Violent days ou Elvis au pays de Zola

Voilà quelques jours, j’apprends la sortie de ce film et là je me dis “putain! enfin un film français différent ! un truc rock’n’roll qui déménage, un long métrage merde in France qui va enfin parler des prolos et de la culture pop au lieu de nous bassiner une fois de plus avec les sempiternels affres existentielles de nos petits-bourgeois parisiens… etc, etc.” En plus l’affiche abondamment diffusée sous forme de flyer (jusque dans mon pub de quartier préféré) m’a carrément tapé dans l’œil : esthétique fifties, noir & blanc classieux, vieille bagnole, petite pépé blonde-platine et tubes rockab’ à gogo (avec en playlist : Carl Perkins, Eddy Cochran, Gene Vincent…), bref un truc carrément fait pour moi, “le film que j’aurais aimé faire” que je me dis. Et donc, à la première occasion je cours me payer 3-4 bières au pub et un billet de ciné en entrainant avec moi deux compères de comptoir. Bon, là, y’a personne dans le cinoche (on était 9, nous trois compris mais 2 se sont barrés au bout d’un quart d’heure) mais comme je tombe sur un ancien rocker de ma connaissance, je me dis que c’est bon signe.

Alors comment dire… ben je me suis tout simplement fait bananer et le film était carrément chiant à mourir (ma copine a copieusement dormi pendant une bonne moitié du film). Mais le plus grave, c’est qu’une fois de plus je constate que le cinéma français ne sait définitivement pas parler des classes popu autrement qu’en nous fourguant les bons vieux stéréotypes cradinges et misérabilistes d’antan sur la classe ouvrière. En fait, sous prétexte d’explorer le microcosme des fans de rock’n’roll du nord de la France, la réalisatrice nous livre un pseudo-steaptease mi-doc mi-fiction glauquissime au possible et carrément dégradant pour tous ceux qui se revendiquent de l’héritage du King. Aucune once d’humanité ne vient sauver tous ces personnages en perdition qui ne nous sont décrits que comme des prolos alcolos, machos et racistes. Un truc à vous dégoûter de porter des rouflaquettes, du pento et un cuir noir. Tout au long du récit, la réalisatrice – à l’instar de son actrice-potiche – reste complètement extérieure au monde qu’elle décrit et ne cherche pas une seule fois à mettre en valeur la richesse de cette sous-culture. Faut dire qu’elle a tout fait, à commencer par le choix du casting, pour en venir une fois de plus au fait que les prolos – qui sont décidément de vrais losers – n’ont vraiment que ce qu’ils méritent : une vraie vie de merde.

Voilà, 7 $ foutus en l’air avec en prime le sentiment de m’être fait entuber par une promo parfaitement orchestrée. D’ailleurs, et sans aucune surprise, je constate en parcourant la presse, que tous les grands journaux “sérieux” ont adoré cet « ovni à découvrir absolument » (France soir), « un des films les plus étranges et attachants vu depuis longtemps » (Le Monde), un film au « parfum proustien de fin du monde » (Les Inrocks), tourné dans un « noir et blanc sublime » (Télérama), qui « une fois vu, ne s’efface pas » (Libération)… pfff ! toujours les mêmes rengaines : plus le film est chiant et déprimant, plus il est “arty”. Sur la bande-annonce, un carton nous dit “Vous aimez le rock” avant d’afficher le titre Violent Days. Ben moi je vous dis, si vous aimez le rock évitez absolument ce truc, au risque de vous choper une bonne nausée pour la soirée. Allez plutôt au pub le plus proche boire quelques bonnes Guinness et écouter du bon son, vous aurez certainement moins la gueule de bois le lendemain.

©Régis Dubois2009 pour le texte

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *