Un siècle de BD américaine

Une fois n’est pas coutume, je voudrais évoquer ici une parution qui ne concerne pas stricto sensu le monde du cinéma, quoi que. La revue Beaux-Arts vient en effet de faire paraître (09/2010) un numéro hors-série sur l’histoire des comics des origines à nos jours. Alors, n’hésitez pas une seconde, courrez à l’instant vous le procurer – pour la somme de 7,50 euros – vous ne serez pas déçus. A moins bien sûr que vous soyez un spécialiste en la matière, auquel cas vous risquez de ne pas apprendre grand chose. Mais pour les profanes comme moi ce numéro est un régal. Au menu, que du bon : un gros-plan sur les super-héros où l’on apprend par exemple que Superman est un inglourious basterd juif, Spiderman un révolutionnaire soixante-huitard, Wonder Woman une lesbienne libérée, Hulk un hippie pacifiste et que Batman et Robin forment en secret un couple gay… Une partie tout aussi savoureuse est ensuite consacrée à la BD underground et politique des années 60-70 (Crumb, Shelton & les hippies de la côte ouest) où comment la bande-dessinée relaya les mots d’ordre de la contre-cul-ture “sexe, drogue et rock’n’roll”. Puis un délicieux détour nous amène à la bande dessinée érotique, des premières BD pornographiques (les fameux “Tijuana Bibles” vendus sous le manteau) aux pin-up plantureuses des fifties. Enfin, une partie tout aussi passionnante nous amène à la découverte des “romans graphiques” parmi lesquels le précurseur Master Race (8 pages couleur reproduites ici en intégralité) qui inspira le MAUS d’Art Spiegelman. Sans oublier bien sûr une évocation érudite des grands classiques du comic strip comme MAD ou Cul de Sac.

146 pages en couleur qui nous régalent en bonus de belles reproductions de planches d’époque comme notamment le premier épisode de Spiderman datant de 1962 – épisode repris fidèlement au cinéma par Sam Raimi 40 ans plus tard dans Spiderman (2002). Un bel objet en somme à posséder impérativement.

Je ne peux m’empêcher de citer, pour finir, un petit extrait savoureux de l’édito signé Thierry Taittinger et intitulé “I LOVE AMERICA” :

Shebam ! Pow ! Blop ! Wizz ! Pendant longtemps la bande dessinée américaine n’aura été que cela : des onomatopées sonores mais un peu niaises comme dans la chanson de Serge Gainsbourg, Comic Strip. Vision européenne toujours un peu condescendante (nous ne sommes pas peu fiers d’avoir “inventé” le neuvième art avant les Etats-Unis) vis-à-vis d’un nouveau monde, forcément – et éternellement – moins subtil. Toujours cet antiaméricanisme obligatoire qui fera, par exemple au cinéma, s’extasier les critiques autorisés à propos d’une bluette hexagonale tandis que les mêmes feront la fine bouche devant un blockbuster plutôt bien tourné…”.

BD et ciné, même combat ! CQFD

R.D. 2010

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