Tarantino est-il un imposteur ?

Quentin Tarantino en 2011 (ph. Georges Biard) [CC BY-SA 3.0]

Quentin Tarantino en 2011 (ph. Georges Biard) [CC BY-SA 3.0]

Monsieur le Juge les preuves sont accablantes ! Voyez ce montage qui circule sur le Net sous le titre « Everything is a Remix : Kill Bill » (5’) et qui prouve – images à l’appui – combien le cinéaste emprunte son inspiration – sans retenue aucune, je tiens à le souligner – dans un magma de films divers et variés, des plus classiques (Citizen Kane) aux plus obscurs et improbables (il y en aurait trop à citer). Le plus grave, votre honneur, c’est que le dénommé Tarantino n’en est pas à son coup d’essai. Nous avons même affaire à ce que l’on appelle par chez nous un multirécidiviste ! J’en veux pour preuve les différentes plaintes déposées au cours des dernières années et que je souhaiterais voir verser au dossier : « Tarantino accusé de plagiat pour Grindhouse » (Première.fr), « Son Kill Bill fruit d’un vol ? » (Gala), « Tarantino poursuivi pour plagiat sur Kill Bill » (Elle).


Vous voulez encore des preuves. Qu’est-ce que Reservoir Dogs sinon un honteux copié-collé de City on Fire (1987) ? Et que dire de Jacky Brown au regard de Foxy Brown lui-même interprété par Pam Grier en 1974 ? Je ne parle même pas de ses récents Inglourious Basterds remake du film italien Pour une poignée de salopards (1978) et de Django Unchained qui emprunte son univers et son titre à un western spaghetti de Sergio Corbucci de 1966. Alors, bien sûr, vous me direz que tout cela procède du simple et innocent hommage. Et bien moi je dis que cet homme est purement et simplement un imposteur de premier ordre !

La parole est à la défense.

Monsieur le juge, soyons raisonnables, revenons un peu, l’espace de quelques secondes, à la raison, je vous en prie. Ou alors allons-y carrément, faisons comparaitre Bob Dylan pour avoir plagié Woody Guthrie et les Rolling Stones pour avoir volé leur nom à un titre de Muddy Waters, sans même parler de Led Zeppelin. Appelons à la barre Picasso ou Van Gogh pour s’être outrageusement inspirés l’un de l’art nègre, l’autre des estampes japonaises. Et je ne parle même pas d’Andy Warhol ! Et par la même occasion convoquons aussi tous les réalisateurs contemporains qui, de Godard à Scorsese, manient la citation comme d’autres la rime ! Non, soyons sérieux quelques minutes. Oui mon client est un cinéphage, oui mon client est un fétichiste, oui mon client aime citer, copier, mélanger, recycler à l’infini. Mais dans quel but me direz-vous ? Tout simplement pour réinventer le cinéma. N’est-ce pas là la source même de toute modernité en art, s’inspirer du passé pour inventer l’avenir. Non, messieurs les jurés, je vous en conjure, ne condamnez pas cet homme, ou alors accusez-le d’aimer trop passionnément son art, à telle enseigne que sa passion, au lieu de le libérer et de lui conférer des ailes, l’étouffe et le leste d’un poids parfois trop lourd à porter pour ses frêles épaules. Non, je vous le dis, ne boudons pas notre plaisir. Et si toutefois cet homme est coupable d’une chose, et d’une seule, c’est peut-être bien de ne rien avoir finalement à dire…

©RD

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