Sylvester Stallone : héros de la classe ouvrière

Sylvester Stallone : héros de la classe ouvrière de David Da Silva (The Book Edition / Le Sens des Images, 2013, 196 p., 15 euros)

Depuis de nombreuses années, Sylvester Stallone est considéré comme un représentant de l’impérialisme américain avec des films comme Rambo II ou Rocky IV. Mais l’acteur-réalisateur-scénariste est un artiste bien plus complexe qu’il n’y paraît. Cet ouvrage propose ainsi une analyse de la filmographie de “Sly” dans le but  de prendre le contre-pied des clichés qui lui sont habituellement associés (surtout en France). Car en plus d’être un digne représentant de la classe ouvrière, apprécié des classes populaires, Stallone défend une réelle vision humaniste tout au long de son œuvre.

Ce travail documenté, illustré d’une quinzaine de photographies,  propose ainsi un éclairage inédit sur la star grâce à une approche de type cultural studies – dans la mouvance des star studies – dont l’enjeu est d’analyser sans aucun a priori et de manière pluridisciplinaire (mêlant l’analyse filmique, l’histoire, la sociologie, la politique, la biographie…) les productions populaires de la culture de masse en tenant compte aussi bien des intentions des auteurs que des contraintes du marché et de la réception du public. Une approche, malheureusement, encore largement boudée en France qui prouve pourtant, avec ce livre, toute sa richesse.

Revue de presse :

(Cet ouvrage est une réédition revue, corrigée et augmentée de « Sylvester Stallone un vrai humaniste » paru aux éditions TheBookEdition en 2012)

« Ce livre n’aborde pas le personnage sous l’angle de l’aventure. L’auteur, se basant sur de nombreuses déclarations de l’acteur-réalisateur-scénariste, nous convainquant que ce républicain avoué, félicité par Reagan à l’époque de Rambo 2, est à l’image de l’homme du peuple, immigré souvent, qui arrive par sa seule ténacité (mais perd aussi). En témoignent ses premiers films, F.I.S.T, histoire d’un leader syndical d’origine hongroise, La Taverne de l’enfer (sa première réalisation) ou encore les Rocky et Rambo d’origine » (Jean-Pierre Andrevon dans L’Ecran Fantastique).

« Ambitieux, l’ouvrage, le premier du journaliste David Da Silva, nous livre une analyse sociopolitique de Stallone, de ses personnages (souvent autobiographiques), de ses films. Sont notamment abordés les valeurs «stalloniennes» (la réussite dans l’échec, la conscience de classe, etc.), la récupération reaganienne de plusieurs longs-métrages (Rambo 2, Rocky IV) et la réception contrastée de certains titres (grand écart entre la critique et un certain public). La réflexion menée par l’auteur est à la fois pointue et affectueuse (Da Silva est un fan et il ne s’en cache pas) (…) Bonne initiative, cette analyse vient combler un vide (il n’y avait, jusqu’alors, pas d’ouvrage francophone creusé sur Stallone) et s’avère une acquisition incontournable pour le féru de Sly » (Julien Sabatier dans DvdCritiques.com).

« Tentative de réconciliation avec une icône des années 80, le bel ouvrage de David Da Silva évite l’écueil d’un fétichisme béat pour mieux sonder une figure politique incomprise et malmenée. Un travail salutaire » (Benjamin Cocquenet dans Cultureopoing.com).

« Sylvester Stallone, héros de la classe ouvrière bio-filmographie analyse de David Da Silva sur l’acteur / icône est remarquable en bien des points. (…) L’auteur en détache une figure prolétarienne du héros américain (FIST, La taverne de l’enfer, Rambo 1, Rocky, Copland…), s’appuyant pour cela sur des thèmes récurrents dans ses meilleurs films comme la victoire dans l’échec, la rédemption personnelle et le combat pour la dignité (…) Mais c’est surtout dans son attachement sincère et chaleureux à l’acteur italo-américain que David Da Silva emporte le morceau. De La taverne de l’enfer, sa première réalisation, jusqu’à John Rambo, ultime et impressionnant opus de la saga de l’ex-béret vert, l’auteur défend une certaine « politique de l’acteur » bien pertinente (…) Sylvester Stallone, héros de la classe ouvrière efface toute trace de ringardise et de propagande reaganienne pour installer l’acteur au panthéon des grands artistes populaires du XXe siècle » (Lionel Fouquet, Kinoscript.com)

3 QUESTIONS A DAVID DA SILVA :

1) Pourquoi avoir choisi d’écrire ce livre sur Stallone ? Autrement dit, quelle est votre relation à son œuvre ?

Tout d’abord, j’ai constaté qu’il n’y a pas de livres sérieux sur Sylvester Stallone en France. Il y a quelques biographies mais pas d’analyse approfondie de son travail comme réalisateur et scénariste. Mais je voulais également faire partager ma vision de son œuvre cinématographique au grand public. Les articles sur la filmographie de Stallone dans la presse spécialisée ne concordaient pas avec ce que je voyais. J’ai donc décidé d’écrire l’ouvrage que j’aurais aimé lire, avec une vision plus juste de l’œuvre de Stallone. J’ai vu le premier Rocky très jeune et je suis tombé sous le charme de ce personnage. Il était pauvre et fils d’immigrés comme moi. Le courage de Rocky Balboa m’a vraiment impressionné. Je crois que j’ai toujours gardé le souvenir de cet homme qui essaie de se prouver à lui-même qu’il n’est pas un loser. Selon moi, Stallone représente à merveille la classe ouvrière à Hollywood. Enfin, l’approche des cultural studies, star studies et fan studies me permettaient de démontrer que la vision élitiste des films de Stallone n’est pas du tout partagée par les classes populaires françaises.

2) Pensez-vous qu’on manque d’approches de ce type en France (cultural studies, star studies, fan studies) ? Et si oui comment l’expliquer selon vous ?

Oui, je pense que les cultural studies sont trop marginalisées en France. A l’Université, on déconseille très souvent d’utiliser ce type d’approche pour des analyses filmiques. Je ne sais pas pourquoi mais, sans doute, car ce type d’analyse mise trop sur la réception des produits culturels par les spectateurs. Pourtant, je pense que ce sont les méthodes les plus intéressantes pour analyser des œuvres cinématographiques.

3) Parlez-nous de vos recherches actuelles sur le populisme dans le cinéma US : votre corpus, votre postulat de départ, vos premières conclusions ?

Je commence seulement à travailler sur ce sujet pour mon doctorat. Je souhaite faire le bilan d’un point de vue politique et idéologique du populisme américain avant de montrer son influence sur le cinéma américain. Pour le moment, mon corpus se compose de films de Frank Capra, John Ford et des films de genre des années 80 comme ceux de Sylvester Stallone. Le populisme américain est assez difficile à cerner d’un point de vue européen. L’idéologie du populisme américain fait l’apologie de l’homme de la rue au détriment des élites industrielles et politiques. Il appartient à la fois à notre conception politique de la « gauche » avec une volonté des ouvriers et fermiers de se réunir pour lutter contre les dérives du capitalisme et les spéculateurs de Wall Street. D’un autre côté, on retrouve des valeurs que l’on associe habituellement à « droite » chez nous comme la méfiance envers le progrès, la célébration des valeurs traditionnelles et des coutumes… Ce sont les films de Sylvester Stallone qui m’ont amenés à m’intéresser particulièrement au populisme américain. Selon moi, Stallone est un héritier direct de Frank Capra. On retrouve dans leurs films des thèmes similaires propre au populisme comme l’anti-intellectualisme. Rappelons que Rocky est un jeune homme qui sait à peine lire dans le premier film. Dans Over the top, le personnage de Sly (un routier) s’oppose à l’intellectualisme de son fils. Pour Capra, on peut notamment citer la scène où Longfellow Deeds affrontent des snobs dans un restaurant. Il y a aussi le thème de l’apparition d’un leader mythique sorti du peuple (Rocky ou Rambo pour Stallone et Longfellow Deeds ou Mr Smith pour Capra). Je pense qu’une mauvaise connaissance de l’origine des thèmes du populisme américain peut amener à une mauvaise interprétation des intentions de certains films.

Propos recueillis par Régis Dubois en Mars 2013


Sommaire de l’ouvrage :

Préface de Régis Dubois
Introduction
Chapitre I : Sylvester Stallone aime les prolétaires
1) L’esprit contestataire des années soixante-dix
2) L’Etalon italien
3) La conscience de classe chez Sylvester Stallone
Chapitre II : Sylvester Stallone atteint de « Reaganite » ?
1) Le retour en force des années quatre-vingt
2) La polémique idéologique autour de Sylvester Stallone
3) La réception populaire de Rambo II et Rocky IV et les fans de Sly
Chapitre III : Sylvester Stallone et la fin de la guerre froide
1) Une difficile traversée du désert
2) Un intellectuel engagé ?
3) Un véritable auteur ?
Conclusion
Annexes
Sources et Bibliographie

Pour aller plus loin :

One comment

  1. kevin H dit :

    Très bon article, je voudrais juste rectifier un point que je vois trop souvent écrit à propos du film Rambo II. Pour moi, ce film n’a rien a voir avec l’impérialisme américain, au contraire il présentes un gouvernement qui préfères abandonner ces soldats en territoire ennemis, plutôt que d’aller les chercher. Sinon, merci de m’avoir fais connaitre cet ouvrage, que je vais m’empresser de commander.

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