ses déboires avec ses jeunes épouses. Le film bénéficie d’un budget confortable qui fait la part belle à une reconstitution luxueuse et documentée. Du très bon spectacle et un précieux témoignage sur les débuts d’Hollywood.

2- Chantons sous la pluie (Stanley Donen, Gene Kelly, 1952)

Bien qu’il n’évoque pas de personnalités ayant véritablement existé (même s’il cite Le Chanteur de jazz), ce chef-œuvre atemporel de l’histoire du cinéma n’en constitue pas moins un indispensable document sur cette période charnière du passage au cinéma parlant (problème de synchronisation, cours de diction, doublage…). Le tout est en plus traité avec un humour d’une modernité étonnante et interprété avec talent (Gene Kelly est incroyable !). Dernier atout, Chantons sous la pluie est aussi et avant tout l’une des meilleures comédies musicales de l’âge d’or des studios.

3- Aviator (Martin Scorsese, 2004)

Cette fresque tapageuse évoque le destin tragique du producteur mégalomane Howard Hugues (ici Leonardo Di Caprio), notamment connu pour apparaitre au générique du célèbre Scarface (H. Hawks, 1932). Le film commence avec le tournage des Anges de l’enfer (1930) et l’arrivée du son à Hollywood (qui oblige Hugues à retourner des scènes) et aborde quelques faits historiques célèbres comme sa comparution devant la commission des activités anti-américaines et son bras de fer savoureux avec les censeurs du Code Hays à l’occasion de la sortie du Banni (1943). Mais l’essentiel du film s’intéresse à l’obsession du millionnaire pour les avions et à sa déchéance psychopathologique. Le portrait de l’impétueuse Katharine Hepburn (Cate Blanchett), qui fut un temps sa compagne, n’en est pas moins savoureux.

4- Les Ensorcelés (Vincente Minnelli, 1952)

D’une certaine manière, Les Ensorcelés est un film-somme sur les coulisses du tout Hollywood. Jamais encore une œuvre n’avait décortiqué avec autant de précision le système hollywoodien et ses rapports de force entre acteurs, scénaristes, réalisateurs, producteurs. Le bilan est acerbe (il y est question de trahison, de manipulation, de déchéance) et l’on dit que le célèbre producteur David O Selznick (créateur d’Autant en emporte le vent) servit de modèle au personnage de Jonathan interprété par Kirk Douglas. On peut aussi faire un rapprochement entre le « Crépuscule des hommes chats » que Jonathan produit et La Féline (1942) de Jacques Tourneur. Mais le film, produit par une major, se présente bien sûr comme une pure fiction. Les Ensorcelés, qui remporta six Oscars, est à rapprocher d’un autre film tout aussi cynique, Eve de Joseph Mankiewicz (1950), lui aussi récompensé par six Oscars et construit sur des flashbacks mais situé de manière métaphorique dans l’univers impitoyable du théâtre.

5- Boulevard du crépuscule (Billy Wilder, 1950)

Comme son titre l’indique, Boulevard du crépuscule (”Sunset Boulevard” en VO) parle de la fin de l’âge d’or du cinéma hollywoodien à travers la figure d’une actrice déchue et vieillissante du muet interprétée par une Gloria Swanson inquiétante et troublante de vérité (il faut dire qu’elle joue un peu son propre rôle). A ses côtés un majordome tout aussi pathétique, un ancien réalisateur et amant resté fidèle campé par un Stroheim plus vrai que nature. On notera aussi, parmi cette galerie de vieilles gloires oubliées, la présence de Buster Keaton tout aussi pitoyable que ses acolytes. Le propos – enrobé d’intrigue policière – est sans pitié et nous offre pour la première fois une vision bien noire de l’envers de l’usine à rêve. Avec son ambiance morbide et sa galerie de fantômes du muet (le script multiplie les références à des célébrités de jadis comme Griffith, Valentino, Garbo, etc.), Boulevard du crépuscule illustre parfaitement la fin de l’âge d’or et la disparition à venir du cinéma classique hollywoodien.

6- Citizen Welles (Benjamin Ross, 1999)

Avec notamment John Malkovitch et Mélanie Griffith, respectivement dans les rôles du scénariste Herman Mankiewicz et de Marion Davies (épouse de W. Hearst alias Kane), cette production modeste aux allures de téléfilm traite du dossier Citizen Kane (1941), autrement dit du film le plus important de l’histoire du cinéma américain. Très documenté, le récit évoque toute la genèse de cette œuvre atypique qui révolutionna le langage cinématographique.  Tout est vrai – le secret entourant la production mais aussi les pressions menées par Hearst pour faire interdire et même détruire le film avant sa sortie – sauf peut-être la scène au cours de laquelle Orson Welles et William Hearst se retrouvent par hasard dans un ascenseur. Un film savoureux en somme dans lequel on se surprend à scruter les décors du plateau du film-dans-le-film reconstitué avec beaucoup de minutie.

7- Hollywood, liste rouge (Karl Francis, 2001)

Autre film, autre réalisateur, le cas du Sel de la terre de Herbert Biberman. Le récit débute au moment des Oscars 1937 au cours desquels l’épouse du réalisateur progressiste reçoit un prix d’interprétation avant d’évoquer la création de la ligue anti-nazie. La suite se sera la chasse au sorcières de 1947. Biberman fait alors partie des “Dix de Hollywood” avec notamment Dalton Trumbo et Edward Dmytrick. Tous sont emprisonnés pour sympathies communistes et outrage, et inscrits sur la fameuse liste noire. Mis au placard, Biberman se lancera dès lors dans la réalisation de ce film incroyable Le Sel de la terre (1954) œuvre indépendante engagée filmée à la manière néoréaliste évoquant une grève de mineurs chicanos au Nouveau-Mexique, et ce malgré les nombreuses intimidations dont il sera la cible. L’histoire est fascinante, malheureusement la réalisation n’est pas à la hauteur. Sur le même thème (le maccarthysme) préférez Le Prête-nom (1976) de Martin Ritt avec Woody Allen ou La Liste noire (1991) d’Irvin Winkler avec Robert De Niro.

8- Ed Wood (Tim Burton, 1994)

Sans doute l’un des plus beaux hommages d’un réalisateur à un autre, Ed Wood en plus d’être un très grand film a le mérite de sortir de l’anonymat celui qu’on a un peu trop vite catalogué comme “le plus mauvais réalisateur d’Hollywood”. Johnny Depp confère à son personnage de réalisateur excentrique une consistance impressionnante appuyée par une réalisation efficace et un noir et blanc sublime. On est encore étonné du soin avec lequel Burton a reconstitué la fabuleuse histoire de ce grand incompris de l’histoire du cinéma et de la rigueur de la reconstitution. Il suffit d’ailleurs de revoir les films d’Ed Wood pour prendre la mesure du travail effectué. Mention spéciale aussi, bien sûr, à Martin Landau pour son rôle de Béla Lugosi, acteur has-been et junkie touchant d’humanité. Rappelons ici que Wood fut l’un des nombreux réalisateurs obscurs de série Z des années 50 qui tournaient essentiellement des films d’horreur et d’extra-terrestres pour le public teens des drive-ins

9- Baadasssss ! (Mario Van Peebles, 2003)

Qui connaît l’incroyable histoire de ce petit film indépendant réalisé par un Afro-américain inconnu en 1971 et qui révolutionna l’image des Noirs au cinéma ? L’auteur s’appelait Melvin Van Peebles et son film improbable s’intitulait Sweet Sweetback’s Baadassss Song, véritable brûlot antiraciste et anti-hollywoodien qui allait donner naissance à la “blaxploitation”. L’œuvre en question acquit un tel statut de film culte au fil des ans que plus de trente ans après sa sortie le propre fils du réalisateur en raconta la genèse dans une fiction haute en couleur intitulée Baadasssss ! Bel hommage s’il en est d’un fils à son père, d’autant que la ressemblance est troublante (Mario joue en effet le rôle de Melvin qui lui même interprétait le rôle principal de son film). Côté réalisation rien d’extraordinaire mais le film vaut tout de même le détour pour son histoire mais aussi pour le background cultuel de ces riches années 69-71.

10- The Player (Robert Altman, 1992)

Quand Atlman décide de réaliser un film sur Hollywood, on se doute bien que des dents vont grincer. Ici le cinéaste indépendant prend prétexte d’une affaire de meurtre (d’un scénariste) pour nous plonger dans les coulisses des studios à l’époque contemporaine, soit dans l’univers impitoyable des producteurs affairistes, des scénaristes arrivistes et des acteurs égocentriques. La charge est sévère et on s’amuse autant de tout ce cynisme ambiant qu’à reconnaître les nombreux comédiens interprétant leur propre rôle, notamment Julia Roberts, Bruce Willis, Anjelica Huston, Burt Reynolds, Cyd Charisse, Cher ou Jack Lemmon. Et puis, l’air de rien, le film est très instructif tant il nous renseigne sur une industrie dont on n’a pas forcément l’habitude de raconter les rouages. Derniers atouts, une interprétation de haut-vol (Tim Robbins, Whoopi Goldberg) et une réalisation soignée comme toujours chez Altman (cf. le premier plan-séquence de huit minutes).

© RD2011

Liste complémentaire (films sortis depuis) : Hitchcock de Sacha Gervasi (2012), Dalton Trumbo de Jay Roach (2016).

 

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