« L’ultra-gauche » au cinéma… The Weather Underground

Bernardine Dohrn l'une des leaders des Weathermen (ph. FBI) [domaine public]

Bernardine Dohrn l’une des leaders des Weathermen (ph. FBI) [domaine public]

Documentaire de Sam Green et Bill Siegel (USA, 2002, 1h30)

Vous avez dû le remarquer, les médias ont encore “inventé” un nouveau mot : “l’ultra-gauche” pour qualifier la mouvance politique des inculpés de Tarnac. Mais c’est quoi l’ultra-gauche ? Ben, c’est la gauche plus à gauche que l’extrême gauche. En fait, depuis que Besancenot est devenu plus fréquentable, les médias ont dû inventer un nouveau croquemitaine situé quelque part entre Mesrine, Castro et Ben Laden. Et comme « terroriste » était déjà associé à « islamiste », et « gauchiste » à « Cohn-Bendit-en-mai-68 », ils se sont dit que « ultra-gauche » ça sonnait bien et surtout cela rappelait les heures sombres des années de plomb ; la RAF + Action directe + les Brigades rouges tout à la fois.

Il faut dire que le thème du « terrorisme gauchiste » est à la mode. Depuis quelques années on a pu en effet voir sur nos écrans plusieurs films évoquant cette question controversée : citons Buongiorno, notte de Marco Bellocchio (Ita., 2004), Les Trois vies de Rita Vogt de Volker Schlöndorff (All., 2000), Baader de Roth Christopher (All., 2002), Ni vieux, ni traitres de Pierre Carles (Fr., 2004) ou dernièrement La Bande à Baader d’Uli Edel (All., 2008) et ceci en attendant le Che en deux parties de Steven Soderbergh prévu pour 2009 et un Carlos signé Assayas encore en préproduction.

Mais c’est sur un autre film que je voudrais revenir ici ; sur le documentaire The Weather Underground de Sam Green et Bill Siegel (USA, 2002). C’est en effet, de mon point de vue, l’un des témoignages les plus intéressants sur ce que furent ces années mouvementées de luttes armées. Les « Weathermen » (les « météorologues »), bien que peu connus en France, figurent pourtant parmi les groupes les plus actifs des années 70. Originellement dissidents du SDS (« Etudiants pour une société démocratique »), proches des Black Panthers, ces jeunes américains très « middle-class » entrent en 1969 dans la clandestinité avec le but d’importer la guerre du Vietnam sur le territoire américain (selon la célèbre formule de Guevara : « il faut allumer 2, 3, de nombreux Vietnam »). « Ils » ce sont notamment le couple formé par Bernardine Dohrn et Bill Ayers et quelques autres (Mark Rudd, David Gilbert, Brian Flanagan…) qui commettent au début des années 70 plusieurs attentats contre des bâtiments publics étasuniens, sans qu’il y ait une seule victime. En 1970 ils organisent l’évasion de Timothy Leary, le pape du LSD, et se joueront ainsi du FBI près de 10 années durant jusqu’à ce qu’ils décident de se rendre les uns après les autres au début des années 80.

Le film, il faut le dire, est assez fascinant. Il brosse avec force le contexte d’une époque synonyme de guerre du Vietnam et de révolution culturelle – le nom de l’organisation vient de la chanson Subterranean homesick blues de Dylan (1). Habilement monté, mêlant images d’archives, journaux d’actualité d’époque et interviews actuelles, The Weather Underground pose, comme tous les titres précédemment cités, la question du recours à la violence politique. Pour ne pas entrer dans ce débat complexe,  je dirais juste que le film ne semble pas prendre position – il faut dire qu’il sort juste après les attentats du 11 septembre – et laisse donc le spectateur face à sa propre conscience. A vous de vous faire votre opinion…

R.D. lesensdesimages2008

(1) « You don’t need a weatherman to know which way the wind blows » = « Vous n’avez pas besoin d’un météorologue pour savoir d’où vient le vent » =  « tu n’as besoin de personne pour savoir que le vent est en train de tourner et que la révolution est pour bientôt ».

> DVD disponible chez MK2


The weather underground par vodeo

 


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