« The Black Gestapo » (1975), la blaxploitation et les Black Panthers

337px-Fist.svgParmi les films d’exploitation les plus tordus des tonitruantes seventies – au nombre desquels bien sûr le cultissime Ilsa, la Louve des SS (1975) – voici une petite curiosité qui vaut le détour, pas tant pour ses qualités divertissantes (très relatives) que pour son sous-texte politique.

The Black Gestapo (Lee Frost, 1975), au titre on ne peut plus racoleur et douteux, s’inscrit en effet dans le sous-genre blaxploitation et, à ce titre, fut largement influencé par l’air du temps synonyme de contestation noire, de Black Power et de Black Panthers.

C’est un fait, au début des années 70 l’organisation marxiste noire créée par Huey Newton et Bobby Seale, originellement baptisée The Black Panther Party for Self-Defense, était à l’apogée de sa renommée. La simple image de Noirs en uniforme (veste en cuir et béret noir) paradant au cri de « Off the Pigs ! » (à bas les cochons ! = les flics) eut un impact sismique sur la communauté afro-américaine galvanisée et plus encore sur la majorité blanche terrorisée. Rien d’étonnant dès lors à ce que le cinéma de blaxploitation s’en inspire.

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Boxing Club Marseille : photos de Régis Dubois

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Galerie photos (Régis Dubois 2013-2017)

Le Sporting Club Marcel Cerdan est le plus ancien club de boxe anglaise de Marseille. Il a été baptisé du nom du champion du Monde Marcel Cerdan lorsque celui-ci le visita en 1945. De l’ancienne prison de femmes des Présentines le club migra au milieu des années soixante au 33 boulevard de la Corderie, lieu qu’il occupe depuis. C’est Fernand Léonetti, dit « Souris », qui le gère à partir des années 80 et qui y accueille tous les soirs des jeunes et des moins jeunes essentiellement licenciés en boxe amateur. Pour ma part, c’est en 2004 que je m’y suis inscrit, mais ce n’est qu’à partir de 2013 que j’ai pris l’habitude d’y photographier régulièrement les boxeurs. Aujourd’hui certains de mes clichés côtoient les centaines d’images dont Souris a tapissé les murs au fil des années.

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« Double Vague, le nouveau souffle du cinéma français » de Claire Diao

image.htmlDouble Vague, le nouveau souffle du cinéma français de Claire Diao (Au Diable Vauvert, 2017, 342 p, 20 euros)

Depuis quelques années – environ 2010 – est apparu en France un nouveau phénomène cinématographique, le « cinéma guérilla », autrement dit des films autoproduits réalisés quasiment sans budget, principalement en banlieues, avec des caméras numériques par de jeunes cinéastes autodidactes issus des classes populaires et/ou de l’immigration. Quelques titres : Donoma de Djinn Carrenard (2010), African Gangster de Jean-Pascal Zadi (2010), Rengaine de Rachid Djaïdani (2012) ou encore Brooklyn de Pascal Tessaud (2014) pour ne citer que les plus connus. C’est à cette nouvelle vague de cinéastes débrouillards que la journaliste Claire Diao a choisi de consacrer un ouvrage intitulé Double Vague, le nouveau souffle du cinéma français paru le mois dernier aux éditions Au Diable Vauvert.

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L’âge d’or des séries noires

THEGETDOWNTITLECARDPour quelqu’un comme moi qui a grandi dans les années 80-90 les Afro-Américains à la télévision se résumaient à peu de choses : quelques seconds rôles caricaturaux dans des buddy movies blancs (Huggy-les-bons-tuyaux dans Starsky & Hutch ou Barracuda dans L’Agence tous risques) et beaucoup de sitcoms familiales comiques, aux couleurs flashy et aux rires préenregistrés, centrées sur les préoccupations futiles de la petite bourgeoisie noire (Le Cosby Show, Le Prince de Bel-Air, La Vie de famille, Ma Famille d’abord…). En somme, à l’instar de ceux du grand écran – qu’on songe à Eddy Murphy et Whoopi Goldberg à la même époque – les Noirs des séries télé avaient leurs emplois attitrés de bouffons exubérants prompts à divertir la majorité blanche et à perpétuer les bons vieux stéréotypes rassurants.

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Les stéréotypes du Noir dans la bande dessinée

1076349834Hachette réédite ce mois-ci les aventures de Bibi Fricotin, une bande dessinée datant des années 20 et publiée jusqu’aux années 80, que l’on retrouvera tous les mois chez les marchands de journaux. Le personnage du Noir Razibus, qui sent bon le vieux stéréotype colonial, est apparu dans la série en 1951 pour devenir l’acolyte inséparable de Bibi Fricotin jusqu’en 1988, date du dernier album. Etonnamment, et contrairement à la plupart des héros de BD (de Mickey aux héros Marvel ou DC comics) lui n’a jamais évolué physiquement. Bien qu’il ne parle pas « petit nègre » (comme les Africains de Tintin au Congo) et qu’il n’est ni idiot ni maladroit, ni même spécialement comique, on est en droit de se demander si cette réédition est de bon augure au moment de l’affaire Théo et de la polémique autour du terme « Bamboula ». Imagerait-on seulement qu’on réédite aujourd’hui de vieilles images antisémites de Juif au nez crochu… Au moins les éditions Hachette auraient-elles pu intégrer une notice d’avertissement en exergue de la BD (1), ou mieux modifier légèrement le faciès caricatural de Razibus. Et pourquoi pas ? On a bien remplacé la cigarette de Lucky Luke par un brin d’herbe, alors pourquoi ne pas donner à ce Razibus des traits moins grossiers ?

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Le cinéma noir américain des années Obama

cine-noir-americain-couvVient de paraître aux éditions LettMotif : Le cinéma noir américain des années Obama de Régis Dubois (180 pages, 22 euros, 30 illustrations N&B).

Quand on pense au cinéma noir américain des années Obama il nous vient tout de suite à l’esprit des titres comme La Couleur des sentiments, Le Majordome, Selma, Django Unchained ou 12 Years a Slave tous sortis entre 2009 et 2016. Beaucoup de films évoquant l’histoire des Afro-américains en somme (l’esclavage, le racisme, la ségrégation, la lutte pour les droits civiques). Faut-il y voir une simple coïncidence ou une véritable tendance ? Comment en effet ne pas imaginer que l’élection d’un Noir à la tête d’une nation travaillée depuis toujours par la question raciale n’a pas eu un effet sur la production de films ? Ne parle-t-on pas d’ailleurs communément d’un “cinéma reaganien” pour évoquer la production hollywoodienne des années 80 (Rocky, Rambo, Top Gun…) – synonyme de blockbusters musclés, manichéens et conservateurs – alors pourquoi ne pas parler d’un “cinéma obamanien” ? En explorant les grandes tendances de la période, ce livre tentera ainsi de comprendre comment le cinéma noir de ces dernières années a été influencé thématiquement, voire idéologiquement, par la présidence de Barack Obama.

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« The Lost City of Z » ou l’angoisse du vagin

The_Lost_City_of_ZJ’attends le metro, dans cette grotte sombre terrée sous la ville qu’est la station de métro, et j’observe cette affiche de film 4×3 qui m’intrigue. The Lost City of Z (James Gray, 2017). D’abord ce personnage anecdotique, sorte de mini Indiana Jones perdu dans la pénombre et l’immensité du décor rocheux qui l’écrase. Je vois bien qu’il me regarde. Mais qu’est-ce qu’il veut bien me dire ? Et puis en arrière plan, tout autour, il y a ce décor caverneux entouré de feuillage… Alors oui, vous pouvez dire si vous voulez que j’ai l’esprit mal placé. Vous pouvez aussi vous dire qu’à force d’analyser les images je vois des sous-textes et des métaphores partout (à une époque mes étudiants s’amusaient gentiment de moi parce que je voyais des symboles phalliques dans toutes les publicités). Bref, toujours est-il qu’en regardant cette image j’ai songé à une entrée de vagin géant… Et pourquoi pas ? Ne me dites pas que les professionnels de la communication et de la promotion qui ont réalisé cette affiche ne sont pas, comme moi, aguerris à la sémiologie bathésienne. Donc je me dis qu’ils ont peut-être fait exprès. Mais alors, pourquoi ?

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Drive-in & Grindhouse Cinema (1950’s-1960’s)

couv driveinDurant les années 1950 et 1960, la production indépendante américaine va se lancer avec fièvre et passion dans la création de films que les bonnes mœurs du pays réprouvent. Des films dépeignant une jeunesse sauvage. Des microproductions aux explosions gore surréalistes. Des récits dont les seuls atouts sont les poitrines dénudées de leurs actrices. Les drive-in du pays et les grindhouses se mettent à carburer à la violence, au rock’n’roll, au sexe et à l’horreur. Pour le plus grand plaisir d’un public jeune avide de nouvelles sensations. Par leur vitalité, leurs refus des conventions et leur mise en scène souvent novatrice, ces films d’exploitation vont aussi former et influencer toute une nouvelle génération de cinéastes (Francis Ford Coppola, George Lucas, Martin Scorsese…). Découvrez 101 perles oubliées ou classiques du domaine !

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« Pourquoi le cinéma français est-il de gauche ? »

cinema-et-politique2« Pourquoi le cinéma français est-il de gauche ? » Voilà, sans crier gare, la question que me posa – sur un ton légèrement agressif – un journaliste de L’Express alors que je venais à peine de décrocher mon téléphone et que je déjeunais tranquillement à table avec mes kids il y a une semaine de cela.

A froid comme ça, ça fait un peu bizarre… Pas évident d’y répondre à brûle-pourpoint. C’est pourtant ce que je fis en lui demandant pour commencer d’où il tenait cette information (de quelle source statistique exactement ?) et surtout ce qu’il entendait par « de gauche » ? La « gauche caviar » ou la gauche-gauche vraiment de gauche ? Et puis j’ai hasardé une amorce d’explication en lui disant que s’il y avait une tendance « de gauche » dans la cinéma c’était sans doute parce que la culture attirait essentiellement au départ des gens qui ne partageaient pas les mêmes valeurs et ambitions que les gens « de droite » qui se tournaient eux plus volontiers vers des carrières plus lucratives, plus sûres et plus respectables. Bref, on discuta ainsi un bon quart d’heure – au bas mot – et, comme c’est souvent le cas, ledit journaliste ne retint de notre conversation qu’une pauvre phrase notée à la volée qu’il « cita » approximativement dans son article – en faisant des erreurs…

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La vidéosurveillance, un contre-pouvoir ?

Sstrobeck23 (2016) [CCA4.0]

Sstrobeck23 (2016) [CCA4.0]

Il y a soixante-huit ans George Orwell avait imaginé dans son roman 1984 une société du futur dirigée par un Etat policier dans lequel chaque citoyen vivrait sous la surveillance de Big Brother. Or force est de constater que l’écrivain avait vu juste puisque tout ce que nous faisons est aujourd’hui enregistré, aussi bien nos paiements par carte bancaire que nos échanges via les réseaux sociaux ou même nos simples actions du quotidien filmées dès lors que nous quittons notre espace privé (dans la rue, dans les magasins et même sur notre lieu de travail). Mais Orwell avait-il pensé que cette arme de surveillance massive produirait aussi son contraire, son antidote en quelque sorte ? Car la multiplication des caméras de surveillance implantées par les tenants du pouvoir (l’Etat, les collectivités, les patrons) dans le but de contrôler les « classes dangereuses » s’est aussi accompagné parallèlement de la prolifération de caméras miniatures au service de tous (IPhone, GoPro, etc.). Du coup, si Big Brother nous observe effectivement en permanence, en retour tout le monde est aussi en capacité de surveiller Big Brother.

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