Films, luttes, résistances

Ken Loach à Cannes en 2016 (ph. Georges Biard) [CC BY-SA 3.0]

Ken Loach à Cannes en 2016 (ph. Georges Biard) [CC BY-SA 3.0]

Rétrospective “Films, luttes et résistances” à l’Institut de l’Image d’Aix-en-Provence du 14 au 27 janvier 2009.

Texte de présentation : “À l’occasion du 60e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, l’Institut de l’Image a répondu à l’appel d’associations* pour proposer une programmation de films défendant la dignité humaine. Il se trouve en effet que le cinéma a toujours été un moyen privilégié pour témoigner de l’état du monde et pour célébrer l’Homme – et la Femme – dans toute leur complexité. Aussi notre choix s’est-il porté sur un échantillon représentatif d’oeuvres humanistes ayant contribué, chacune à leur manière, à dénoncer la barbarie et à célébrer la résistance. Des films qui, du fait même de leur existence, contribuent si ce n’est à rendre l’Homme meilleur, du moins à célébrer ce qu’il y a de meilleur en l’Homme : ce besoin impétueux de justice, de liberté et de dignité. Seront ainsi évoquées à travers douze oeuvres essentielles et incontournables, à la fois pour leur thème mais aussi pour leur traitement filmique, les grandes questions qui ont façonné notre vision de l’humanité au cours de ces 60 dernières années : la Shoah, la condition des femmes, le combat des Noirs américains, l’apartheid, le génocide cambodgien, le sort des prisonniers, la question des sans-papiers et de l’immigration, et plus généralement le problème du contrôle social et de la privation des libertés. Autant de témoignages précieux poursuivant en somme le même but : mettre en place « un dispositif d’alerte contre toutes les nuits et tous les brouillards qui tombent sur une terre qui naquit pourtant dans le soleil et pour la paix » (J. Cayrol au sujet de Nuit et brouillard)”.

Régis Dubois

*Programmation réalisée en partenariat avec : Accueil Information de Tous les Etrangers, Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture, Amitié Judéo-Chrétienne, Amnesty International, Artisans du Monde, Association Antillaise en Pays d’Aix, Association Française des Femmes Diplômées d’Université, Association de Solidarité avec les Travailleurs Immigrés, Bab’Art Enfance Jeunesse, Centre Darius Milhaud, Cimade du Pays d’Aix, Collectif Femmes du Pays d’Aix, Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, Compagnie La Tête dans les nuages, Ligue des Droits de l’Homme, Observatoire de la Laïcité Provence et Aix, Pulsa Batouk.

AU PROGRAMME

  • Nuit et brouillard (Fr., 1955) 32 min Réal. : Alain Resnais

En mai 1955, pour le dixième anniversaire de la libération des camps, le Comité d’Histoire de la Seconde Guerre Mondiale commande un film commémoratif à Alain Resnais. Celui-ci demande à l’écrivain Jean Cayrol, rescapé d’Orianenbourg, à Henri Michel et Olga Wormser, auteurs de La Tragédie de la Déportation, de collaborer à une oeuvre dont il entendait faire un mémorial aux disparus. Parce qu’il montre sans détours ce que fut l’horreur nazie, Nuit et brouillard est un  film-choc et salutaire qui vient rompre un silence assourdissant. Après ce film plus personne ne pourra dire « je ne savais pas ».
Suivi de :

  • La passagèrePasazerka (Pol., 1963) 65 min – copie vidéo Réal. : Andrzej Munk / Scén. : Zoria Posmysz-Piasecka, Andrzej Munk / Int. : Anna Ciepielewska, Aleksandra Slaska, Marek Walczewski…

Sur le pont d’un transatlantique, dans la blancheur froide et coupante de la mer du Nord, Liza, autrefois surveillante SS au  camp d’Auschwitz, croit reconnaître dans une passagère l’une de ses anciennes prisonnières, Marta, qu’elle croyait morte. Brièvement, elle revoit des images du camp. Un deuxième retour en arrière lui offre l’occasion de se confesser à Walter, son mari américain, militant anti-fasciste. Un film-choc au style cru et particulièrement bouleversant à jamais inachevé, Munk périssant dans un accident de voiture durant le tournage.

  • Soy Cuba (Cuba/URSS, 1964) 141 min Réal. : Mikhaïl Kalatozov / Scén. : Enrique Pineda Barnet, Yevgeny Yetushenko / Int. : José Gallardo, Raul Garcia, Sergio Corrieri…

La Havane, 1958, sous le régime de Batista. Dans un hôtel de luxe, Maria vend son corps à de riches Américains. L’un d’entre eux cherche à visiter le quartier où elle vit. Il découvre la misère. Depuis toujours, Pedro a travaillé dans les champs de canne à sucre. Mais le propriétaire des terres lui annonce qu’elles sont vendues à une société américaine. Pedro met alors le feu aux champs et meurt dans les flammes… Soy Cuba fut interdit aux États-Unis pendant près de 30 ans en raison de la Guerre froide. Il ne connut pas nonplus les faveurs des gouvernements soviétiques et cubains qui, pourtant, le commandèrent. Il faut dire que lamise en scène tellement innovante, libre et sensuelle de Kalatozov, tout comme le discours subversif qui endécoule, ne furent guère du goût des bureaucrates communistes. Le film fut ainsi oublié sur une étagère jusqu’à ce qu’il soit présenté, en 1993, à San Francisco.
Présenté par Régis Dubois vendredi 23 janvier à 20h30

  • Black Liberation (USA, 1967) 35 min – copie vidéo Réal. : Edouard de Laurot

Ce documentaire est une véritable rareté, un film pour ainsi dire introuvable mais aussi et surtout une oeuvre singulière à bien des égards. C’est à la fois un film militant qui dénonce le racisme en Amérique et une oeuvre expérimentale qui mêle recherches sonores et visuelles. Un véritable poème engagé en somme. De Laurot parvient ainsi à une triple réussite : il donne à son récit une cohésion et un style esthétique propre et original, il rend hommage à la culture afroaméricaine par le biais de la tradition orale et enfin il fait de son film un acte de contestation politique en reprenant les slogans des leaders noirs et de Malcolm X (qui apporta sa contribution au projet) en particulier.
Suivi de :

  • Black Panthers (1968) 27 min – copie vidéo / Réal. : Agnès Varda

En 1968, Varda filme les manifestations de soutien organisées autour du procès du leader des Black Panthers, Huey Newton. C’est l’occasion pour la cinéaste de faire découvrir aux Français ce mouvement radical noir, marxiste et révolutionnaire, qui prône l’auto-défense face à la brutalité policière. En filmant les leaders charismatiques du mouvement mais aussi les anonymes, en particulier les femmes, Varda brosse un tableau saisissant de la révolution noire en Amérique, en insistant notamment sur la dimension symbolique du retour culturel aux racines africaines.
Films présentés par Régis Dubois samedi 17 janvier à 20h30

  • Punishment Park (USA, 1970) 88 min Réal., scén. : Peter Watkins / Int. : acteurs nonprofessionnels jouant leurs propors rôles : activistes, pacifistes, Black Panthers, policiers, représentants de la “Moral Majority”, etc.

1970. Le conflit au Vietnam s’aggrave. Face à la vague de protestation d’une partie de la jeunesse américaine, le Président décrète l’état d’urgence et met en application “le McCarran Act”. Une loi de 1950 qui autorise le gouvernement fédéral à placer en détention toute personne “susceptible de mettre en péril la sécurité intérieure”. Dans une zone désertique du sud de la Californie, non loin des tentes où siège le tribunal civil chargé d’instruire le procès du groupe 638, les membres du groupe 637 découvrent sur le terrain les règles du “jeu”. Contre la promesse de leur libération, ils auront 3 jours, sans vivres et sans eau, pour atteindre un drapeau américain planté dans les montagnes à 80 km de là… L’un des films-phare du cinéma américain contestataire des années 60/70, Punishment Park est aussi et avant tout une réflexion sur le pouvoir des images. Peter Watkins poursuit ici son travail de déconstruction du langage cinématographique pour questionner toujours plus la vérité des images et la place du spectateur au cinéma.
Présenté par Régis Dubois vendredi 23 janvier à 18h20

  • My Vote is my Secret (Afrique du Sud, 1995) 95 min – vidéo Réal. : J. Henderson, T. Mokoena, D. Rundle

1991: Nelson Mandela est libéré et l’apartheid aboli. Le 27 avril 1994 sont organisées les premières élections libres pour tous les sudafricains. Trois cinéastes ont suivi l’événement dans l’ex-Bophutatswana, à l’intérieur d’un hostel base du parti Inkhata, dans un atelier de couture où se côtoient noires et métisses, dans une petite école de campagne pour les enfants des ouvriers agricoles noirs, et au côté du jeune Fodo, véritable porte – parole de l’ANC à Kagiso Township. Un regard unique sur l’intense émotion soulevée par ce vote historique.

  • S21, la machine de mort Khmère rouge (Cambodge, 2002) 101 min Réal. : Rithy Pahn

S21 désigne le Monti Santesok S21, principal «bureau de la sécurité» du Kampuchea démocratique des Khmers rouges. Près de 17.000 prisonniers y ont été détenus, torturés, interrogés puis exécutés entre 1975 et 1979. Trois d’entre eux seulement sont encore en vie. Au terme d’une longue enquête, le réalisateur et son équipe sont parvenus à retrouver ces rares rescapés du S 21, mais aussi leurs anciens bourreaux. Ils parviennent à les convaincre de revenir sur le lieu même de l’ancien S21, actuellement reconverti en musée du génocide, pour confronter leurs témoignages. Rithy Pahn semble s’être concentré sur la création d’un objet filmique unique, sobre et digne, plutôt que d’essayer d’expliquer l’inexplicable. Il décrit avec une justesse exceptionnelle la machinerie mise en place pour tuer l’humanité et dénier l’individu.

  • Ten (Iran, 2002) 94 minRéal., scén. : Abbas Kiarostami / Int. : Roya Arabshahi, Mania Akbari, Katayoun Taleidzadeh, Mandana Sharbaf…

Ten raconte dix séquences de la vie émotionnelle de six femmes, qui pourraient aussi bien être dix séquences de la vie d’une seule et unique femme. Celles-ci sont amenées à relever des défis à une étape particulière de leur vie. La conductrice d’une voiture échange avec son fils, sa soeur et des femmes de passage. Elles évoquent leur vie, leurs problèmes et leurs désirs. Amie, croyante, prostituée ou future mariée, les confidentes de tous âges défendent chacune leurs convictions. Menacé d’asphyxie à tout moment, le dispositif cinématographique n’épingle pourtant jamais ses actrices ; Kiarostami réinvente dans la contrainte un espace de liberté, ouvert aux émotions, déconstruisant les chemins habituels de la fiction pour mieux affronter le réel. Ten laisse librement circuler la pensée et la parole…et ne donne plus rien à voir que l’image d’une liberté retrouvée.

  • It’s A Free World (GB, 2008) 93 min Réal. : Ken Loach / Scén. : Paul Laverty Int. : Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek, Branko Tomovic…

Licenciée d’une agence de recrutement pour mauvais comportement, Angie décide de s’associer avec Rose, sa colocataire, pour lancer sa propre société… une autre agence ! Les deux amies décident de travailler depuis leur cuisine et ciblent les immigrés du quartier qui cherchent un travail à tout prix. « Il y a quelque chose d’implacable, et de désespérant, dans ce constat d’une exploitation des pauvres par les pauvres (…) Du côté des prolétaires, Ken Loach ne juge pas Angie, il juge le système qui réveille son égoïsme, lui donne des alibis pour commettre l’inadmissible. » Jean-Luc Doin, Le Monde.

  • À côté (Fr., 2008) 92 min Réal. : Stéphane Mercurio

Des femmes qui attendent, qui se font belles, qui se remontent le moral, qui craquent parfois, espèrent toujours. Dans la petite maison de l’association Ti-Tomm, accolée au mur de la prison des hommes à Rennes, on attend l’heure du parloir. Les familles arrivent à l’avance, toujours. Quelques secondes de retard, et la porte de la prison restera fermée. On vient une, deux, trois fois par semaine, chaque semaine, pendant des mois voire des années. Ce sont majoritairement des femmes; ces pénélopes des temps modernes vivent au rythme de leur homme à l’ombre. Le temps est suspendu, la vie comme arrêtée. L’arbitraire de la prison, les transferts, les interdits sont leur quotidien. En faisant le choix de rester résolument « à côté » de la prison – du côté des familles – le film propose paradoxalement une approche éminemment frontale de ce qu’est la réalité carcérale.
En présence de la réalisatrice mercredi 14 janvier à 20h30

  • Université, terre d’asile (Fr., 2007) 94 min – vidéo Réal. : Franck Wolff, Brice Kartmann

Printemps 2005 : 9 familles de demandeurs d’asile, primo arrivantes en France, sont expulsées des foyers où elles ont passé les derniers jours de l’hiver et se retrouvent sans solution de logement avec leurs enfants. Un collectif de militants les prend en charge et les installe dans une salle de l’université de Tours en rappelant aux pouvoirs publics l’obligation légale qu’ils ont de les loger. Contre toute attente, cette occupation, envisagée comme moyen de pression temporaire, va s’étirer dans le temps. En attente de solutions pour les familles, une vie s’installe dans la faculté au rythme des assemblées générales, des menaces d´évacuation policière, des négociations avec les différents représentants du pouvoir, autour de réflexions sur le sens que l’on donne au mot “politique”.
En présence de Frank Wolff samedi 17 janvier à 17h30
Un pot sera offert après la séance (avant celle de 20h30)

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