Hollywood parano : la drogue et le cinéma US

Affiche du film She Shoulda Said No! (Hygienic Production, 1949) [domaine public]

Affiche du film She Shoulda Said No! (Hygienic Production, 1949) [domaine public]

Au tournant des années 2000 le cinéma hollywoodien semble avoir trouvé dans la drogue une source d’inspiration nouvelle. D’une part en redoublant de scénarios évoquant le trafic de stupéfiants avec Blow, Traffic, Les Infiltrés… Mais surtout en filmant la descente aux enfers de personnages en plein bad trip : Drugstore Cowboy, Rush, Pulp Fiction, Las Vegas Parano, Another Day in Paradise, Requiem For a Dream… Mais le phénomène est-il si nouveau ? Petit flash… back.

La drogue, si elle est très tôt évoquée dans le cinéma américain, demeure longtemps un sujet tabou. C’est D.W. Griffith qui immortalise la figure du Chinois fumeur d’opium dans Le Lys brisé (1919), personnage archétypal que l’on retrouvera dans quelques productions mineures à venir : Les Nuits de Chinatown (W. Wellman, 1929), The Man Who Came Back (R. Walsh, 1931), Charlie Chan in Shangaï (J. Tinling, 1935)… Mais les autres drogues (marijuana, cocaïne, héroïne) demeurent quasi-inexistantes dans les films de la période. A titre d’exceptions citons ces deux productions pré-code : le mélodrame Une Allumette pour trois de M. Leroy (1932) qui évoque la déchéance d’une femme (jouée par Ann Dvorak) qui sombre dans l’alcool et la drogue (cocaïne) ; et le film d’épouvante Masques de cire de M. Curtiz (1933) qui traite, à travers le profil d’un personnage secondaire, de l’addiction aux stupéfiants. Anecdote qui a son importance, lorsqu’un remake de ce même film sera réalisé vingt ans plus tard par André De Toth, le personnage du junkie en question sera remplacé par un alcoolique.

Le Lys brisé (1919) [capture d’écran]

Et pour cause, car entretemps est mis en place, en 1934, le Code Hays qui, parmi les nombreux interdits qu’il énonce, évoque « les trafics de drogues ». C’est la raison pour laquelle aucun film hollywoodien de la période classique ne porte sur la drogue, même si quelques légères allusions peuvent à l’occasion être glissées par-ci par-là. Songeons par exemple à ce gag inséré par Chaplin dans Les Temps modernes (1936) dans lequel Charlot, alors qu’il est en prison, avale et inhale accidentellement de la cocaïne dissimulée par un détenu dans une salière et devient littéralement possédé. Mais le plus souvent les références aux stupéfiants demeurent lointaines et servent au mieux d’ingrédient exotique à quelques films policiers de série B évoquant les trafics de bandes organisées, à l’instar d’Opium (R. Stevenson, 1948), de La Brigade des stupéfiants (L. Benedek, 1949) ou encore des Flics ne pleurent pas (J. Pevney, 1950).

Hollywood Babylon

Ce silence hollywoodien autour des ravages de la drogues est d’autant plus assourdissant que nombreuses sont les affaires de stupéfiants qui défrayèrent la chronique people durant les années fastes d’Hollywood – du moins si l’on en croit Kenneth Anger qui se plaît à relever tous les scandales qui éclaboussèrent la petite colonie des stars dans son ouvrage culte Hollywood Babylon paru en 1959. Il cite notamment parmi les accros de la dope, Barbara La Marr, remarquée dans Les Trois mousquetaires aux côtés de Douglas Fairbanks, morte d’une overdose en 1926 à l’âge de 26 ans. Mais aussi Alma Rubens, croisée dans L’Américain de Griffith, morte en 1931 à l’âge de 33 ans. Ou encore l’ex-Bathing Beauties de Mack Sennett, Juanita Hansen, elle aussi accro à l’héroïne. La célèbre Mabel Normand, qui tourna aux côtés de Fatty Arbuckle et de Charlie Chaplin, vit aussi sa carrière ruinée lorsque les tabloïds dévoilèrent son addiction à la cocaïne à l’occasion de l’enquête menée sur l’assassinat du réalisateur Williams Desmond Taylor en 1922. Mabel Normand mourra d’ailleurs en 1930, à 37 ans, des suites de complications liées à la drogue. Mais l’affaire qui fit sans doute le plus grand bruit concerna l’acteur Wallace Reid, l’une des plus grandes stars des années dix (un habitué notamment des superproductions de Griffith) qui mourut des suites de son addiction à la morphine en 1923 à l’âge de trente ans. On pourrait aussi citer le cas plus tardif de Robert Mitchum arrêté en 1948 en possession de marijuana. Bref, tout comme l’alcool et le sexe, la drogue faisait partie intégrante des soirées « orgiaques » de la jet set hollywoodienne de l’âge d’or. Mais déjà que le monde du cinéma avait mauvaise réputation aux yeux de l’Amérique profonde, les studios n’allaient pas en plus mettre de l’huile sur le feu et montrer sur grands écrans les vices et excès de leurs stars délurées. Donc, exit la drogue dans les films des majors.

pages d’Hollywood Babylon (1959)

Pour autant le sujet ne fut pas totalement banni des écrans. Car parallèlement aux films des grands studios (qui assuraient environ 80% de la production) a toujours existé une production indépendante, marginale, dont les films étaient diffusés dans de petites salles et qui n’était pas contrainte de respecter le Code Hays. Or la drogue fut un des grands thèmes des exploitation movies, ces films à petits budgets plus ou moins « éducatifs » qui, sous prétexte de prévention, se spécialisaient dans les histoires sensationnalistes. En fait, si l’on en croit Alan Betrock, auteur du I Was A Teenage Juvenile Delinquent Rock’n’Roll Horror Party Movie Book (1986) il existerait des films sur la drogue dès les années dix, aux titres d’ailleurs fort éloquents de The Accursed Drug (1913), Slave of Morphine (1913) ou encore The Devil’s Needle (1916). En 1923 sort par ailleurs Human Wreckage, film coproduit par – et dans lequel joue – Dorothy Davenport qui n’est autre que la veuve de Wallace Reid mort la même année de son addiction à la morphine. Ce film avait bien sûr pour vocation, comme l’essentiel des films de drugsploitation, de dénoncer les dangers de la drogue et fut à ce titre soutenu à la fois par William Hays (« Mr. Code Hays ») et par le département anti-drogue de la police de Los Angeles. Il semble malheureusement qu’aucun de ces films n’ait survécu.

Dwain Esper héraut de la drugsploitation

Au cours des années trente, un cinéaste reprend le flambeau de la drugsploitation en ce faisant le spécialiste du genre : il s’agit de Dwain Esper que beaucoup considèrent comme un cinéaste encore plus mauvais qu’Ed Wood (au regard notamment des faux raccords, des bavardages soporifiques et de la naïveté qui caractérisent son œuvre). Ce dernier est l’auteur principalement de Narcotic (1933), de Marihuana (1935) et du célébrissime Reefer Madness (1936) aussi connu sous le titre de Tell Your Children.

Reefer Madness (1936) [capture d'écran]

Reefer Madness (1936) [capture d’écran]

Narcotic (1933) retrace, d’après « une histoire vraie », la déchéance d’un médecin réputé qui expérimenta d’abord l’opium avant de sombrer dans l’addiction totale aux drogues dures. Parmi les scènes étonnantes, Esper nous gratifie d’une injection d’héroïne filmée en gros plan (56 ans avant Drugstore Cowboy !) lors d’une drug party où les convives fument de la marijuana, sniffent de la coke et fricotent sans pudeur. Même si la réalisation n’est pas très maîtrisée (c’est peu de le dire : ombres et micros dans le champ, montage incohérent…), le film vaut le détour pour son atmosphère glauque et ses quelques scènes décoiffantes pour l’époque.

Le mélodrame Marihuana (1936) évoque lui la descente aux enfers d’une jeune fille de bonne famille. Après avoir gouté un joint lors d’une soirée étudiante organisée par un dealer, elle succombe à l’appel du sexe et tombe enceinte. Son petit copain devient alors dealer pour subvenir aux besoins de sa future épouse et se fait tuer par la police. La jeune fille, dorénavant seule, accouche à l’étranger sur les conseils du méchant dealer italien et abandonne son enfant avant de devenir elle-même dealeuse de poudre et accro. Elle mourra d’une OD et, accessoirement, de tristesse après avoir revu sa fille. Comme à son habitude Dwain Esper agrémente son message préventif et moraliste de quelques scènes très osées pour l’époque, comme ce bain de minuit qui lui permet de montrer un groupe de nymphettes excitées par les vapeurs de marijuana batifolant complètement nues, ou cette autre scène de shoote où l’on voit l’héroïne remonter sa jupe pour se faire un fix dans la cuisse.

Reefer Madness, 1936 [capture d'écran]

Reefer Madness, 1936 [capture d’écran]

Reefer Madness (1936) n’a pas été à proprement parler réalisé par Esper puisque le cinéaste n’a fait que racheter les droits d’un film éducatif anti-drogue produit par un groupe religieux et intitulé Tell Your Children, avant de le remonter et de le renommer de façon à en faire un produit plus racoleur qu’il distribua ensuite via le circuit des exploitation movies. Il n’en reste pas moins que c’est « son » œuvre la plus connue. Le film sera d’ailleurs distribué durant toutes les décennies 30 et 40 sous divers titres tels que The Burning Question, Dope Addict, Doped Youth ou encore Love Madness. Reefer Madness nous prévient donc contre les dangers de la marijuana qui guettent nos enfants et nous démontre, à partir de quelques scènes spectaculaires, les ravages de la terrible herbe sur les comportements. Sous son influence les jeunes gens les plus paisibles deviennent de dangereux punk complètement hystériques (et moi qui croyait que la beuh endormait !) et même des criminels irresponsables. Bref, on l’aura compris, le propos relève d’une diabolisation à outrance des drogues douces qui témoigne d’une véritable paranoïa anti-drogue complètement irrationnelle.

Parmi les films encore visibles aujourd’hui il faut aussi citer Cocaïne Friends (1935) disponible lui aussi sur le Net et qui évoque – oh surprise – la déchéance de jeunes gens qui ont le malheur de gouter innocemment à la coke et qui en deviennent aussitôt et irrémédiablement accro. Girl Gang (1949) offre lui aussi quelques belles séquences de fumette et de shoots d’héro (les effets de la drogue sont alors suggérés par des accords de harpe), quant à One Way Ticket To Hell (1955), il fonctionne encore sur le même registre pathétique, alarmiste et sensationnaliste, en nous exposant la déchéance d’une jeune-fille-qui-sombre-dans-la-drogue selon le parcours « classique » qui mène nécessairement de la marijuana à l’héroïne. Le récit se termine par un carton qui vient nous rappeler combien la drogue devient de jour en jour une réelle menace pour la jeunesse américaine.

L’Homme au bras d’or : vers une normalisation

Mais l’heure n’est plus aux discours lénifiants et moralisateurs, la Beat Generation prône l’évasion et la liberté, mais surtout Hollywood sort enfin de sa réserve suite au coup de force d’Otto Preminger qui réalise et impose L’Homme au bras d’or en 1955 contre l’avis des majors. Dans ce film, Frank Sinatra incarne un héroïnomane sevré qui tente de recommencer sa vie sur de bonnes bases après une cure de désintoxication, mais qui replonge fatalement dans la drogue. L’Homme au bras d’or est d’autant plus étonnant pour un film mainstream qu’il n’épargne rien au spectateur, ni les crises de manque, ni la préparation de la drogue, ni les fix. Enfreignant allègrement le Code, il sort donc sans visa mais trouve pourtant des salles pour le diffuser et rencontre même un vif succès, obligeant les studios à assouplir le code de censure, première brèche avant la disparition totale de celui-ci en 1968. Dès lors, les films évoquant, de près ou de loin, la dope vont se multiplier : citons notamment Une Poignée de neige (F. Zinneman, 1957), mais aussi La Soif du Mal (O. Welles, 1958) ou Doux oiseaux de jeunesse (R. Brooks, 1962). Mais aussi subversives soient-elles, ces œuvres n’en sont pas encore à célébrer les vertus libertaires et psychédéliques des psychotropes. Pour cela il faudra attendre les années hippies et les drugsploitation films des sixties.

Affiche de l'Homme au bras d'or [domaine public]

Affiche de l’Homme au bras d’or [domaine public]

 Sexe, drogue et rock’n’roll

Jusqu’alors, durant les années 1910-1950, les films relevant de la veine drugsploitation avaient en effet valeur d’avertissement. Tous diabolisaient les drogues qu’elles soient douces comme la marijuana ou dures comme la cocaïne ou l’héroïne. Mais quand arrivent les années soixante, le message va quelque peu changer… C’est un fait, le mouvement hippie a mis la drogue à la mode, la marijuana mais aussi et surtout le LSD, puissant « acide » hallucinogène interdit en 1966 sur le sol américain mais très prisé par les amateurs de voyages psychédéliques. C’est l’époque du « summer of love » et du « sexe, drogue et rock’n’roll » et plusieurs chansons pop s’en font d’ailleurs l’écho. Ne citons pour exemple que les titres on ne peut plus explicites Lucy in the Sky with Diamonds des Beatles et White Rabbit des Jefferson Airplane sortis en 1967.

Aussi rien d’étonnant à ce que les nouveaux drugsploitation movies produits hors-système portent essentiellement sur le LSD – la drogue à la mode – comme en témoigne les titres suivants : Hallucination Generation (1966), The Love-Ins (1967), The Trip (1967), Psych-Out (1968), Alice in Acidland (1968) ou The Acid Eaters (1968). La plupart s’inscrivent encore, peu ou prou, dans un registre de prévention, mais par leur philosophie libertaire et leur esthétique psychédélique beaucoup trahissent une fascination réelle pour les psychotropes.

The Trip (1967) est à ce titre tout à fait emblématique. Réalisé par le maître du cinéma d’exploitation, Roger Corman, il évoque une expérience sous acide filmée comme un « voyage » hallucinatoire qui permet à Corman d’expérimenter toute une palette d’effets visuels inventifs et audacieux : montage rapide avec images subliminales (évoquant des clips psychédéliques), effets kaléidoscopiques divers, panoramique à 360° qui suit le trajet d’un joint passant de main en main, etc. Pour l’anecdote, le réalisateur expérimenta, paraît-il, le produit afin de témoigner plus fidèlement de ses effets. Au final, The Trip fonctionne comme une véritable invitation au voyage et à la contemplation, ce qui ne manqua pas de créer la polémique puisqu’on lui reprocha de ne pas prendre clairement position contre le LSD. Il n’en fut pas moins un succès. Même constat pour Psych-Out (1968) produit par Corman l’année suivante. Filmé en décors réels au cœur même de Haight-Ashbury (le quartier hippie de San Francisco d’où partit le mouvement) Psych-Out s’apparente à une célébration du mode de vie hippie. Richard Rush, le réalisateur, évoque bien à l’occasion quelques bad trip – lorsqu’un personnage sous acide voit ses amis comme des zombies ou lorsqu’un autre croit se battre contre des chevaliers médiévaux ! – l’ensemble n’en reste pas moins complaisant envers les drogues et le mode de vie hippie. Ici encore, divers effets psychédéliques contribuent à renforcer la fascination en vogue à l’époque pour les trip sous acide. C’est le constat que l’on peut encore faire au sujet d’un film comme Alice in Acidland (1968) qui, pourtant, s’inscrit clairement dans une démarche de condamnation de la drogue en épousant le récit classique du drugsploitation movie des 50’s : une jeune fille qui sombre peu à peu dans la dope et dont le trip se conclut à l’asile. Il n’en reste pas moins que la longue scène finale trahit le discours initial, essentiellement par ses qualités esthétiques et hypnotiques (maquillage psyché, corps érotiques, couleurs chaudes saturées, surimpressions stroboscopiques, musique planante) qui s’inscrit totalement dans l’imagerie hip de ces années 67-68.

9782253000143-001-TOn ne dira jamais assez combien le Nouvel Hollywood doit au cinéma d’exploitation. La preuve en est avec Easy Rider (D. Hopper, 1969) le film qui révolutionna l’industrie hollywoodienne en recyclant les thèmes des films de Corman (en l’occurrence The Trip et Wild Angels). Est-il d’ailleurs besoin de rappeler que c’est sur le plateau de The Trip que Dennis Hopper, Peter Fonda et Jack Nicholson ont pour la première fois été réunis. Aussi peut-on avancer sans grand risque que c’est Easy Rider, produit par la Columbia, qui connecta Hollywood avec la drogue. Cette histoire de deux hippies toujours défoncés (à la marijuana, à la coke et aux acides) sillonnant le sud des États-Unis en moto est un hymne à la liberté et au voyage dans tous les sens du terme. D’autant plus que le récit ne porte jamais un regard accusateur sur la consommation de stupéfiants, il aurait même plutôt tendance à montrer du doigt les gens straight, normaux et intolérants. Alors bien sûr il y a cette scène extraordinaire de very bad trip dans le cimetière de la Nouvelle Orléans (au cours de laquelle les acteurs ne font pas « semblant ») mais elle n’enlève rien au discours libertaire du film.

La gueule de bois des années post-68

Cette perception « fun » de la drogue, si on la retrouve occasionnellement dans quelques films hollywoodiens de la fin des sixties – dans Macadam Cowboy (J. Schlesinger, 1969), Bob & Carol & Ted & Alice (P. Mazurky, 1969) ou Zabriskie Point (M. Antonioni, 1970) – va très vite être remise en cause avec la fin de la décennie. C’est Arthur Penn qui le premier va montrer les pièges des drogues dures dans son film crépusculaire entérinant la fin de l’utopie hippie intitulé Alice’s Restaurant (1969). Il faut dire que l’année 1969 symbolise à la fois l’apogée du mouvement « peace and love » avec le festival de Woodstock mais aussi sa terrible déchéance avec l’affaire Manson. « Dream is over » chantait Lennon et les films à venir, toujours plus sinistres, allaient en témoigner avec une déconcertante acuité. S’il est un film qui concrétise parfaitement ce revirement de point de vue sur les drogues dans le cinéma – mais aussi dans  la société – c’est bien Panique à Needle Park (1971) de Jerry Schatzberg qui nous plonge à la manière du cinéma-vérité dans le quotidien sordide d’un couple de junkies en perdition – offrant au passage à Al Pacino son premier grand rôle au cinéma et l’un de ses plus mémorables. Au moins deux autres films, côté indépendants, ont pareillement révélé à la même époque, de façon on ne peut plus crue et glauque, les conséquences des excès liés à l’insouciance des sixties (et plus précisément au sein de la Factory de Warhol) : Trash de Paul Morissey (1970) et le documentaire Ciao ! Manhattan (Palmer, Weisman, 1972) qui retrace la fin pathétique de l’égérie de Warhol, Edie Sedgwick, morte d’une OD en 1971 à l’âge de 28 ans. Il faut dire que la drogue au sens large (alcool, cachets, dope et pilules en tous genres) est responsable d’une véritable hécatombe de stars durant la terrible décennie 1970 : Janis Joplin, Jimi Hendrix, Jim Morrison (The Doors), Alan Wilson (Canned Heat), Gram Parsons (The Byrds), Bill Murcia (New York Dolls), Nick Drake, Danny Whitten (Crazy Horse), Tommy Bolin (Deep Purple), Tim Buckley, Elvis Presley, Keith Moon (The Who), Herbert Gregory (Blood, Sweat & Tears), Ron McKernan (Grateful Dead), Sid Vicious (Sex Pistols)… Sans compter les témoignages qui commencent à paraître à la même époque et qui exposent avec lucidité les ravages de la came, notamment L’Herbe bleue aux USA et Flash en France parus tous deux en 1971, tout comme l’album photos Tulsa de Larry Clark. Même les Rolling Stones semblent tourner leurs vestes avec l’acerbe Sister Morphine paru sur l’album Sticky Fingers (1971).

(Photo Max Pixel) [CC0]

(Photo Max Pixel) [CC0]

La naïveté n’est donc plus de mise et les films hollywoodiens à venir ne pourront plus encourager d’une manière ou d’une autre la consommation de narcotiques. Nombreux sont d’ailleurs ceux qui prendront acte du tournant macabre des années 1970 en situant justement leur action à cette époque charnière. C’est le cas notamment de Drugstore Cowboy (G. Van Sant, 1989), de Rush (L. F. Zanuk, 1991) ou de Another Day in Paradise (L. Clark, 1998). Ajoutons qu’à l’exception du délire cosmique et cartoonesque Las Vegas Parano (1998) signé Terry Guilliam, décidément toujours en marge, tous ces films des années 90 optent pour le registre pathétique, et même carrément sordide, pour ne pas dire « glauquissime », à l’image du terrifiant Requiem for a Dream (D. Aronofsky, 2000), sans doute le drugsploitation movie le plus efficace et le plus convaincant jamais réalisé.

© Régis Dubois 2010 pour le texte

One comment

  1. Azazel dit :

    Et il y a aussi la série skins ou il y a des scènes de drogues très choquante notamment ou une adolescente se laisse injecté de l’héroïne dans le bras et elle s’écroule juste après… Choquant non ???

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *